25 avril 2014

Officiel du mois de mai- Isabelle prend la pose


Isabelle dans le majestueux magazine L'officiel, c'est ce mois-ci , avec de superbes clichés  de Katerina Jebb

Préambule à retrouver sur ce lien  L'OFFICIEL






Il y a quelque chose d’amusant presque, à revoir sur YouTube les interviews que donnait Isabelle Adjani dans les années 1980 ou 90. Toutes, sans exception, commencent avec ce même étonnement : « Pourquoi vous faites-vous si rare à la télévision ? » Réponse fatiguée de l’actrice : « Je me fais déjà rare au cinéma, aussi je m’imagine mal venir sur les plateaux parler des films que je ne fais pas. » C’est une réponse que Garbo aurait pu faire, c’est la réponse lasse d’une actrice qui voudrait qu’on lui demande autre chose que d’avoir à justifier pourquoi elle ne fait rien comme les autres. C’est la réponse d’une femme qui est naturellement dans la fiction face à des journalistes qui croient eux, les pauvres, être dans le réel. C’est sa façon Adjani de nous dire qu’aller la chercher sur le terrain du jeu, c’est bien, mais si c’est seulement pour venir lui demander pourquoi elle ne joue pas le jeu médiatique, c’est pauvre. Vouloir croire une seconde qu’Isabelle Adjani est une actrice comme les autres, c’est forcément prendre le mauvais chemin pour comprendre quelque chose à son fonctionnement. Maintenant que nous connaissons mieux ce jeu entre l’apparition et la disparition, avec ces périodes de repli, d’isolement, ces déserts et ces châteaux, on sait mieux la question qu’il faudrait poser à Isabelle Adjani : à quoi ressemble-t-il ce film permanent, cette fiction constante dans laquelle vit l’autre Isabelle Adjani, celle que l’on ne voit pas, celle qui vit dans le secret ? À quoi ressemblent-elles ces mille fictions possibles, essayées, habitées ? Sont-elles douces avec vous, d’une vie bien plus intense que la nôtre ? Sont-elles tragiques, tragiques et bien ? Sont-elles en noir et blanc, Isabelle, ou sont-elles en couleur, Adjani ?


Ne pas aimer à la folie celles qui ont fait le choix d’échapper à l’image que l’on bâtit autour d’elles, c’est ne rien comprendre aux (grandes) actrices. Ne pas défendre l’ombre et le secret, c’est ne rien comprendre au cinéma. Il faut aimer à la folie, il faut aimer sans l’ombre d’un doute cette Isabelle Adjani qui décide, adolescente, de s’emparer du vedettariat (et il faut revoir cette interview d’elle encore lycéenne pour savoir qu’être star est une chose qui n’a rien à voir avec le hasard), de s’imposer tout simplement comme le seul horizon possible du cinéma français, et faire pour cela les sept ou huit films pour que ce cinéma devienne, en quelques plans, son règne total, et puis se dire que ce royaume n’a de sens que dans l’exil.

Réalisation : Vincent Darré
Photographie : Katerina Jebb
Texte : Philippe Azoury

MERCI à Taz pour les liens

3 commentaires:

Inga a dit…

Encore un cadeau exceptionnel! MERCI!

Anonyme a dit…

SUPERBE !
jluc31

Anonyme a dit…

Il est vrai que pour un artiste -et j'en suis un- la sempiternelle et identique question relève quasiment de la monstruosité.
Depuis près de 30 ans, tous me demandent quand je vais peindre une série "joyeuse"... Et ça me fait... "quand exposez-vous, où?"... L'horreur... "sera-ce plus lumineux, moins noir et terrifiant?". C'est exactement le même problème pour Adjani. Adjani doit-elle vraiment jouer dans les "bronzés" alors que sa nature l'attire vers des rôles sombres et intenses?...
Isabelle, restez vous même. Electrisez-nous et faites ce que mon maître disait toujours "cultivez ce qu'on vous reproche". C'est cela votre vie.
Je vous attend dans cette pièce, très bientôt. Anonyme (R.B)

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