23 mars 2009

Interview a nous paris




Parce que c'est l'apanage des stars que de savoir se faire rare, Isabelle Adjani tourne peu, mais elle tourne fort. De retour dans "La Journée de la jupe", en salle cette semaine après une diffusion sur Arte, la comédienne iconique surprend une fois de plus en professeur séquestrant ses élèves. Encore un rôle à fleur de peau pour cette fleur à part du cinéma français.









Pourquoi avez-vous accepté ce rôle ?

Isabelle Adjani : Parce qu'enfin il y avait quelque chose d'inattendu pour une actrice, et un traitement plutôt corsé de ce problème social qu'est l'enseignement dans une classe difficile. C'est important de sortir des sentiers battus. Certains pensent qu'on stigmatise la banlieue, eh bien non ! Il faut rendre les choses visibles. On ne fait pas semblant que ça n'existe pas. Il ne faut pas faire de manières quand l'état d'urgence est déclaré.

Si je vous dis que "La Journée de la jupe" me fait penser à "Entre les murs" version hard, vous en pensez quoi ?
Oui. Ça se passe après "Entre les murs" (rires), c'est à dire après avoir fait toutes les tentatives de rapprochements éducatifs cool.

Pour vous, quel est le problème avec le système scolaire ?

C'est complexe, mais c'est l'enfer de laisser entrer dans la classe l'alibi sociologique, c'est-à-dire nos problèmes sociétaux comme le chômage, les inégalités, ou le racisme. Les profs deviennent alors assistantes sociales, psys, secouristes, urgentistes... Tout, sauf enseignants ! Tout ce que l'extérieur génère d'injustices et de difficultés, il va falloir le traiter ailleurs, autrement. Je n'ai pas la réponse, mais il faut dire à ces enfants : « Acceptez d'apprendre. C'est ça qui va vous construire, et après vous déciderez de vous-mêmes. Plutôt que de croire que vous savez tout et que la liberté d'expression, c'est vouloir tout casser. »

Est-ce que, comme votre personnage, vous pourriez péter les plombs dans le cadre de votre métier ?

Dans un film d'Almodóvar, de David Lynch, de John Waters, de Benoît Delépine et Gustav Kervern, oui ! Mais dans la vie, non. Franchement, je ne crois pas. Je prendrais une boîte de Lexomil avant (rires). Si je constituais le moindre danger pour la société, et que j'étais sur le point de commettre un délit de ce genre, je crois que je m'assommerais avant.

Depuis quelques années, vous tournez moins. C'est par choix ?

Oui, et c'est aussi parfois la vie qui force les choses, qui me force la main. C'est beaucoup moins pour des raisons artistiques, parce que des opportunités de qualité, j'en ai, et je dis merci. Mais j'ai été beaucoup prise par mes propres responsabilités, et - on va le faire à la Sautet - par les choses de la vie. Les bonnes, les moins bonnes, et même les très mauvaises. Et moi, je ne me réfugie jamais dans le travail. J'ai un côté capitaine sur le navire. Je ne peux pas partir faire une balade en mer si le bateau tangue trop. Au travail, sur le terrain, je suis pro, mais c'est aussi une profession de foi que je ne peux faire que si je suis convaincue. Et dans les quelques films que j'ai faits sans être absolument convaincue, j'estime que je ne suis pas convaincante.

Qu'est-ce qu'on vous dit quand on vous reconnaît dans la rue ?

Certains prennent leur courage à deux mains et me disent en général quelque chose de fort, de positif, qui me fait vraiment du bien pour la journée, et même pour la semaine, des fois. Et tout d'un coup, je me dis que ça vaut le coup de le faire, ce métier. Ce n'est pas non plus virtuel. On existe pour les gens. Et quand on ne me reconnaît pas du tout, je suis très contente ! C'est un luxe. Dans un moment de notre société où l'on reconnaît tout le monde pour n'importe quoi, où on est même célèbre parce qu'on est con (rires), finalement, ne pas être reconnue, ça a du charme.

