9 novembre 2012

Lettre ouverte à Isabelle -Part 2

Suite et fin de cette lettre par J-P Lavoignat " postée" en octobre 92 via son excellent Studio mag








Vous qui avez toujours craint les plans de carrière, voilà que vous apparaissez comme la plus déterminée des stratèges. Vous qui m'avez dit : "je n'aime pas les les images arrêtées", voilà, que soudain, de film -événement en film-événement, de photos de mode en photos de mode, vous semblez vouloir graver la vôtre dans le marbre.

Voilà parce qu'elles sont poussées à l'extrême, que vos motivations - la rigueur et l'exigence - se retournent contre vous et donnent soudain à votre attitude un côté étriqué, peu généreux, peureux même.

Vous qui avez incarné des jeunes femmes passionnées, flirtant avec l'absolu et dansant au dessus des précipices, voilà que vous semblez vouloir préserver par dessus tout votre rang (qui, au niveau où vous êtes, a pourtant si peu à craindre...)

On vous aimerait plus libre et finalement plus audacieuse. D'autant que cette position de repli, à la manière de ces joueurs de cartes qui quittent la table après avoir remporté un gros coup, ne vous ressemble pas, ne ressemble pas à cette guerrière que vous êtes et que décrit si bien Depardieu : "toujours en éveil, prête à recevoir l'ennemi, si forte malgré des attaches si fines". Cela ne ressemble pas à ces personnages que vous aimez tant et que vous nous avez fait tant aimer. Cela ne ressemble pas à Adèle H.ni à camille Claudel, ni même à Elle de l'été meurtrier....

On finirait par vous en vouloir de tous ces films que vous refusez, de tous ces films que vous ne faites pas, de toutes ces bonnes raisons de vous aimer davantage que vous nous enlevez...

De quoi je me mêle? Je n'ai comme excuse que l'affection qu'on vous porte depuis toujours- et des droits qu'elle nous donne .




Je me souviens , vous m'avez dit, c'était encore lors de ce déjeuner : "Je sais quelles sont les princesses qui dorment en moi; simplement je ne sais pas à quel point leur sommeil est profond, s'il faut les secouer ou si un simple baiser suffira à les réveiller" .Apparemment  leur sommeil est très profond ! Ou alors rêvant du prince charmant idéal et le trouvant pas parmi tous ceux qui se presssent au pied de leur lit, elles font semblant de dormir . Mais vous savez bien, vous qui avez servi de modèle à la belle du dessin animé de Disney, que, par la grâce d'un baiser, la Bête peut devenir le plus beau des Princes Charmants. Vous l'avez dit vous même : " Le destin n'est jamais là où on l'attend". Saviez vous par exemple avant de faire "l'été meurtrier" qu'il serait aussi important pour vous , qu'il compterait autant dans l'amour que vous porteraient les gens, dans l'admiration qu'ils  vous témoigneraient ? Pourtant Jean Becker n'avait pas tourné depuis 15 ans, le sujet avait des airs de roman de gare et vous avez mis plus de 2 ans à accepter de le faire...

Vous voyez bien. Je sais aussi que vous rêvez des Etats-Unis mais ce n'est pas parce qu'il vient de loin qu'il aura de plus beaux habits, le Prince charmant ! N'attendez plus le projet idéal, le sujet idéal,le réalisateur idéal,le partenaire idéal. Votre carrière ne s'est pas faite sur le calcul, elle s'est bâtie, comme toutes les belles carrières, sur le hasard, les incertitudes , les expériences, le risque, la variété. Ne croyez vous pas que si 1981 a été votre année, c'est parce que la même année, il y avait eu non seulement "possession" mais aussi "Quartet" et "Clara et les chics types" ?

Et l'année de "l'été meurtrier" n'y avait il pas aussi "Mortelle randonnée"? Cette activité somme toute normale, témoignait non seulement de l'étendue de votre registre mais donnait également la mesure de votre rayonnement.

