11 décembre 2014

A la recherche du temps perdu, Paris match

Nouvel entretien d'Isabelle pour Paris match





 
 

Sincère et lucide, fourmillant de projets alléchants, Isabelle Adjani se livre sans langue de bois. Et dresse au final le portrait d’une star plus que jamais déterminée à s’inventer un futur.

 




 
D'Isabelle Adjani, il faudrait cesser d'évoquer l'éternel retour pour ne plus se concentrer que sur le présent.  Justement: en rédactrice en chef d'un grand quotidien mettant en péril sa carrière et sa vie par amour fou pour un jeune reporter, elle est pour la première fois dans "Kinship", une femme de son temps. Et si la pièce longtemps retardée ne bouleverse pas par la virtuosité de son texte, l'actrice, elle, ne peut laisser indifférent dans un rôle que l’on jurerait écrit pour elle.
Paris Match. Du changement de metteur en scène à la défection de l'actrice espagnole Carmen Maura, la pièce a essuyé plusieurs rebondissements avant sa création. Avez-vous beaucoup douté?
Isabelle Adjani. Oui. Mais comme cette pièce est avec moi, alors ça devient tout de suite l’événement. C'est comme ça depuis que j'ai 18 ans et à chaque fois, je suis sidérée. Ca me fait rire qu'on me prête tous les pouvoirs. On s'imagine que c'est moi qui décide de tout. Pourtant, c'est le théâtre qui a opté pour Dominique Borg à la mise en scène avec l’adhésion des trois comédiens. Des pièces qui changent de metteur en scène, il y en a tellement chaque année... Ce spectacle a imposé ses propres choix. L'important, c'était de le faire exister coûte que coûte donc on a été vaillants, tenaces et audacieux. L’échec n’était pas une option.
C'est la première fois que vous interprétez sur scène un texte contemporain. Pourquoi ce choix?
Il fallait que je sois sur les planches, c'était viscéral, pulsionnel. Et je ne voulais surtout pas rentrer dans une stratégie de reprise théâtrale classique et trop réfléchir. Ce qui m'intéressait c'était de parler aux femmes, des femmes. De leur pouvoir, de la menace qu'il peut représenter pour les hommes dans une relation intime. Aussi du rapport mère-fils... Le tout de façon spontanée et moderne. Quand j'ai lu le texte, ça m'a fait l'effet d'un uppercut. Je me suis dit: "Voilà, je ne vais pas perdre d'avantage de temps à chercher autre chose". Je me suis lancée comme on se lance dans le vide.
C'était pour vous une plus grande mise en danger que le théâtre classique?
Ce qui est plus diffficile c'est de produire une émotion noble avec un langage quotidien. Ca, c'était le grand défi. Quand on me dit: "Un texte comme celui-là est simple à jouer", ce n'est pas vrai. Ce n'est pas simple de jouer un texte simple. Mais je vous rassure, mes prochains choix seront mûrement étudiés et je m'adresserai aux plus grands parce qu’au fond, c’est vrai que c’est pas mal d'être protégé par le talent voire le génie d'un grand metteur en scène. (rires)
Êtes-vous sensible aux critiques? 
Vous savez, l’essentiel c’est le bouche à oreille et la manière dont le public réagit... Hier soir un spectateur m’a dit qu’on lui avait offert sa place pour son anniversaire. Vous imaginez pourrir l’anniversaire de quelqu’un, vous ? C’est une responsabilité infinie mais magnifique... Dans ma vie, j'ai toujours tenté d'éviter tout ce qui pouvait produire trop d'adrénaline. Mais là, c'est différent. Pourquoi se priver d'un tel miracle. C'est de l'Amour avec un grand A. Ce qui n'est pas une thématique très parisienne, j'en conviens. Mais si Barbara a écrit "Ma plus belle histoire d'amour c'est vous", c'est bien parce que cette rencontre-là avec les gens est irrésistible. Je trouve ça inouï qu'un tel rendez-vous puisse encore perdurer aujourd'hui! A la sortie, ils me disent des choses incroyables. Que je suis leur anti-dépresseur, ils m'embrassent, me supplient de ne pas arrêter... Alors, je les rassure sur le fait que maintenant que les enfants sont élevés et que les proches dont je m'occupais sont partis dans un autre monde, ça va probablement redevenir ma vie de travailler tout le temps. (rires)
