5 mai 2013

Qu'il est difficile de s'aimer soi-même - Entretien pour TV mag



Encore une interview pour le magazine TV mag, en bonus la Bande Annonce de la soirée pour ARTE ...






Dans Isabelle Adjani. 2 ou 3 choses qu'on ne sait pas d'elle..., documentaire signé Julien Collet Vlaneck et Franck Dalmat, Isabelle Adjani, revient sur sa carrière. Entretien avec la star, tout en franchise et en simplicité.

Isabelle Adjani, ce documentaire auquel vous participez est intime. Qu'est-ce qui vous a décidée à le faire ?
Cela fait longtemps que les chaînes me le proposent. Mais j'aime la ligne éditoriale d'Arte et j'avais tourné La Journée de la jupe. Je connaissais très bien Julien Collet Vlaneck... qui l'a structuré. Mais pas du tout le réalisateur Frank Damat. C'était intéressant.

En le regardant terminé, qu'avez-vous pensé ?
Je m'y étais déjà habituée, car j'avais suivi de près son déroulement. Mais en même temps, ça fait un effet curieux, c'est émouvant, amusant... Les émotions sont variées ! Et puis il est un peu inachevé, et ça me plaît...

Il révèle beaucoup sur vous. Cet humour, ce sens de la répartie que vous avez très jeune et que vous cachez bien derrière vos rôles tragiques...
Ah, c'est vrai. Ma discrétion masque ma personnalité profonde. Je peux être moi-même quand je suis rassurée, à l'aise. Je n'ai pas l'audace des gens franchement insolents. Je suis à la fois craintive et fonceuse. Et j'ai besoin de rire et d'envoyer promener la mélancolie de ma personnalité. Car il y a une sorte de joie chez moi, contrariée parfois... et aussi une face romantique, plus sombre. Ce sont deux extrêmes. Je préfère la compagnie de gens « ensoleillants », qui sont positifs et heureux de vivre. Cela m'influence beaucoup. Si ceux qui m'entourent sont dans le brouillard, je regagne la partie solitaire de moi-même...

Vous dites que votre père interdisait miroirs en pied chez vous. Que vous ne pouviez pas passer du temps dans la salle de bains, car il disait que vous alliez salir le miroir... Comment fait-on pour se sortir de cette éducation ?
En faisant le métier le moins en accord avec ce type de diktat, c'est-à-dire celui que je fais ! (Rire.) C'est compliqué d'avoir de l'assurance lorsqu'on a entendu des phrases pareilles qui ordonnent de ne pas plaire. C'est difficile de se dire : « Je me trouve belle, j'aime qui je suis et je vais plaire aux autres... » Cela m'a demandé des efforts sur moi-même. J'étais écartelée entre les consignes austères de mon père et le besoin de me libérer de son emprise. Cela m'a coûté beaucoup d'efforts pour croire en moi, croire que je pouvais être aimée, ne pas être gênée quand on me regardait... Souvent je semblais fort, mais c'était artificiel. Je m'y obligeais, j'étais facilement déstabilisée.

Et maintenant ?
Il y a toujours une vulnérabilité. C'est la différence entre les filles auxquelles on a dit qu'elles étaient belles et qu'elles étaient capables de tout accomplir, et celles auxquelles on n'a dit le contraire. Non pas que mes parents n'étaient pas des gens bien. C'était leur peur. Peur du monde, peur de me voir m'émanciper, m'autonomiser... cette peur m'a mise dans un carcan. J'ai dû faire lâcher cette armure si contraignante. Cela a pris des années. Je continue d'essayer d'éviter la négativité des autres car je peux y être perméable. Certaines personnes qui ont senti ma vulnérabilité, se sont autorisées à me faire du mal. Mais on ne peut pas toujours éviter les mauvaises rencontres. Et là, j'ai eu mon quota !

Avez-vous envie de parler de ceux qui vous ont fait du mal ?
Les mauvais souvenirs doivent devenir de l'histoire ancienne. J'ai envie d'avancer lavée de tout ça, désencombrée. C'est un chemin de vie. Même si on n'a pas assez d'une vie pour comprendre et guérir de tout. Mais vivre est le plus important. Les rancœurs vous empêchent de vivre. Tous les jours, je dis merci à la vie.

Pourquoi à votre avis, vos parents ne sont pas partis aux États-Unis comme ils l'avaient prévu...
L'inconnu d'une troisième vie ailleurs les effrayait. Ma mère venait déjà d'Allemagne, mon père d'Algérie. Elle avait pris sur elle pour s'installer en France. Cela avait été une étape bien compliquée... et puis elle était fatiguée, enceinte de moi à l'époque. C'est un élan raté qu'ils ont du regretter. Mais ils ne me l'ont pas confié. Ils n'étaient pas dans les confidences. Les choses que je sais de mon père, c'est surtout ma mère qui me les a racontées, car il était très réservé, méfiant. Après c'est très difficile de parler de soi.

