17 mai 2008

Rencontre

Serge Bimpage- écrivain- raconte sa brève rencontre avec Isabelle Adjani lors du tournage "Tout feu tout flamme".(Le texte suivant a été publié dans le recueil Rencontres. Il vient de paraître aux éditions de L’Aire à l’occasion du Salon du Livre 2008 et du 30ème anniversaire des éditions. )
Le mythe
A l’autre bout de ma vie, à la même époque, ce coup de semonce du rédacteur en chef, comme je débutais. Embarquement immédiat pour le tournage de « Tout feu, tout flamme » de Jean-Paul Rappeneau : « Deux stars en chair et en os, mon vieux. Ca commence bien pour vous ! » Devant la grille, une limousine m’attendait. La chargée de presse m’y enfourna et la voiture s’ébroua. Au milieu du gazon anglais, le monstre en peignoir : Yves Montand. Pas ma tasse de thé, le style Hollywood. Montand s’en aperçut et je me préparai à être congédié. Au lieu de quoi l’acteur fit les questions et les réponses. Complaisant, le minotaure. Mais le plus dur m’attendait, même le soleil, genre l’Eté meurtrier, semblait le confirmer. Il ne manquait plus que la gazelle en shorts, j’avais rêvé plus sérieux pour débuter de carrière. Une équipe d’une cinquantaine de personnes s’affairait avec une obséquiosité messianique. Alors, je la vis ! Isabelle Adjani se débattait contre deux malfrats qui tentaient de l’enlever. Elle hurlait avec une conviction si poignante que je faillis me précipiter à son secours. Chevelure de jais, yeux bleus des mers du sud, la star, sur un signe de la chargée de presse, esquissa quelques pas et sortit du champ de la caméra. Tout se suspendit quand elle se dirigea vers moi et mon sang se figea devant sa robe transparente. Alors, comme elle fit un mouvement de tête pour dénouer son chignon et s’adresser au journaliste avec un naturel qu’aucune autre actrice au monde n’eût été capable de feindre, cependant que le photographe commençait à mitrailler, se superposa un instant le visage de ma propre sœur dont j’avais depuis longtemps constaté avec elle la singulière ressemblance. En une seconde, une familiarité, une intimité extrêmes nous relièrent. Nous étions soudain comme deux aimants, sa lippe boudeuse, pas plus que l’auréole du soleil irradiant à contre jour son visage de démon adorable ne me désarçonnèrent. Pour moi, moi seul, elle était sortie de l’écran, telle Mia Farrow de la Rose pourpre du Caire ! Sauf qu’ici ça tournait au réel : nous nous parlions par-delà nos rôles respectifs, nous nous frôlions comme deux amants qui s’étaient attendus depuis longtemps, trois mots à peine, deux souffles qui suffisaient à notre reconnaissance, n’éprouvant, pour l’équipe qui nous entourait, qu’une totale indifférence. Et la preuve que je ne rêvais pas vint à point quand le photographe, qui s’était rendu ventre à terre au labo pour tirer les planches contact revint, la mine réjouie. Isabelle les inspecta, comme Cléopâtre ses troupes. Elle saisit son verni à ongle rouge et se mit à barrer consciencieusement tous les clichés qui ne lui plaisaient pas. Tous sauf un, que celui qui n’y voit pas un signe me jette la première pierre, où nous figurions… elle et moi ! Un seul mot, c’est certain, et elle aurait accepté mon invitation au bar de son palace ; non, un dîner aux chandelles en tête à tête, après quoi nul doute que nous aurions gravi les marches garnies de tapis feutré pour gagner sa suite (mon Dieu comment draguait-t-on une star ?) et ma vie, réalisez-vous cela, eût pris un tout autre court que ni vous ni moi ne pouvons raisonnablement imaginer ! Un mot, un seul, et je ne serais pas là, à m’épuiser à recréer, par ces lignes qui ne me rapporterons pas un centimètre de gloire cependant que j’aurais pu inviter sur mon yacht en mer Egée l’éditeur qui me les commande, la divine Isabelle que je tente parfois d’apercevoir quand je passe à bicyclette devant son appartement genevois de Champel, impitoyablement renvoyé de l’autre côté du miroir, contraint de rejoindre la cohorte des lecteurs frustrés des magazines du soir. Singulière brûlure que cette rencontre. Elle n’aura duré que quelques secondes ; il faut des années pour se remettre de leur fulgurance. Celle-ci me fait immanquablement songer à ce sik indien, qui avait deviné le prénom compliqué de ma mère : on est dans le domaine du mirage. Le plus rationnel des esprits ne saurait y échapper. Il est condamné, pour l’exorciser, à le raconter. Et à contempler, perplexe, une fois tous les dix ans, la lettre de remerciements de la belle, bourrée de fautes d’orthographe ; et la fameuse photo, sertie d’un cadre rappelant son vernis à ongle qui déclenche, depuis trente ans, les irrépressibles sarcasmes de ma femme.
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4 commentaires:

Anonyme a dit…

au début ,joli texte,quel n'a pas fantasmé sur Ia ,mignon de rêver,après cela se gâte! le passage sur les fautes d'ortographes, voir l'exellent bonus du petit bougnat,les commentaires de sa prof de français,un extait d'une lettre d'IA, écriture étonnament mature pour son äge,et Isabelle lisait la religieuse de Diderot à 13 ans!manie le verbe avec brio! aimé par contre aimé les mots brûlure,fulgurance,étange coincidence, que ce mot fulgurance vienne immédiatement à l'esprit de plusieurs personnes,dont moi, lui une autre journaliste,sans même s'être lu et connu! concernant les-dites fautes,je fais un double axel,un triple salto, et un quintuple saut périlleux de rage,dommage!! a

Anonyme a dit…

Quel bonus du petit bougnat ?
(Excusez-moi je débarque!)
Amélia

Anonyme a dit…

le petit Bougnat à été réedité en Dvd,il ya quelques mois,film de 69,avec Isabelle dans son tout premier rôle,une toute jeune adolescente,le bonus est super vraiment!l'achat vaut le détour, je te laisse le découvrir,sinon,si tu préfères,je te le décrirai?j'aimerais voir -le secret des flamands,et revoir l'école des femmes,j'ai l'avare en vhs,envie de l'achter en dvd,qui sort bientôt,je crois?même ton cristallin,sybillin,dans ses deux pièces de ses débuts en ingénue,les autres piècés ne furent point filmées,arf, comme dit,Fred ,je regrette, l'annonce faite à Marie de Claudel,et la douce,douce Violaine,que,je déclamais secrétement dans ma chambre à 12ans,Mademoiselle Strinberg,que je lisais à l'époque,quand,ô délice,elle l'interprêta!et que ô rage et dépit;Fanny ARdant la repris,suis en colo en Auvergne,elle aussi dans le tournage du pt'it bougnat, découvrons les premiers pas de l(homme sur la lune,émerveillées! bref, souvenirs,souvenirs,et un parfum de nostalgie,jouée avec maëstria,par la diva Adjani!à bientôt de te relire,Amélia.a

Anonyme a dit…

merci beaucoup a.Dès que je passe à la fnac, je l'achete !
Amelia

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