30 novembre 2016

Paris Match "Je crois encore à l'amour" mà j 3/12 Interview

Parution dès aujourd 'hui  d'un nouveau Paris Match qui fait la Une avec isabelle , avec ce joli titre "je crois encore à l'amour "









La photo est signée Jean Daniel Lorieux qui a travaillé en 2008 sur le projet de  Maître et Marguerite


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Voici l'interview***
 
Aujourd'hui la comédienne explore avec profondeur la souffrance au travail et les mécanismes impitoyables du monde de l'entreprise. Après avoir été diffusé sur Arte avec succès, «Carole Matthieu», un film de Louis-Julien Petit qu'elle a coproduit, sera en salle le 7 décembre. A l'image de son personnage, Isabelle ne transige sur rien et assume vent debout ses convictions. Rencontre avec l'écrivain Christine Orban.
Paris Match. Victor Hugo définissait la mélancolie comme 'le bonheur d'être triste'. Chère Isabelle, êtes-vous mélancolique selon la définition de Victor Hugo?
Isabelle Adjani. Non, je ne suis pas mélancolique dans le sens hugolien du terme, je ne trouve pas de bonheur à être triste. Je préfère une phrase d'André Gide : 'La mélancolie n'est que de la ferveur retombée.' Et la mienne n'est pas retombée. Avec mon dernier film, 'Carole Matthieu', j'ai choisi, comme avec 'La journée de la jupe', de jouer de mon instrument dans l'orchestre de la société contemporaine. Cette femme, qui se heurte de plein fouet à l'inhumanité au sein de son entreprise, est un rôle de ferveur, pas de tristesse !
Je m'adresse à vous, pas à vos héroïnes... Pourtant, en effet, vous choisissez des rôles de femmes fragiles, perturbées, que vous interprétez avec une empathie extrême. Est-ce que vos personnages déteignent sur vous ou bien est-ce le contraire?
Comme j'aime souvent à le dire, être l'actrice de rôles périlleux, pour moi, c'est laisser la complexité de sa propre vie faire écho, lorsqu'on joue, pour rendre le plus authentiques possible les affres qu'un personnage subit. Tout en gardant la maîtrise. Un metteur en scène comme j'aime est un garde-fou de ce processus intime qui consiste à habiter un personnage plutôt qu'à être habitée par lui.
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N'est-ce pas dangereux de jouer avec cette proximité quand on interprète Adèle H., Camille Claudel, la reine Margot et, dernièrement, Carole Matthieu, un film pour Arte qui sort au cinéma le 7 décembre?
Toutes ces femmes que j'ai jouées ont eu à subir des violences de leur milieu social, familial, intime, la violence d'une époque, et même des cruautés qui ont pu les conduire à la folie. Ce qui est dangereux, ce n'est pas de jouer ces rôles. Ça, c'est une gageure, parfois un exploit, c'est vrai, mais cela reste de la fiction. Ce qui est agressif et mortifère, c'est ce que vivent encore trop de femmes qui sont toujours, dans leur réalité d'aujourd'hui, confrontées à toutes ces violences-là.

"Chaque jour, le dieu économie, celui de la prétendue course à la compétitivité des entreprises, réclame son sacrifice"