La pièce met en scène deux passions dévorantes: celle d'une femme pour un jeune homme et celle d'une mère pour son fils. Dans les deux cas, le constat est pessimiste: c'est un amour sacrificiel... Il n'y a donc aucune issue?
L'amour est un combat perdu d'avance lorsqu'on aime l'autre plus qu'il ne vous aime.  Car c'est rarement à l'unisson. Une femme qui est trop amoureuse se condamne à être moins aimée, ça j'en suis malheureusement certaine (rires). Évidemment, il y a toutes ces justifications biologiques qui expliquent la fin du désir. Et si vraiment, la passion dure un an et l'amour trois ans, c'est assez "déromantissant"! On a l'impression qu'avec les hormones seules, se remettre d'un chagrin d'amour consiste à connaître la recette! Une amie très pragmatique a sa théorie perso: faire du vélo tous les matins pendant deux heures. Ses endorphines sont boostées à fond et la peine faiblit. Sa méthode spartiate anti-peine de coeur, c'est pas la mienne! (rires)
L’amour impossible est un thème récurrent chez vous depuis vos débuts...
Oui sinon je ne serai pas actrice. Je m’ennuie si ça ne parle pas d’amour. Ça doit être un héritage trans-générationnel, l’amour impossible, c’est quelque chose que je porte en moi. À mon avis, ça vient d’une ancêtre qui a dû en mourir. Je m’étais enhardie à faire une séance pour connaître mes vies antérieures et on m’avait dit que ma dernière réincarnation remontait à 1883, date à laquelle j’aurais commis un crime sexuel. (rires) J’adore cette idée ! Au moins, je me serai vengé dans le passé !
Warren Beatty, lui, vous voyait plutôt en héroine de comédie romantique hollywoodienne. Il était loin du compte?
Il me disait "Il faut faire des films easy", pas ma cup of tea... Mais c'est quelqu'un qui avait la réputation d'être très propriétaire de ses compagnes actrices. Et lorsqu'Adrian Lyne m'a proposée de jouer dans "Liaison fatale", il n'a pas vraiment insisté pour que je n'hésite pas on va dire... Ensuite, j'ai refusé de jouer dans son "Dick Tracy" et c'est comme ça qu'il a rencontré Madonna...
C'est Truffaut qui le premier vous a fait tenir ce rôle quasi prophétique d'amoureuse éconduite dans "L'histoire d'Adèle H." alors que vous n'aviez encore rien connu de tel dans la vie. Si vous aviez su, à l'époque, que ce serait annonciateur d'amours contrariées, auriez-vous renoncé à faire le film?
J'ai souvent dit non au théâtre ou au cinéma pour une histoire d'amour... J'ai renoncé au "Phèdre" de Patrice Chéreau, parce que j'étais à l'époque avec un homme. Qui n'en valait pas la peine d'ailleurs... Donc c'est bête, mais c’est la vie. Et Dominique Blanc était juste incandescente dans le rôle.
Votre statut de star a-t-il déjà constitué un frein à une relation?
Oui bien sûr. De toutes façons, une actrice connue ne sait jamais très bien qui s'adresse à elle et pourquoi. Je crois que le plus grand compliment qu'un homme m'ait fait récemment - en tout cas qu'il a pensé comme un compliment - c'est: "Je n'ai vu aucun de tes films" (rires). Je lui ai dit: "Tant mieux, c'est formidable!" mais c'est quand même aberrant de devoir en arriver là. On est aussi ce que l'on fait.
La question de la différence d'âge évoquée dans "Kinship" était déjà au centre de "Adophe" de Benoit Jacquot. Elle vous tient à coeur? 
Benjamin Constant a écrit le plus beau roman d’amour là-dessus avec "Adolphe". Et je veux également interpréter la Sanseverina dans "La Chartreuse de Parme". La problématique de cette figure féminine très stendhalienne m’a marquée dès l’adolescence avec "Le Rouge et le Noir". Mais la question de l'âge se passe dans la tête des femmes. Il m'est arrivé d'avoir peur qu'un homme avec lequel je vivais s'intéresse à quelqu'un de plus jeune alors que j'étais moi même encore très jeune. C'est malheureusement une crainte chez chacune. Heureusement, qu'il y a certains couples people comme Demi Moore et Ashton Kutcher qui ont permis de déconditionner de façon actuelle tout ce cirque misogyne. Il n'y a qu'à voir l'emploi du mot "cougar"... C'est un terme pornographique qui me dégoute. Il empeste la prédation. Je déteste qu'on se serve du bestiaire animalier pour décrire les gens, et surtout les femmes.