Et vous avez hérité aussi de cette envie de fuir dès que quelque chose ne vous plaît pas... ?
Fuir plutôt qu'obéir. Oui. Quand on se bat déjà assez dans la vie pour la survie, les choses essentielles, si l'on est attaqué injustement, on a besoin de se refugier ailleurs, de fuir l'agresseur. Il y a déjà tellement de combats plus essentiels...

Comment vous êtes vous défendue contre la rumeur dont vous avez été victime ?
Une rumeur, c'est comme un viol. Mais je me suis protégée. J'ai résisté à beaucoup d'épreuves. J'ai une grande force intérieure. C'est aussi mon héritage ! Mais je trouve qu'on fait pire aujourd'hui autour des jeunes célébrités comme Justin Bieber, par exemple. Je pense à lui comme je pense à mon jeune fils Gabriel Kane, car il y a une forme de candeur à son âge. La maturité de leur identité n'est pas définie et amener un adolescent à jouer les bad boys pour donner une image trash tendance, aux jeunes, non ! Mon fils se moque de mon attendrissement maternel. Mais j'imagine la souffrance d'un gosse qu'on fout en l'air. Tous ces enfants stars qui rapportent de l'argent sont livrés au profit qu'on peut en tirer. C'est pire que la rumeur. C'est une destruction orchestrée par l'industrie du showbiz.

Vous avez aussi rencontré des personnes très positives comme Truffaut ou Roussillon que vous citez dans le documentaire. Y en a-t-il d'autres qui vous ont ainsi marquées ?
Je n'en ai pas assez rencontré ! Depuis mes débuts, j'évite de passer du temps en futilités (bien que par ailleurs j'adore la légèreté) et en choses stupides, je ne sors pas beaucoup. Je passe sans doute à côté de gens formidables. Parmi mes idoles, il y a Pierre Rabhi, que j'ai découvert grâce à un documentaire très réussi de la série Empreintes sur France 5. Un agriculteur philosophe. J'aimerais aller le voir dans les Cévennes, son domaine. J'ai vraiment envie de l'écouter. C'est un sage, un amoureux universel, un héros de conte oriental. Il m'inspire. Des gens comme lui nous aident dans la vie. J'ai aussi beaucoup de respect pour Nicolas Hulot dont on néglige l'importance du message. Je l'ai déjà rencontré. Il faut le soutenir. Je le trouve courageux de ne pas s'être lassé d'alerter le monde sur les risques écologiques.

Vous deviez jouer Anne Sinclair dans le film d'Abel Ferrara mais vous avez laissé tomber. Que s'est-il passé ?
La proposition de départ était de faire un film « inspiré » du scandale DSK. Mais il n'y avait pas de contrat passé, pas même de négociations entamées. Et puis les dates changeaient tout le temps. Il n'y a pas eu le financement complet pour le faire... Et, soudain le film a changé de nationalité. Il est devenu américain et le projet a été collé aux évènements réels de l'affaire DSK. C'est devenu un rapport de police! Pour moi interpréter quelqu'un de vivant, qui a traversé des évènements si menaçants , est intrusif par rapport à sa vie. Et puis il y a eu cette romancière qui a défrayé la chronique avec ses révélations sur sa liaison avec DSK... Je ne voulais pas participer à cette curie. C'était juste impossible. J'ai trop de respect pour la vie privée des gens et d'ailleurs je ne sais pas où en est l'aventure ! Aux dernières nouvelles, il serait question que la victime Nafissatou Diallo joue son propre rôle ! Si c'est exact, on est dans d'autres sphères... (Rires.)

Alors avez-vous d'autres projets ?
Je tourne cet été à Paris. Ce sera quelque chose de très joyeux. Dont je parlerai quand j'aurai joué ma première scène. (Rires.) Et puis Florian Zeller m'écrit une pièce. J'ai adoré l'intelligence et la dramaturgie de la pièce, Le Père, qu'il a écrite pour le génial Robert Hirsch.

Et Racine ? Finirez-vous un jour par le jouer ?
Racine... (Rêveuse.) J'attends le metteur en scène qui m'inspire et que j'inspire.
Jouer Racine ne peut être que le fruit d'une rencontre exceptionnelle.
Une forme d apothéose. Car Racine c'est l'amour absolu. Planchon a su inventer sa Bérénice. Patrice Chéreau aussi. Sa Phèdre avec Dominique Blanc qui était incandescente, avait cette incroyable âpreté... À l'époque il me l'avait proposée, mais j'étais dans une histoire d'amour. Et quand je suis amoureuse je perds le chemin des plateaux et de la scène... (Rires.)

Propos recueillis par Élisabeth Perrin


La bande annonce de la soirée


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