12 août 2012

Fémina 541 : Etre actrice , c'est une profession de foi " màj

Le fémina est paru à l'intérieur une interview sur son dernier film à venir David et mme Hansen, mais aussi sur François Truffaut, ses projets et envies de film, Poiray ... et son aversion pour internet...

Interview retranscrite







Qu'est-ce qui vous a donné envie de faire ce premier film d'Alexandre Astier?

Il est tout en finesse. Madame Hansen, que j'interprète est dans une retenue discontinue .Elle a provisoirement oublié sa vie pour ne pas souffrir des souvenirs trop douloureux qui l'empêcheraient de vivre .C'est à cause de cela qu'elle est parfois un peu culottée  et déshinibée.Et ça , c'est pas mal car il y a un double jeu .On ne sait jamais à laquelle des deux femmes on va avoir affaire : celle qui se souvient qu'il y a quelque chose qui la fait souffrir ou celle qui a complètement oublié ce qui la fait souffrir .Si elle est très drôle par moments, c'est qu'elle met les autres mal à l'aise et les oblige à s'adapter comme son partenaire, l'ergothérapeute David qu'interprète Alexandre Astier .Au départ, il est présent à titre professionnel Puis il va vraiment être là pour elle . C'est toujours très beau, dans la vie , les roncontres avec les gens qui vous donnent quelque chose qu'ils ne sont pas obligés de vous offrir .C'est ce que j'aime dans ce film, son facteur humain .

David et Mme Hansen, que tout oppose vont s'aider à leur façon ...

Il pourraitl' envoyer promener parce qu'elle est énervante , fatigante ingérable . Elle  exagère tout le temps. Et comme il la supporte, tout enla remettant d'équerre ici et là,qu 'il ne la juge pas et ne lui lâche pas la main , il lui permet de lâcher prise . Avec son charisme, elle l'entraîne dans son jeu de piste à elle. Qu'a-t-il bien pu se passer pour qu'elle soit dans cet État ? Alexandre Astier quelqu'un de plutôt secret et son message d'humanité est très discret, mais important : «on ne perd pas toujours son temps à être là l'un pour l'autre. » Lui aussi, on le comprend la fin, saisi que sa vie, il ne la voyait pas comme ça.  En ramenant Mme Hansen à elle-même, il va changer .  Tout comme elle l'aura révélé un peu à lui même . Pour moi c'est ce qu'il y a de gracieux dans cette relation . Aujourd'hui, les gens n'ont pas eu la patience d'être comme ça les uns avec les autres. C'est chacun pour soi et c'est devenu très dur. Ils ne veulent pas entendre quelqu'un qui va mal .

 C'est la dictature de l'égoïsme...

 On vise tout le bien-être mais ce qui traînent un peu la patte ne sont pas à jeter  à la déchetterie !  C'est un peu ça, l'histoire.  Si Mme Hansen n'avait pas croisé la route de David, le mouvement de bascule qui commence à s'opérer en elle et qui va la ramener à ce souvenir traumatisant pour la libérer , se serait produit beaucoup plus tard ou peut-être même jamais ...  On ne sait pas. Tout ce qui est humain ne peut qu'aider à la guérison des personnes plus faibles , qu'elles soient trop petites, trop vieilles ou qu'elle souffrent d'un handicap . C'est aujourd'hui prouvé , les cellules reçoivent des messages .  Un message d'indifférence à répétition altérera la santé à l'inverse d' un message d' amour .  C'est drôle, parce que c'est quand même la base, a priori ...
Si Alexandre Astier m'entendait il me dirait : « pas la peine d'aller si loin », qu'il n'a pas la prétention de faire passer ce message-là .  Mais un film porte en lui une part d'inconscient.

 vous lui avez fait confiance sur un sujet ambitieux , c'est un défi ?

 Quand je l'ai rencontré, j'ai su que nous avions plusieurs choses en commun.  On  déteste l'ennui . Il est très profond, très rigoureux , mais pas conventionnel .  Il tient férocement à son indépendance et c'est pour ça, d'ailleurs, qu'il est capable de s'imposer à des postes différents - écriture , mise en scène , interprétation , montage,... - , ce que d'aucuns peuvent juger mégalo. Mais non il veut juste qu'on nequ'on ne le dérange pas avec du cliché, du consensuel ou du démago. Ca le hérisse. Au fond , je suis pareille, même si je n'ai pas encore pris mon envol comme lui .  Je suis toujours seulement interprète, mais je m'apprête à aller plus loin .

 vous avez participé au scénario.Vous dites d'ailleurs que vous étiez deux entêtés...