"Nos paroles d'actrices sont des paroles de femmes"

Vous vous faites souvent le porte-parole du sexe faible. Dans le choix de vos projets comme lorsque vous signez dans la presse une tribune sur les pervers narcissiques...
Absolument. Quand j'étais jeune, je voulais prendre soin des gens, aider... C'était ma vocation. J'ai lu certaines déclarations récentes de Meryl Streep, elles deviennent pour moi comme un manifeste de vie. Nos paroles d'actrices sont des paroles de femmes. Nous parlons de et à toutes les femmes à travers nous et s'il m'est arrivé de m'insurger contre les mésactions de l'homme manipulateur, c'était réactif, oui, mais en conscience.
Donc vous ne le regrettez pas?
Non. Simplement j'ai pris deux-trois claques par des machos de service qui me l'ont reproché en me disant: "C'est déplacé, ce n'est pas votre place de faire ça, c'est du déballage!" C'était tout sauf du déballage. C'était une prise de position au nom du féminin, en réaction à un problème qui ne pouvait plus être une omertà dans cette société! Aujourd'hui, vraiment, je souris parce que "les pervers narcissiques", vous avez vu le marronnier que c'est devenu partout dans la presse? C'est parlant. J'ai l'impression d'avoir ouvert le feu il y a quelques années. J'étais un peu en avance sur la nécéssité d'aborder sans tabou le sujet! (rires)
Vous avez dit: «Parfois, j'ai honte quand je me retrouve sur une couverture d'un magazine et constate la semaine suivante que quelqu'un qui n'est célèbre pour rien fait la Une ». Vous faisiez référence à Nabilla?
À mes débuts, faire la couverture de magazines populaires était un trophée. Aujourd'hui, ça n'a plus cette valeur. C'est comme ça qu'on devient snob, élitiste et un peu sectaire d'ailleurs, à force de voir autant de vulgarité étalée. On n'a pas envie de se retrouver soi même mêlée à ce flux de vulgaire.
Vous avez pourtant récemment pris la défense de Nabilla...
J'ai juste dit que l'acharnement dont elle est victime me semble une grande cruauté. Je déteste la chasse à l'homme surtout quand elle concerne les femmes. Cette fille est soudain devenue une espèce d’ersatz d'Arletty. Ce n'était plus "Atmosphère atmosphère", c'était "Allo allo allo". On en a fait une créature qui a charmé tout le monde mais qui bien entendu devait perdre la tête. La télé-réalité est pour moi un cancer qui dévore toutes les cellules saines de ceux qui la regardent ou y participent. Les médias ont fait de Nabilla et de son compagnon les tristes métastases de ce cancer.

