30 septembre 2012

L'éternel retour d'Isabelle Adjani par la voix du nord

"L'éternel retour d'Isabelle Adjani... Tonique, désinhibée, bergmanienne"
             Quatre derniers films initiés par des réalisateurs que l’on pourrait qualifier de mutants, émanant de zones (télé, foot, zonzon, déconne) souvent méprisées par la grande famille du cinéma. Un film bollywoodien à venir. Un prochain tournage chahuté par ce diable d’Abel Ferrara. À l’inverse de beaucoup de stars de sa stature, Isabelle Adjani ne se repose pas sur ses lauriers. 
 
 
 
Isabelle Adjani, telle qu'Alexandre Astier la voit dans le rôle de Madame Hansen Bergman. PHOTO DU FILM
 
«J’aime bien donner leur chance à des faux losers! Je ne supporte ce qu’on appelle «la carte», ceux qui refusent à d’autres un ticket d’entrée. Lorsque j’ai lu le scénario de La Journée de la jupe et qu’on a vainement tenté de me décourager de travailler avec Jean-Paul Lilienfeld, j’ai répondu aux uns et aux autres «Je suis désolée, avec un scénario pareil, ce type ne peut pas complètement rater son film. On va même dire qu’il va le réussir. Si je peux l’y aider un peu, j’y consacrerai tous mes efforts.» Je n’avais rien voulu voir de ce qu’il avait fait pour la télévision. J’ai tout refusé. La France est le pays de tous les impossibles. Plus on essaie de me décourager, plus je suis intriguée. Je déteste ce type de jugement à l’emporte-pièce. Je déteste l’exclusion.»


Cette autorité, cette condescendance qu’exprime le personnage de Madame Hansen semble être de l’ordre d’un nouveau registre?
«Peut-être même y avait-il déjà cet espèce d’aplomb - pas fondé cela dit sur les mêmes valeurs dramaturgiques - en Viviane, dans Bon voyage de Jean-Paul Rappeneau. J’aime beaucoup ce type de personnage qui me fait penser à la comédie américaine, à la Capra. Où les femmes sont super dynamiques et font comme si elles savaient ce qu’elles voulaient faire de leur vie. Carole Lombard, par exemple, cette autorité-là. C’est délicieux cette dynamique-là, ce tempérament bien trempé! Et c’est très agréable à jouer, même s’il s’agit de la partie de sa personnalité qui existe entre le moment du traumatisme et celui où elle retrouve sa véritable personnalité. Le tonus qui la caractérise est complètement désinhibé et c’est ce qui la rend très fantaisiste malgré elle. On ne sait pas où est sa véritable personnalité. Ce qui est intéressant, amusant et touchant, c’est de la saisir à ce moment-là.»

Votre personnage pourrait être passif mais ne l’est pas, même dans son immobilité, même dans son silence
«Elle est toujours en mouvement, dans la quête de sa vraie vie et de sa véritable identité. Elle sait comment elle s’appelle. Elle n’est pas amnésique à ce point. Quelle était sa vie avant le traumatisme qui lui a fait perdre la mémoire? On sent qu’elle est travaillée par ça, qu’elle est toujours prête à partir vers un endroit, quel qu’il soit – qu’il soit réel, imaginaire – capable de lui apporter une réponse. Effectivement, c’est à l’œuvre, ça la travaille.»