Est-ce que votre statut de star à part n'est pas parfois trop difficile à porter ?

Être à part, c'est au moins un compliment, et en même temps quelque chose qu'on vous reproche, car on aime bien vous coller dans la masse. Mais être à part, pour moi, c'est la raison pour laquelle je suis encore dans cette profession. Une actrice aime bien croire qu'elle est la meilleure pour jouer ce rôle et apporter quelque chose en plus. En vérité, c'est bidon, comme dirait Alain Souchon, mais pour moi, c'est ce qui donne un peu de grâce. Quand il se produit une vraie rencontre avec les gens à travers un rôle, c'est parce que vous avez essayé d'accéder à l'exception, qu'éventuellement vous y êtes parvenue, et que les gens le ressentent. Et à ce moment-là, c'est fantastique, et c'est vraiment le seul moment qui justifie cette vie d'abruti. C'est un métier de fou. Ça ne tient pas la route, si on réfléchit. C'est quoi ? On fait quoi ? Quand je regarde certains films avec des acteurs pour qui je n'ai pas d'admiration, je me dis : « Qu'est-ce qu'ils font là à faire les clowns ? », et ça me renvoie une image sans intérêt de mon métier. Et en même temps, il y a ceux que j'admire et qui m'emballent.

Qu'est-ce que le cinéma a changé dans votre vie ?

Il me l'a foutue en l'air (rires). Je plaisante ! Ça change tout, parce que ça vous coupe de la réalité. C'est pour ça que j'essaie de rester le plus possible dans la vraie vie. Je pense que si vous tournez tout le temps votre capital "vraie vie", vérité, s'épuise.

De quoi rêvez-vous maintenant ?

Est-ce que j'ai encore le temps d'avoir des rêves ? Et est-ce que j'y crois encore ? Il y a un proverbe éthiopien qui dit : « Il faut vivre ses rêves, et ne pas rêver sa vie. » Moi, j'ai beaucoup rêvé ma vie, et donc des rêves, si j'en ai aujourd'hui, c'est pour les vivre. En ce qui concerne le cinéma, ça veut dire adapter des livres, acquérir des droits. J'essaie de mettre en chantier des choses où il y a une vraie conviction à l'origine, plutôt que d'être dans l'attentisme. Me donner la possibilité de faire naître le scénario dont je rêve, de coproduire, et même de coréaliser. Je mets des "co-co" partout, ce n'est pas en hommage à Gad Elmaleh (rires), mais c'est toujours cette notion du "avec"... avec l'autre. Même si l'on m'isole parfois à cause de mon statut de star à part, je suis une femme de troupe et de collaboration.

Un mot de conclusion ?
Toujours laisser tout ouvert ! J'aime bien ce qui est fermé pour être tranquille, mais je n'aime pas ce qui est enfermé. En ce qui concerne le film, je tiens à dire que c'est aussi un engagement citoyen. Sur "Welcome", Philippe Lioret dit : « J'ai commencé ce film comme cinéaste, je l'ai fini comme citoyen. » Eh bien moi, celui-là je l'ai commencé comme actrice et comme citoyenne en même temps. Quitte à faire des rôles contemporains... Parce que moi j'aime bien ça, les costumes, je ne sais pas si vous avez remarqué (rires). On me dit : « Encore vos crinolines et vos chapeaux ! ». Oui ! Et je récidiverai, attention ! Donc, quitte à faire des choses contemporaines, autant qu'elles soient inscrites dans la société, parce qu'il n'y a pas mieux que le cinéma pour faire changer les mentalités.
Interview à lire également sur le site Anous.fr


Merci à Michel et Tazyzas

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Je viens de le lire dans le métro... très belle interview ;)
Marcus

Anonyme a dit…

eh bonjour Marcus,un merci à Tazizas et michel,évidement à Fred!voilà pour la politesse,sinon apprécié son humour,sa franchise,et surtout sa décision, de coproduire,de coréaliser,un autre tournant,prendre la plume, pour un autre envol? joli rêve qui j'espère se concrétisera!a

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