"Je plains les enfants. On les a sacrifiés à notre monde de désirs, ils sont perdus dans l'effervescence de nos pulsions"

Continuez-vous tout de même à lire la presse?
Je la regarde. Je vis avec mon temps en faisant des interruptions parce que c'est saoulant et asphyxiant. Se couper complètement de tout ça est parfois un repos incroyable. Oublier un instant dans quel monde on vit, c'est pas mal...
Isabelle Adjani et son partenaire, Niels Schneider, dans la pièce « Kinship ». Absente sur la photo, Vittoria Scognamiglio interprète la mère du jeune homme.© DR

Dans "Kinship", vous incarnez une rédactrice en chef très connectée qui créé des applications pour smart phones. Que vous inspirent les réseaux sociaux?
C'est a-tro-ce. Je suis anti-réseaux sociaux. Je ne peux pas... L'autre jour, je suis tombée dans la rue sur des affiches publicitaires pour un site exubérant de rencontres adultères. Soi disant pensé par les femmes, donc avec un alibi féministe? Ca m'a complètement choquée. On dit quoi à nos enfants? "Oui quand j'ai envie de baiser avec quelqu'un d'autre que ton père, je vais là"?! Déjà qu'ils sont complètement nourris au porno urbain, hyper sexualisés... Non, je les plains. On les a sacrifiés à notre monde de désirs, ils sont perdus dans l'effervescence de nos pulsions.
Qu'est-ce qui dans l'époque actuelle trouve grâce à vos yeux?
Ceux qui marchent à contre-courant, qui n'ont pas peur. Comme Alexandre Jardin dont le projet de société, encore méconnu, provoque une immense admiration chez moi. Ou Pierre Rabhi, mon idole. Je crois en ce qui me fait du bien : l'art, le théâtre, les musées, les livres, l'écriture, le cinéma... Il y a une vie avant et après "Mommy" de Xavier Dolan. C'est un film fait de l'intérieur, dans une inspiration organique. L'amour chez lui est symphonique. Un chef d'oeuvre.

"Je suis une mère absolue, une mère juive, une mère infernale mais je fais tous les efforts pour me mettre en retrait quand il le faut"

Vous êtes la directrice artistique de "Kinship". Parce que vous avez besoin d'avoir la maitrise globale d'un projet pour vous y investir?
Non, j'avais juste envie de participer de façon un peu plus officialisée aux décisions.Une prochaine étape pour moi sera de rejoindre le clan des filles, plus jeunes, qui sont passées à la mise en scène. Mélanie Laurent, Valeria Bruni-Tedeschi... Au cinéma mais au théâtre aussi. Avec moi, c'est ou rien ou tout! (rires)
Votre fils ainé a également collaboré à la pièce.Êtes-vous une mère envahissante comme l'est le personnage de votre rivale sur scène?
Je suis une mère absolue, une mère juive, une mère infernale mais je fais tous les efforts pour me mettre en retrait quand il le faut. D'ailleurs, je n'ai pas eu le choix avec mes garçons. L'un et l'autre ont posé leurs limites. Mais si mon plus jeune fils savait de quelle façon je regarde parfois la petite amie du moment, c'est: "Ah non, pas celle là!" ... Je suis une caricature de belle-mère. Et je repense avec amusement à toutes celles qui ont lutté contre moi quand j'étais avec leur garçon. (rires)
Votre fils fait ses études de l'autre côté de l'Atlantique.C'est violent à accepter le départ d'un enfant?
C'est très difficile. On s'écrit parfois des mots déchirants tellement on se manque. Mais j'y vais quand je peux et quand il veut surtout. Et lui aussi vient quand il peut... Ahlala, franchement, cette histoire de majorité à 18 ans, c'est n'importe quoi. La véritable maturité biologique est à 21 ans. (rires)

Vous trouvez qu'il est parti trop tôt?
Les enfants se croient grands trop tôt surtout. C'est terrible de se croire adulte comme ça... Depuis l'âge de cinq ans et demie, il rêvait de nous dire "Ca y est, c'est terminé, je suis grand! Maintenant, je ne vous écoute plus, c'est ma vie, plus la vôtre!" La société pousse les adolescents à ça. Bienvenue à eux dans l'ère de la précocité assenée comme un art de vivre. Un peu de patience... Je sais qu'il faut encore quelques années pour qu'un enfant revienne sans se sentir menacé par la toute importance de la mère. Pas besoin de preuves pour le savoir. Mais évidemment, ça ne peut pas se passer sans peurs, sans déchirements. De temps en temps, une mère se retrouve avec son propre fils à vivre les mêmes situations qu'avec un homme aimé qui la rejette. Parfois, je me dis "Mais c'est le fils là, pas le père!" et en même temps, c'est dans la vérité des choses... En tant qu'artiste, il se cherche encore: il compose, il chante, il écrit, il fait des bétises... Enfin, il fait tout ce qu'il faut faire maintenant pour être bien plus tard. (rires)