Qu’elle est la part de silence dans votre existence?
«Le silence m’est nécessaire. Il sert à effacer toutes les musiques d’ascenseur, tous les virus qui nous polluent l’existence. Aller dans une église, écouter le silence. Rester dans un lieu, à l’abri du bruit, c’est pareil, j’en ai besoin. Cela dit, cela dépend plutôt du metteur en scène. Lorsqu’on suit un personnage, je trouve toujours très beau que son silence soit parlant. On a alors l’impression que le monde intérieur est à l’œuvre. C’est très rare aujourd’hui. Le silence n’est pas une valeur qui a la cote. A la radio et à la télévision, le silence est totalement banni. Il m’est arrivé de regarder sur la chaîne Histoire des interviews des grands de l’époque, Pierre Desgraupes et compagnie. Durant l’entretien, les gens étaient dans la réflexion. On pouvait s’arrêter, réfléchir à quelque chose sans pour autant fabriquer des phrases, en général toutes faites. On laissait la pensée se dérouler. Cette pensée qui a besoin, pour s’organiser, de moments de silence.
A ce propos, pour un documentaire que l’on prépare pour ARTE, j’ai dû me pencher sur des archives. J’ai donc revu des moments d’interviews qui appartiennent au Grand échiquier. J’avais des moments de silence incroyables. Et c’était merveilleux. Aujourd’hui, c’est un vrai luxe. Lorsqu’on pose tout à coup un silence, on voit l’interviewer s’impatienter et s’inquiéter. Les gens pensent qu’on peut tout perdre avec un silence. Alors qu’il y a tout à gagner avec un silence. Un peu de profondeur en tout cas.»

Hansen Bergman c’est pour Ingmar Bergman ou pour la Shoah?
«C’est pour Bergman Ingmar, c’est pour Bergman Ingrid. Je trouve ce nom extrêmement beau. C’est pour tous les Bergman!»

Une femme hantée par son passé, un thème immémorial qui renvoie au mélodrame et au film noir. Ça vous parle?
«Bien sûr que ça me parle! Alfred Hitchcock, Orson Welles... J’aime qu’un film, quel que soit son genre, ait une part de suspense. Sinon qu’est ce qu’il y a à suivre? Qui a t-on envie de suivre? Que cherche t-on? Où va-t-on?
Le scénario original n’était pas tel quel. C’est un aspect qui a été créé à travers toutes les discussions que nous avons pu avoir, Alexandre Astier et moi. J’estimais que le spectateur ne devait absolument pas savoir ce qui s’était passé dans la vie de Madame Hansen Bergman. On a besoin d’être intrigué par elle. On a besoin que le personnage joué par Alexandre Astier soit dans le suspense de son histoire. Il est nécessaire qu’il soit le premier spectateur de son histoire à elle.»

Qu’avez-vous découvert sur Alexandre Astier?
«Je crois pouvoir assurer qu’il a un fond anxieux. Il témoigne d’une disponibilité vraiment exquise. On est tout le temps bien avec lui, tout le temps à l’aise. Quelle que soit la difficulté du jour, il offre aux autres une humeur égale, même s’il est capable de coups de tête à la Zidane. Humainement, c’est quelqu’un de formidable.»

Etiez-vous attentive à sa mise en scène, à son travail sur les ombres, les contre-jours?
«Je l’ai regardé œuvrer. Cela dit je n’ai pas un regard d’anthropologue sur la mise en scène. C’était également le premier long métrage du directeur de la photo, qui était également l’opérateur de Kaameloot. Il était vraiment dans une entité très sympathique de faire exister un univers intérieur. Ce n’est pas une image qui sacrifie à la nécessité de passer à la télé le dimanche soir. Ce qui est dans le noir est vraiment noir. Il y a des partis pris vraiment cinématographiques. Et ça c’est bien.»

Tournage top secret, pas de barouf.
«Vu l’exhibitionnisme réinventé par la télé réalité, une part de discrétion n’est pas négligeable. C’est même plutôt civilisé. On essaie, aussi longtemps que possible, de rester des artistes.»

Une quarantaine de films, autant de pièces d’un puzzle, d’une toile? Abstraite? Figurative?
«Je me verrais volontiers comme une toile inachevée, à la Michelangelo. Inachevée. Pour le meilleur et pour le pire.»

ENTRETIEN AVEC PHILIPPE LAGOUCHE
PHOTO DU FILM

PS: Elle s’apprête à tourner, sous la direction d’Abel Ferrara, un huis clos inspiré de l’affaire DSK. Avec Gérard Depardieu dans le rôle de qui vous savez. Vont-ils nous refaire Qui a peur de Virginia Woolf ? Elle assure, en tout cas, que le film n’aura rien de consensuel. On espère surtout qu’il sera davantage question de cinéma que de fait divers sordide.

Merci à taz pour ce lien

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