Oui, nous avons eu des discussions âpres et de vrais bras-de-fer lorsque nous n'étions pas d'accord .Je lui disais : « je suis désolée, mais les idées qu'on vous apporte, ce sont des idées que votre film propose, ça ne vient pas d'ailleurs, ça vient du sujet. »  comme Alexandre est plutôt honnête, nous étions d'accord sur nos désaccords . C'était à qui convaincrait  l'autre . Et je crois je l'ai convaincu de beaucoup de choses.

 Vous avez fait évoluer le personnage de Mme Hansen?

Oui , les idées, ça se rencontre . Dans ce pays , on est un peu livré à une politique de l'auteur unique qui est rarement justifiée .  Du temps de la nouvelle vague, oui. Ces auteurs ont réinventé le cinéma . Mais c'est fini ça .  C'est vrai , un interprète expérimenté aime participer aux choses. Je dis toujours que je ne travaille plus jamais pour les autres, mais avec les autres .

 Ce qui signifie aussi ne plus s'en remettre complètement à quelqu'un les yeux fermés ?

 L'une des phrases que j'ai toujours beaucoup de mal à entendre parce que ça me met  immédiatement en mode défensif : «  Fais-moi confiance. » Non , je ne fais pas confiance.  Je donne ma confiance, mais je ne fais pas confiance parce qu'on me l'ordonne. Si je la donne, c'est mon choix , ce n'est pas parce qu'on me l'impose.

 Mais à François Truffaut , vous lui faisiez confiance  ?

 Oui, d'abord parce que sa vision du cinéma était unique et qu'il fait parti des grands metteurs en scène .  Mais ce qu'il a eu de merveilleux envers moi , c'est qu'il m'a laissée croire que je savais quelque chose .Je'étais beaucoup trop jeune et inexpérimenté mais il n'a jamamais il n'a jamais usé de son autorité avec la jeune fille de 19  ans que j'étais . À l'époque , pour moi , chaque scène , chaque plan était d'une importance absolue. François Truffaut m'a laissé croire ça tout en m'initiant à l'inverse,en me faisant comprendre qu'un plan peut être tourné d'une manière désinvolte et pourtant  compter énormément dans la scène,qu'on n'a pas besoin d'être en condition pour faire certaines choses difficiles . Il l'a fait dans un esprit pédagogique extraordinaire de finesse et en me montrant des films magnifiques  comme la splendeur des Anderson . Les dimanches , pendant le tournage de l'histoire d'Adèle H. à Guernesey, il m'expliquait comment un acteur travaillait . C'est là que j'ai découvert Orson Welles, avec son regard baissé , tellement intense... et Truffaut me disait : « vous savez ce qui se passe la il ne sait pas son texte, est en train de lire.  A ce moment-là , il a des problèmes de mémoire. »  Il m'a appris la tolérance, l'indulgence .  Sa nuit américaine, c'est son amour de tous les défauts de ceux qui font le cinéma. c'est une éducation que je n'ai pas immédiatement comprise, mais que j'ai ensuite retenue.  Je le touchais avec ma fougue.  Il avait beaucoup d'affection pour moi.  Il y a très peu de metteur en scène qui sont capables de ça . Il faut un tel talent et un tel regard d'amour  sur les actrices.

 Alexandre Astier dit que vous êtes une virtuose est d'une simplicité à toute épreuve ...

 C'est un beau compliment, sûrement parce que je me coupe jamais de la vérité des choses de la vie , même si j'ai du mal avec les réalités matérielles .  Et le théâtre, très jeune, m'a enseigné l'humilité .

 Le théâtre vous manque ? vous sentez mieux sur scène que sur un plateau de cinéma ?

Ce sont des émotions différentes.  J'adore la scène. Il est certain que je vais refaire du théâtre, je suis en train de lire des pièces . Mais j'essaie aussi d'enchaîner les films parce que je n'ai pas fait assez de cinéma.


 Vous refusez beaucoup de choses  ?

 Si je n'en ai pas fait autant que j'aurais pu, c'est pour d'autres raisons qui n'ont rien à voir avec le cinéma. Je suis resté plutôt du côté de la vie privée , il y a eu des situations d'empêchements qui sont difficiles à raconter, a expliquer ...


Et là, vous avez envie de revenir ?

Oui , d'être un peu plus égoïste. L'égoïsme n'est pas ma qualité première, dans ma vie actuelle , je suis plus libre de penser à moi .  Les choses s'organisent autrement pour permettre de redisposer de moi-même comme si j'étais une débutante. Une débutante ne pense qu'à elle et à son prochain projet, à s'occuper d'elle, à se faire belle...

Mais avez-vous été un jour comme cela ?

