28 novembre 2015

RIP Luc Bondy


 
 


Isabelle nous avait tant parlé de ce metteur en scène talentueux  dans ces dernières interviews  que c'est avec une grande tristesse que nous apprenons sa disparition...

 
 
 
 
La nouvelle est tombée, samedi 28 novembre, et un voile de tristesse s’est abattu sur le théâtre : le metteur en scène Luc Bondy, directeur de l’Odéon-Théâtre de l’Europe, est mort d’une pneumonie, le matin même, à Zurich, à 67 ans. On le savait malade, mais la maladie faisait partie de sa vie, elle l’accompagnait depuis tant d’années, et il la surmontait si bien qu’il apparaissait comme un phénix, toujours renaissant. En juillet, il était parti en Suisse, pour se soigner.
Il devait mettre en scène Othello, de Shakespeare, à partir de fin janvier. Il avait repoussé à la saison prochaine ce spectacle dont il parlait magnifiquement, comme toujours quand il préparait une création. C’était un oiseau aux couleurs de paradis, pour reprendre l’expression de son ami Peter Stein, avec qui il a travaillé à la Schaubühne de Berlin, dans les années 1980 : un homme multiple, changeant, brillant, limpide et insaisissable. Son théâtre lui ressemblait : virevoltant de vie, pressé de désirs, teinté d’ombres fugitives, dont l’une était celle de l’Histoire.
Luc Bondy appartenait à une famille juive issue de la Mitteleuropa. Son grand-père, Fritz Bondy, avait dirigé le théâtre de Prague. Son père, François Bondy, journaliste et intellectuel, s’est réfugié à Zurich pour fuir le nazisme. C’est là que Luc Bondy naît, le 17 juillet 1948. Mais c’est en France qu’il passe la plus grande partie de son enfance et de son adolescence.

La gloire à la Schaubühne

Après s’être formé à l’école de Jacques Lecoq, il part pour l’Allemagne, en 1969, et il commence à travailler dans le théâtre. Witkiewicz, Ionesco, Fassbinder, Büchner et Goethe comptent parmi les premiers auteurs qu’il met en scène, à Göttingen, Hambourg, Nuremberg ou Düsseldorf. Son style le démarque, sa renommée grandit vite. Elle le mène au début des années 1980 à la Schaubühne de Berlin, la scène la plus importante d’Europe.
La Schaubühne est un collectif, qui réunit plusieurs metteurs en scène, dont Peter Stein et Klaus-Michaël Grüber, deux figures d’exception, aux style radicalement différents, et des comédiens de toute première grandeur : Bruno Ganz, Jutta Lampe, Edith Clever, Otto Sander, Angela Winkler... Il y a aussi, dans l’orbite de la Schaubühne, le dramaturge Botho Strauss, qui écrit pour la troupe. Il devient un compagnon de route du théâtre, et un ami, pour Luc Bondy, qui crée plusieurs de ses pièces (Kalldewey, La Guide, Le Temps et la chambre...), dans les années 1980.
Dans ces années-là, il fait ses débuts en France, où l’invite Patrice Chéreau, qui dirige le théâtre de Nanterre-Amandiers. Sa première création, Terre Etrangère, d’Arthur Schnitzler, en 1984, est un événement qui marque la décennie : re-découverte d’un auteur, découverte d’un metteur en scène.

Sa nomination à l’Odéon-Théâtre de l’Europe fait polémique

A partir de ce moment-là, Luc Bondy se partage entre Paris et Berlin. Toujours entre deux avions, deux projets, plusieurs vies. Ses amitiés sont nombreuses, sa soif de rencontres ne tarit jamais, son appétit de lecture, attisé par l’insomnie, est inextinguible : où qu’il aille, il a un livre à la main, que souvent il donne, quand il l’a lu. Parfois, la maladie le ralentit, il en parle, la met dans la vie, il continue, agrandit son cercle de mises en scène, de villes, de fonctions. De 1985 à 1987, il succède à Peter Stein à la direction de la Schaubühne de Berlin. De 2003 à 2013, il dirige les WienerFestwochen, le prestigieux festival de Vienne. En mars 2012, l’annonce de sa nomination à l’Odéon-Théâtre de l’Europe, à Paris, en remplacement d’Olivier Py, suscite une grosse polémique.
Luc Bondy fait front. Il fait toujours front, à sa manière. Soit par l’attaque, soit par l’esquive. Il a l’intelligence vive, et il sait la force de son art, qui en fait un des premiers metteurs en scène en Europe, au théâtre et à l’opéra, où il a signé des productions d’anthologie, en particulier Le Tour d’écrou (musique de Benjamin Britten) ou Julie (musique de Philippe Boesmans).
Sur sa route, dans les années 1990 et 2000, il y a Peter Handke, Ibsen, Guitry, Racine, Beckett, Yasmina Reza, Martin Crimp, Ionesco, Marivaux, Molière... Luc Bondy aimait varier les genres, et aurait aimé redonner un blason au théâtre dit de boulevard. On pourrait s’arrêter sur nombre de ses mises en scène. Chacune avait une couleur. Toutes reposaient avant tout sur les distributions, que Luc Bondy choisissaient avec un soin extrême. Il disait d’ailleurs que quand le choix des acteurs était fait, 80 % du travail l’était.
C’était évidemment à la fois vrai et faux, comme tout ce qu’il déclarait : la valeur de ses propos tenait à l’instant où il les exprimait. Ils étaient éphémères, à l’image du théâtre, que Luc Bondy ne cherchait pas révolutionner. Il l’habitait, à la façon d’une maison où tout vibre, tout bruit, crie ou chuchote, pleure ou aime. C’est cela qui était beau, dans ses mises en scène. Entendre et sentir tous les palpitements de la vie.

2 commentaires:

Satawat Medhanee a dit…

Oh, No........

Anonyme a dit…

Triste nouvelle un grand monsieur du Théatre.

J'avais vu Ivanov et les fausses confidences, je me faisais une joie de voir Isabelle Adjani sous sa direction.

Jeff Besançon

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