"Les périodes que j'ai pu traverser en étant moins bien dans mon corps, j'ai eu le cran de les assumer sans trop me cacher"

Contrairement à vos garçons tous deux musiciens,votre nièce Zoé-Leilla veut suivre vos traces et devenir comédienne.L'avez-vous mise en garde contre les dangers du métier?
J'ai essayé mais je ne sais pas si j'y suis parvenue. Elle suit des cours de théâtre dans son lycée dans le sud et je crois qu'elle va inévitablement se lancer dans le cinéma car elle est vraiment faite pour ça. J'essaierai d'être la tante la plus conseillère possible si elle décide de me faire confiance parce qu'elle a un tempérament très fougueux, elle semble douée.
Il est plus cruel pour une femme de faire ce métier car on y est en permanence jugée sur son apparence. Vous en avez souvent fait les frais...
Oui. Mais j'ai essayé de me délester de ces considérations ces dernières années, de me foutre un petit peu de mon physique et des commentaires, comme pour dire: "Je vous emmerde, vous n'allez pas me gâcher la vie avec ça!" La récompense, c'est que le public sait que vous ne trichez pas. Les périodes que j'ai pu traverser en étant moins bien dans mon corps, j'ai eu le cran de les assumer sans trop me cacher. En disant: "La vérité c'est ça et ça ne remet pas en cause ce que je suis capable de faire et d'être". Aujourd'hui, j’entre dans une période où j'ai à nouveau envie de me plaire.
Avez-vous souvent été tentée de tout arrêter ?
Ça fait un moment déjà, oui. Je trouvais que tout ce qu'il y avait autour de la condition d’actrice était trop fatigant. J'ai traversé des souterrains de déprime. D'insatisfaction. L'impression de ne pas travailler avec les bonnes personnes, de ne pas faire les films qui étaient mes objectifs et mon rêve vocatif du début. Mais je suis sans doute un peu fautive....
Vous arrive-t-il de solliciter des cinéastes avec lesquels vous aimeriez tourner?
Non, ce n'est pas moi, je suis trop pudique. Je me dis toujours que si une route doit en croiser une autre, ça se fera. Mais les choses ne se passent pas exactement comme ça dans la vie professionnelle, alors il va falloir forcer ma nature. (rires)
De qui alors aimeriez-vous croiser la route?
De Bertrand Bonnello. J'ai aussi envie de retrouver Benoit Jacquot. Il est si intelligent, subtil, respectueux, sans ego... Et il est vraiment capable d'offrir un film à une actrice.

"J'ai construit ma liberté de dire non. Et ce qu'on pourrait vouloir me faire faire en me manipulant, je sais le faire sans"