Les prédateurs n'existent, malheureusement, pas qu'au cinéma. Un agresseur peut se grandir en abaissant les autres. Votre film, 'Carole Matthieu', raconte l'histoire d'un harcèlement moral dans une entreprise. Pensez-vous que l'on peut aussi tuer avec un mot?
Avec un mot, avec des actes... Les comportements d'une hiérarchie aveugle et aveuglante font que la personne qui subit ne se reconnaît même plus et que son entourage finit par ne plus la reconnaître... Il n'est pas question que de mots... Et, oui, cela tue, et pas seulement métaphoriquement. Chaque jour, le dieu économie, celui de la prétendue course à la compétitivité des entreprises, réclame son sacrifice, et, comme aux pires temps de l'histoire humaine, il trouve des adeptes pour lui offrir des victimes expiatoires. Le grand succès du film sur Arte prouve que ce sujet est affreusement actuel.
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Vous avez eu à cinq reprises le César de la meilleure actrice et, pourtant, vous ne donnez pas l'impression d'une femme sûre d'elle...
On veut d'une star qu'elle s'expose de façon absolue au regard des autres. Mais pour être 'sûre de soi', par définition, c'est soi-même qu'il faut arriver à convaincre. Peut-être suis-je depuis toujours tellement occupée à convaincre les autres à travers mon parcours que, parfois, j'en oublie de me persuader que je peux avoir quelques vertus ou qualités. [Rires.] Ma vraie fierté est d'avoir réussi à contribuer à ce que mes deux fils puissent trouver en eux la confiance pour tracer leur voie sans trop de douleurs et, je l'espère, sans avoir besoin de trophées pour se persuader de leurs dons et de leurs qualités...
Gabriel Kane a choisi la lumière, on l'a vu poser avec vous à maintes reprises. Pouvez-vous nous parler de Barnabé?
Discrétion, rigueur, loyauté, pudeur... Qu'on parle de lui, il n'aime pas trop! Entraîné au kung-fu et à la boxe française depuis l'enfance, l'embêter n'est pas une bonne idée ! [Rires.] Un cinéphile, véritable musicien, pas fake... Je l'ai découvert fasciné par le Japon et sa culture, et il n'est pas loin de parler la langue couramment. Il a d'ailleurs obtenu un diplôme en expertise du saké, dont il a commencé à promouvoir la subtile exploration avec Madame Saké, une petite entreprise créée par une amie à lui, du temps de l'école Alsacienne. C'est quelqu'un de très fidèle, et Gabriel-Kane, comme sa famille tout entière, compte beaucoup pour lui.

"Ce qu'il me manque, c'est d'être la citoyenne d'un monde plus équitable, respectueux des hommes et de l'environnement..."

Vous avez la beauté, l'intelligence, la sensibilité, le succès. Qu'est-ce qu'il vous manque?
Ce qu'il me manque, en fait, c'est ce qui semble manquer à la plupart des gens aujourd'hui, si j'en crois la colère qui monte, tout comme les extrémismes. Ce qu'il me manque, c'est d'être la citoyenne d'un monde plus équitable, respectueux des hommes et de l'environnement... Comme l'a écrit de façon visionnaire Yann Moix au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 : 'La première hyperguerre mondiale a commencé. L'humain est affecté partout sur la planète, par la menace perpétuelle qu'elle fait planer, elle se nourrit des psychoses qu'elle provoque... Une guerre qui peut avoir un début, mais pas de fin.' Ce qu'il avait exprimé là me bouleverse encore et résonne en moi à chaque nouvelle attaque. Ce qu'il me manque ? C'est de retrouver l'espoir

Vous parlez d'environnement, pas de vous. Vos problèmes s'effacent, confrontés à ceux du monde?
Ça ne peut pas être autrement pour moi! Contrairement à nos dirigeants ! Entre l'hégémonie des multinationales Monsanto-Bayer et autres, qui se prennent pour les maîtres de la nature et du vivant, pour mieux nous asservir. Et le monde mis à feu et à sang, comme on n'a jamais pensé qu'il le deviendrait... On fait quoi ? Moi, vous, on vit dans un monde où plus de 4 000 migrants ont perdu la vie en Méditerranée en tentant d'échapper à une autre mort, dans un monde où les exactions de Boko Haram mettent en famine plusieurs millions de personnes au Nigeria, et c'est loin d'être le seul mal qui frappe ce sublime continent, berceau de l'humanité. L'Afrique est dans mon coeur et s'en préoccuper si peu, ça met de toute façon en péril le reste du monde. Alors on est vraiment des ânes! Un prochain film que je ferai avec Arte Cinéma aura pour thème ces nouvelles migrations massives forcées. J'ai besoin de participer, dans mon humble capacité d'artiste, à une espèce de catharsis qui va nous être à tous de plus en plus nécessaire.
Paul Valéry disait: 'L'idéal est une manière de bouder.' Est-ce que vous ne vous reconnaissez pas un peu dans cette formule?
C'est vrai que vouloir l'idéal, c'est vouloir l'impossible... A la fois, on le sait... Mais comme on ne veut pas le savoir, du coup, on fait la gueule... Moi, j'ai toujours eu une tête de boudeuse. Ce qui ne m'empêche pas d'être drôle dans la vie et d'adorer m'amuser.
Par exemple? Comme ça, sans réfléchir, dites-moi ce que vous allez faire pour vous amuser pendant les fêtes?
Eh bien, vous pouvez vous moquer de moi si vous le voulez, mais je vais aller à Disneyland Paris pour voir la nouvelle parade 'Les étoiles plein les yeux', inspirée par 'Star Wars' dont je suis une fan inconditionnelle. Je vais proposer à mes fils de venir avec moi quand même! [Rires.]
Je me demande parfois si vous n'attendez pas trop d'amour des uns et des autres, des hommes en particulier...
Je n'ai jamais attendu de recevoir de l'amour pour en donner, ce qui ne veut pas dire que je n'en ai jamais manqué.
Exister sans le regard de l'autre... n'est-ce pas plutôt de la force que de l'amour?
Ça rend fragile, mais il faut être forte pour rester fragile. L'amour dans le regard de l'autre, c'est aussi celui des gens qui viennent partager avec vous un peu de leur amour du théâtre ou du cinéma, quand ils sont au rendez-vous.