 
Et puis ne vous sentez pas obligée de faire à chaque fois un chef-d'oeuvre impérissable que les théoriciens du cinéma loueront pour les siècles des siècles. Regardez votre carrière. On a déjà parlé de "l'été meurtrier" de Jean Becker. On pourrait parler aussi de Claude Pinoteau et de "la gifle" qui vous a lancée et qui n'était qu'une comédie dramatique, toute simple. En revanche Truffaut, Téchiné et Zulawski mis à part,à chaque fois que vous avez programmé une rencontre avec un auteur (Saura, Godard,Herzog), cela ne s'est pas bien passé ou n'a servi à rien. En outre si on vous aime dans ces personnages d'héroïnes rebelles et indomptables, dures comme le diamant et fragiles comme le cristal, on vous aime aussi lorqu'on retrouve à l'écran ce mélange d'innocence et d'insolence, cette fantaisie et cette grâce, cette légèrete et cette insouciance qui vous vont si bien dans la vie et que l'on voit si peu dans vos films. Qui rêve que vous incarniez forcément, à chaque film tout le destin du monde ? Soyez légère, soyez drôle, soyez insouciante, faites nous rire, faites nous pleurer, surprenez-nous, étonnez-nous...

Après tout ce n'est que du cinéma.Après tout, Garbo, Dietrich, et Marylin n'ont elles fait que des chefs-d'oeuvre du 7ème art ? Aime t-on moins Dustin Hoffman ou Robert de Niro quand ils font "Hook" ou " Midnight run"? Vous aime -t-on moins quand vous êtes dans cette incongruïté qu'est "Ishtar" ? Souvenez vous comme vous étiez heureuse quand vous tourniez "Clara et les chics types"...

Alors , ouvrez votre porte, brisez ce mur du silence, sortez de votre tour d'ivoire et tournez, tournez, tournez... comme le sculpteur sculpte, comme le tisserand tisse, comme le peintre peint. Ne vous contentez pas des bal de Dior pour ses parfums, donnez un bal. Le vôtre. Et invitez nous à la danse...Le jour du fameux déjeuner, vous m'aviez dit aussi : "J'ai commencé tellement petite....Je n'avais pas demandé à être là. Mais j'étais là et c'était pour être aimée et donner mon amour." Quelle autre preuve d'amour pouvez-vous nous donner que de faire des films,plein de films ?

Comme le destin est curieux. J'ai commencé cette lettre hier matin, et, de la ville, monte la rumeur que vous auriez un projet (toxic affair) qui se tournerait cet hiver, donc avant "La reine Margot". je prie le ciel que ce ne soit pas qu'une rumeur mais une information et que le projet devienne réalité. Tournez ce film, tournez le et ne vous arrêtez plus. Tournez en 10, tournez en 100...

Je vous embrasse.

Jean-pierre Lavoignat



3 commentaires:

tazyzas a dit…

C'est assez terrible de voir qu'elle avait été mise en garde... mais qu'elle n'a pas vraiment réagi comme elle l'aurait dû... Elle n'a pas eu l'audace qu'on attendait d'elle. Peut-elle l'avoir aujourd'hui? Je crois que nous l'espérons tous. Mais c'est tellement moins simple qu'à l'époque...

Anonyme a dit…

Peut être qu'elle ne veut pas travailler tout simplement!!Allez savoir!!!
Le problème, c'est que les années passent!Tout le monde est sur le même chemin!!!C'est dur ce constat!!!
Anneliz

Anonyme a dit…

j'adore, j'adore ce texte!mais que d'éxigence!nous sommes bien égoistes, nous les spectateurs,de vrais acteurophages,vrai que ,je lui en aurait presque voulu de son abscence!nous sommes là, dans notre molle torpeur en attente d'être rassasié par les artistes,et qu'ils vibrent pour nous! Ils ont le droit inaniéliable de se tromper, d'hésiter,de prendre du recul,de se protéger,ce qui compte en dé!définitive,c'est leur vie privée! on attends ,toujours les belles femmes au tournant,en plus la beauté et le talent, quel aubaine pours les vautours! en une espérance,qu'elle, jamais ,le public ne la décevra! le temps passe,tout lasse,mais ce qu'elle a vécu,personne ne lui enlèvera, voilà!

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