17 décembre 2014

VSD : drôle de rencontre

Huit ans après sa dernière apparition scénique, l’actrice est de retour sur les planches dans Kinship. Un nouveau départ qui suscite nombre de critiques, encaissées jusqu’à la rupture. Celle-ci eut lieu face à nous.





"Vous ne voulez pas éteindre ça deux secondes ? " C’est l’histoire d’une interview qui tourne court et d’une rencontre inoubliable. Un accident dans une routine professionnelle, faite d’échanges minutés à vocation promotionnelle. Polis, le plus souvent. Où l’on tente de nouer une relation franche alors que, au fond, personne n’est vraiment dupe. Depuis début novembre et jusqu’au 25 janvier, Isabelle Adjani joue Kinship (1), une pièce écrite par un auteur américain, Carey Perloff , et mise en scène par Dominique Borg. Librement inspirée de Phèdre, de Racine, c’est l’histoire d’une rédactrice en chef amoureuse d’un apprenti journaliste (Niels Schneider) qui se révèle être le fils de sa meilleure amie (Victoria Scognamiglio). La précédente apparition de la comédienne sur les planches remontait à 2006, La Dernière nuit de Marie Stuart. C’est dire si ce retour était guetté. Adjani et le théâtre, c’est une longue histoire d’amour. Elle y est née, au milieu des années soixante-dix. Elle l’a quitté souvent, retrouvé sporadiquement. Dans cette relation, Kinship ferait office de main tendue. Des retrouvailles apaisées entre deux amants terribles. Pour entamer, pourquoi pas, une nouvelle histoire. C’est sans doute pour cela qu’Isabelle Adjani a accepté de rencontrer les médias. Évoquer ce retour de flamme, cette envie d’en découdre.
Je la découvre un matin assise devant un thé dans le salon d’un palace parisien où elle a élu domicile le temps des représentations. Je m’installe et prends à peine le temps de la regarder. La timidité, sans doute. Je lui avoue, je suis impressionné. Le sentiment d’avoir grandi avec elle, les photos de L’Été meurtrier qui troublaient l’enfant que j’étais. Les chefs d’oeuvre n’étaient pas encore pour moi. Son talent, impalpable. Il n’y avait que cette présence, intense. Une jeune femme que je voyais s’épanouir comme une grande soeur. Elle rit à cette confession puérile et me remercie : « Je voudrais tant que les journalistes échangent vraiment, comme lors d’une conversation normale. » Mais rien n’est vraiment normal avec Isabelle Adjani. Et son retour au théâtre, qu’elle voulait en douceur, se fait dans le bruit et la fureur. On lui reproche d’avoir choisi une pièce trop petite pour elle, on fustige son manque supposé d’ambition. Sa rareté suscite une exigence excessive : « Ce qui compte, c’est que le public soit debout, en larmes, à la fi n… Il y a des films, des pièces que je n’ai pas faits car j’ai toujours privilégié l’urgence personnelle à l’urgence fictive. J’ai eu parfois des attaques de panique qui m’ont conduite à ne pas aller là où j’aurais pu exulter professionnellement. Daniel Day-Lewis se retrouvait lui aussi dans ces moments de panique, mais je l’encourageais à accepter des films. Or, ce que j’étais capable de faire pour l’autre je n’en étais pas capable pour moi même. Je suis consciente des attentes, mais je n’ai pas envie d’être tyrannisée. Kinship est une pièce moderne dont les thèmes, l’inconscient m’intéressaient plus que le texte. Et au lieu de juger mon travail, la critique théâtreuse me juge sur ce choix. »
Au fil de la conversation, la voix se fait plus dure. Les moments de silence plus longs. Le regard, parfois, se trouble. « On m’ennuie beaucoup avec cette histoire de temps qui passe, dira-t-elle plus tard. Et ça me fatigue. On me reproche d’avoir consacré une grande partie de ma vie à autre chose qu’à mon art. C’est mon humanité à moi. Désormais, je suis prête à m’y consacrer entièrement. Je veux juste faire des films, du théâtre, avec des gens qui m’inspirent. » Je la sens se perdre, s’émouvoir : « Lorsque je fais preuve de sincérité, ça excite la frustration des critiques au lieu de susciter leur compréhension. Je n’aurai jamais de comptes à rendre. » On évoque Truffaut, auteur d’une lettre en forme de déclaration d’amour pour l’inciter à tourner L’Histoire d’Adèle H, visible à l’exposition consacrée au réalisateur à la Cinémathèque : « Il fait partie des gens qui restent très vivants en moi et dont l’absence m’aura pesé. J’aurais voulu être moins seule. Je n’ai pas eu de famille ni de couple de cinéma. Et je le regrette. Car là, au moins, on ne peut pas échapper à la bienveillance de son partenaire.

(1) Au Théâtre de Paris, Paris 9e.
Lire l'article intégral dans VSD 1947 (du 18 au 24 décembre 2014)    

Olivier Bousquet

Merci à Taz pour le lien

4 commentaires:

Seabye a dit…

Isabelle semble un peu amère par rapport aux critiques de la pièce.
Quand on voit que tous les billets sont à -50%... Et que la pièce ne figure plus dans les meilleurs ventes sur internet. On peut craindre que ça ne se joue pas jusqu'à fin janvier.

Nicolas a dit…

Je trouve le titre inapproprié, quelqu'un peut-il m'expliquer? J'ai trouvé l'article bienveillant et sympathique...

Anonyme a dit…

Adjani méritait mieux que kinship

Blanc -Bougnat a dit…

Oui c 'est un peu triste. elle s' investit avec une si belle énergie, elle a tellement de talent, les gens y sont si attachés qu'il aurait fallu juste que la pièce soit un peu mieux conçue, un peu mieux écrite et ça serait passé comme une lettre à la poste. Mais là ce n' est vraiment pas à la hauteur, surtout en comparaison de ses deux dernières apparitions: "la dame aux camélias" et "Marie Stuart" deux rôles sublimes. Mais c 'est peut-être comme lorsqu' elle tourne "de force" ou "David et Mme Hansen", elle veut changer, innover avec des rôles plus physiques ou davantage hauts en couleurs, moins dévorants. Mais ça ne lui va pas. Elle est bien meilleure, servie par des rôles forts. Je ne suis pas sûr qu'elle soit faite pour "se reposer" dans ce métier. elle m' évoque deux autres grandes tragédiennes du cinéma français: Jeanne Moreau et Fanny Ardant. Elle aussi quand elles baissent "en intensité" dans la puissance des rôles, ça devient très vite fadasse, au contraire d 'une Mathilde Seigner qui n' a jamais eu l' occasion de porter un rôle à son sommet mais qui paradoxalement, avec son naturel et sa technique d' actrice arrive à sauver du naufrage n' importe quel mauvais film, n'importe quel dialogue à l' emporte-pièce.

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