Et Céline Sciamma?
Ah! Céline Sciamma, j'ai une passion pour elle! On s'était rencontrées pour discuter. Mais son thème de prédilection est l'adolescence, quel regret! Mais bon, si elle a un jour besoin d'une mère, ce sera les yeux fermés! Je n'ai pas compris pourquoi "Bande de filles" n'avait pas eu le succès que la critique prédisait... Merveilleuse cinéaste!
Pourriez-vous travailler avec un metteur en scène tel que Abdellatif Kechiche malgré ses méthodes controversées?
Non. Ses jeunes actrices sont absolument exceptionnelles, pas besoin de se mettre à la remorque de tous les laudateurs de "La Vie d'Adèle"... Mais la manipulation d'une actrice, c'est une fois, pas deux. Il m'est arrivé de connaître une aventure de ce type sur "Possession" de Zulawski qu'il me serait impossible de revivre aujourd'hui. J'ai trop d'expérience. J'ai construit ma liberté de dire non. Et ce qu'on pourrait vouloir me faire faire en me manipulant, je sais le faire sans.
Que manque-t-il à votre bonheur aujourd'hui?
Peut-être  de remonter le temps pour pouvoir faire tout ce que j'aimerais faire à l'avenir... Parce qu'on ne peut pas passer sa vie à être déçue de n'avoir pas suivi son destin d'actrice.
Vous n'êtes pas satisfaite de votre carrière?
Plus le temps passe, plus je me reproche ce que je n'ai pas fait et plus je me dis qu'il faut les faire exister ces films que je n'ai pas tournés... Pour autant, je ne supporterais pas qu'on utilise mes regrets pour me dire que je me suis trompée. J'ai l'honnêteté d'en faire la confidence mais si ça doit constituer une espèce de reproche éternel, je n'en parlerai plus (rires). De toutes façons, si j'étais satisfaite, j'arrêterais. J'ai toujours cru que j'abandonnerais le cinéma beaucoup plus tôt. J'imaginais que j'allais tourner plein de films et d'un coup, me dire "Oh! mon dieu, qu'il est tard! Il faut vite faire un enfant et rentrer dans la vie!" Et en fait, j'ai tout fait à l'envers. J'ai privilégié ma vie... Certaines interruptions de carrière ont été volontaires, d'autres non.... Mais maintenant, je crois que ce sera jusqu'à ce que mort s'en suive.

Quels sont vos projets?
Je vais tourner avec un nouveau réalisateur, Louis-Julien Petit, dont le premier film "Discount" vient de gagner le Prix du Jury au Festival d'Angoulème. C'est un drame de la souffrance sociétale qui raconte comment le travail peut générer des suicides. Quelque chose qu'on a besoin de raconter aujourd'hui comme c'était le cas avec "La journée de la jupe" dont Jean-Paul Lilienfeld a eu le remarquable courage. J'ai aussi initié un projet sur la relation ambivalente et passionnelle entre l'artiste Suzanne Valadon et son fils Maurice Utrillo pour lequel je rêve de Pierre Niney.Voilà. Et puis, j'aimerais faire adapter "Kinship"pour le cinéma. Désormais, je ne ferai que des choses qui me tiennent à coeur. Parce qu'à chaque fois que j'ai essayé de reprendre le travail pour reprendre le travail en me forçant, ça ne m'a pas du tout réussi.
Vous regrettez certains choix?
Bien sûr mais je ne les citerai pas. Je crois qu'ils sont évidents. (rires)
François Truffaut disait que le cinéma, c’est mieux que la vie. Êtes-vous d'accord?
(Rires) Oui. Parce que ma vie sans le cinéma, c'est déjà un film en scope tous les jours. Alors autant le tourner!

Isabelle aime...

Musique
Comme une batterie, je me recharge avant les représentations avec de la musique. Dans ma loge, j'écoute beaucoup "Ghost stories", le dernier Coldplay qui est complètement mystique et qui m'aide à me préparer aux vertiges de la scène.
Théâtre
"Lucrèce Borgia" avec Guillaume Gallienne et Eric Ruf était incroyable. J'adore la Comédie Française. C'est un lieu sacré, qui illumine toute la place artistique. C'est devenu la maison des plus grands acteurs français.

Acteurs

Matthew McConaughey. Il ne fait pas que ressembler à Paul Newman, il a du grand Paul Newman en lui! J'adore  découvrir la face cachée d'un acteur qui d'un coup se révèle comme ce fût le cas pour lui dans "The Dallas Buyers Club". C'est un film absolument édifiant sur toute cette génération qui a dû se battre pour trouver des solutions de soins pour les malades du Sida.

Séries

"Scandal" et "House of Cards". J'avais vu Kevin Spacey  dans "Richard III" où il était un maitre de l'aparté shakespearien. Je ne connais pas la genèse de la série mais il a dû amener un peu de Shakespeare dans "House of cards" en s’adressant à l’objectif. C'est vraiment inédit et culotté! Je jouerais sans hésiter dans un programme télé de ce calibre. La qualité d'écriture est incomparable.
« Kinship », au théâtre de Paris, Paris IXe, jusqu’au 31 décembre.

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