"C'est sûr, le passé nous imprime, nous conditionne, et à soi de ne pas rester figé, dépendant, fidèle à ses injonctions traumatiques"

La pire violence n'est pas forcément physique... Avez-vous déjà été blessée par des mots? Si oui, pouvez-vous nous dire lesquels?
Je ne répondrai qu'en présence de mon psychanalyste. [Rires.]
Vous avez fait une analyse. Le passé vous a-t-il réservé des surprises?
Comme disait Françoise Sagan: 'On ne sait pas ce que le passé vous réserve', n'est-ce pas ? C'est sûr, le passé nous imprime, nous conditionne, et à soi de ne pas rester figé, dépendant, fidèle à ses injonctions traumatiques, et d'organiser notre déprogrammation comme on organise son évasion. C'est la vocation de la cure analytique et j'ai commencé par ça. Je me suis ensuite tournée vers des thérapies que je n'ai pas fini d'explorer et qui sont aujourd'hui plus facilement accessibles à qui le veut : la méditation, le yoga et autres pratiques du mieux-être qui font merveille.
Avez-vous déjà été sous emprise? De qui?
Etre sous l'emprise d'un homme, ça doit quand même devenir chose révolue pour une femme à un certain moment dans sa vie. Vous ne trouvez pas?
Non, malheureusement pas. On aurait pu croire, avec la montée du féminisme, que les choses évolueraient et qu'une plus grande égalité entraînerait moins de violence entre homme et femme. Il n'en est rien. Aucune femme ne doit se perdre dans les fantasmes qu'elle suscite. C'est vrai que je n'ai toujours pas rencontré un mari, mais le GPS de mon horoscope annonce que l'homme de ma vie n'est plus très loin. [Rires.]
En attendant l'homme de votre vie...
Ce qui me met la tête à l'envers plus que tout, c'est la beauté dans l'art. Il y a ce livre fascinant de Jean-Pierre Changeux, 'La beauté dans le cerveau', où on découvre qu'il existe une région dans le cerveau capable de nous révéler si le tableau devant lequel on est tombé en arrêt est vraiment de l'art ou une imitation de l'art. Ça veut dire qu'on serait tous capables de reconnaître, de ressentir, d'éprouver la beauté sans distinction de culture, de race ou de religion. Daech qui s'acharne à détruire des oeuvres d'art ne s'en prend pas qu'à la civilisation à travers son patrimoine mais aussi à notre cerveau, à notre capacité de penser, de créer. Franchement, la culture, avec son incroyable pouvoir de subversion positive, est le soft power number one contre le chaos et la barbarie, une arme mondiale de construction massive!
Paul Valéry, toujours, dans 'Monsieur Teste', écrit: 'Je me suis détesté, je me suis adoré, puis nous avons vieilli ensemble.' Avec le temps... avez-vous fait la paix avec vous-même? 
Au moins, j'ai signé l'armistice et je ne capitule pas. [Rires.]


Interview disponible sur le site PARIS MATCH

3 commentaires:

liago a dit…

Magnifique couv. Par contre je ne suis pas fan de la plupart des photos à l'intérieur...

jeffbesac a dit…

Et une interview dans l'express de cette semaine

Anonyme a dit…

sympa cette interview et les photos. je les ai prises comme un beau cadeau de Noël. je me serais volontiers glissé sur ce balcon où les photos sont détendues et naturelles. on sent une envie d'être et de se montrer tranquillement. on en redemande.

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