Non, jamais parce que j'ai toujours eu ma famille à charge et que ma vie est devenue une charge aussi à cause d'autres épreuves je fais partie de celles qui n'ont jamais eu un homme derrière ou à côté d'elle pour les faire vivre , avancer ou même pour leur prêter une épaule.  Celui qui aurait pu être là n'a pas eu le cran devant la star.  Il a pris peur . Je ne cherche à faire pleurer personne mais pour une femme , vivre et se conduire comme un homme peut-être épuisant . Et quand c'était comme ça, je ne parvenais pas à aller faire des films .Si j'avaisvu cette profession comme un métier qui me permette uniquement de gagner ma vie, j'aurais sûrement beaucoup travaillé. mais j'ai toujours dit que, pour moi, c'était une profession de foi. Il y a une mystique dans ce travail et je n'y peux rien.C'est trop poétique pour certains mais , pour moi, non .  Cela m'a permis de faire de jolies choses, je l'espère mais pas assez.D'autre part,je suis une femme de devoir. j'ai fait passé ce qui comptait à mes yeux avant ma propre carrière.  Là je me dis que le champ est libre, je vais être égoïste sans complexe sans culpabilité .  Le truc que j'ai toujours abhorré : le côté « moin d'abord ».

 Vous avez des projets en tant que productrice ?

 Plutôt la coréalisation . Je ne veux pas être seul . Je suis épaté par les films d'acteurs et actrices qui ont abouti , même avec des défauts .quant à prétendre que je sais où mettre une caméra ...  Je suis toujours étonnée par les gens qui n'ont aucune idée de la technique et qui passe à la réalisation en se disant que , de toute façon, l'équipe technique prendre en charge leurs carences . Je préférerais travailler avec quelqu'un qui me complète. J'ai des idées , des visions ...  J'ai vécu avec un directeur de la photo, Bruno Nuytten, qui a d'ailleurs dirigé Camille Claudel, et qui expliquait que très peu de metteurs en scène savent où mettre la caméra .  Beaucoup d'opérateurs et de directeurs de la photo ont signé à l'encre invisible la mise en scène - ou en tout cas la co-mise en scène.  Cette partie de la fabrication d'un film ne s'improvise pas quand on ignore tout de la mise en scène .Il y a très peu de réalisateurs que l'on a envie de suivre les yeux fermés mais ils existent. il y en a en France, un petit peu plus à l'étranger, malheureusement .


Sur un film, il paraît cependant que vous aimez être dirigée  "à la baguette" ?

 Alexandre Astier êtes un vrai directeur d'acteurs , donc je lui ai dit : « Allez-y, utilisez votre baguette » puisque c'est un musicien.  Il suffit de voir Kaamelott .  Dites-le moi au ton près , je n'ai aucun problème par rapport à ça .Certains acteurs ont besoin de chercher eux-mêmes, de se séparer du metteur en scène, de prendre ces indications, mais de procéder à leur recyclage personnel .  Je n'ai aucun complexe devant une équipe.Montrez- moi , jouer le moi , faites-le moi. Je peux faire le singe, du moment que le singe est beaucoup plus mon personnage que moi .Les très grands metteurs en scène de comédies , qu'elle soient psychologiques, dramatiques ou romantiques, ont cette qualité, ce don.

  Vous avez un nouveau rôle depuis peu, vous êtes l'égérie de la maison Poiray...

 Oui, à travers tout . On peut être dans un endroit vétuste, nu , pauvre et d'une grande beauté .Et on peut se trouver dans un lieu opulent, riche, chargé et d'une immense laideur .  Petite déjà , je me souviens, j'étais très sensible à certaines formes et couleurs .  Je savais ressentir ce qui était beau .  Pour me sentir bien, en harmonie, j'ai besoin de voir de la beauté en peinture de lire des choses... Facebook, Internet je ne peux pas . J'ai renoncé à m'adapter. Ce n'est pas grave .

 Aujourd'hui, parvenez-vous un peu plus à voir le côté souriant de la vie ?

 Théoriquement , oui . Bien sûr. Mais ça n'empêche pas de se faire ralentir par les épreuves . Nous sommes tellement pourchassés par l'ombre que la lumière, pas celle qui vous surexpose, la vraie lumière, est essentielle.  Il y a une espèce d'accélération obscure du monde dans son activité destructrice et sincèrement , je crois que je m'écarte de plus en plus des intérêts terre-à-terre de ce monde-là. JC'est devenu trop compliqué... ça peut paraître un peu fantaisiste pour conclure, mais je dois dire que si le calendrier maya se révèle en partie exacte, et qu'on soit non pas dans la fin du monde, mais dans un changement de monde annoncé, je m'en réjouirais .

 propos recueillis par Anne Michelet .

4 commentaires:

Inga a dit…

Une reve bleu-marine!!! Divinissime!!!!

Anonyme a dit…

Superbe!! Un grand merci.

Inga a dit…

Une interview extremement interessante!!!! Merci!

Anonyme a dit…

Il n'y aurait pas une coquille à l'avant dernière question ? La réponse est complètement à côté... ?

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