12 octobre 2011

Marie stuart , 5 ans déjà !

  Petit flasback avec ce version fémina de septembre 2006 : "On ne peut pas vivre sans penser aux autres " , photos Marianne Rosenstiehl.



Après Adèle Hugo, Camille Claudel,la reine Margot et Marguerite Gautier,vous incarnez à nouveau une femme au destin extraordinaire. Elles vous fascinent vraiment ?

Ces personnages correspondent à ma vocation d'actrice. Quand on débute très jeune, ce sont des rôles romantiques dont on rêve. Cette pièce, La dernière nuit pour Marie Stuart , relate les deux heures qui précèdent la mort de cette reine. Un moment intense, irréel pour elle , un moment d'examen de conscience aussi, où elle cherche à faire la paix avec elle-même, parfois avec beaucoup d'autodérision. Sans être jamais une reconstitution historique, la pièce imagine et réinvente ce qui a pu se passer et comment Marie Stuart fait ses derniers adieux au monde et à elle-même. Ce qui m'intéresse là , c'est à la fois sa grande lucidité devant la mort et cet humour dont elle ne se sépare jamais. Vous allez la découvrir comme moi, car après tout , je ne la connaissais pas aussi bien que cela.

C'est vous qui avez eu envie de jouer cette pièce de Wolfgang Hildesheimer ?

Non, pas du tout, c'est le metteur en scène, Didier long, qui me l'a apportée. Je ne la connaissais pas , elle n'a jamais encore été jouée. Elle n'est pas d'une dramaturgie classsique, elle se situe très loin du texte de Shiller, la grande oeuvre de référence sur Marie stuart et sur Elisabeth 1re. ici, il ne s'agit pas d'une confrontation entre les deux reines, mais d'un face à face entre Marie Stuart et Marie stuart, à travers tous ceux qui l'ont accompagnée pendant ses dix-huit années de captivité. On comprend qu'elle a été toute sa vie une reine incomprise, comme le fut aussi Marie-Antoinette. Pour moi, c'est la deuxième grande reine incomprise. Il y en a eu d'autres, comme  Aliénor d'Aquitaine, mais ces deux là sont vraiment deux femmes hors du commun, toutes deux très artistes, qui ont marqué par leurs singularités.

Marie stuart était une femme très séduisante et très cultivée...
Absolument. Littéraire, intellectuelle, musicienne - elle chantait-, et c'est ce que cette pièce montre. J'espère que nous donnerons envie de la redécouvrir, comme moi j'ai eu envie de le faire. Je me suis plongée dans les biographies, dont celle de Stefan Zweig, la plus belle, la plus poignante et la plus inspirée , selon moi.

Comment abordez-vous un rôle de cette envergure ?
Au théâtre, cela se fait un peu chaque jour. On est amené à porter les choses pour les transmettre aux spectateurs de la manière la plus claire, la plus vibrante, la plus audible possible. Et, en même temps, quelque chose se construit curieusement à l'intérieur. Je travaille vraiment d'arrache-pied, c'est très physique... Jje suis sur le terrain et j'y vais sans avoir peur de l'ampleur de la tâche. Il faut bien connaître son texte, le dire et le communiquer aux autres comédiens - ils sont onze autour de moi, tous formidables - et, petit à petit, un autre travail se fait presque aussi à votre insu, l'inconscient fonctionne et donne ce que j'appelle des fulgurances : tout d'un coup , le personnage prend vie, meurt et reprend vie... tout cela se fait avec patience et en toute humilité. On ne sait rien, on n'imagine pas à l'avance l'effet que cela produira et je crois que l'on reçoit ainsi les plus belles révélations. En fait, je me construis en même temps que le spectacle et avec les autres...

Vous rayonnez au théâtre , mais comment tenez-vous un tel rythme physiquement ,
J'essaie de me mettre en forme. Je suis d'un tempérament plutôt tranquille,assez casanier,et je ne suis pas une grande sportive, mais j'ai de l'endurance. De toute façon, mon travail sur scène chaque soir est assez physique, donc j'ai déjà un entraînement pendant la pièce.

Ce rôle ne vous hante-t-il pas trop ?
Si, mais uniquement dans mon sommeil. Je suis très surprise parce que je rêve une nuit sur deux que l'on me coupe la tête et ça commence à être assez éprouvant. [rires] Chaque matin, je me dis : " C'est fou ça, elle ne va pas me laisser tranquille ! ". Mais pendant la journée, je ne suis pas du tout préoccupée.

Marie Stuart faisait passer le coeur avant la raison. Elle n'a pas pu vous laisser insensible. D'ailleurs , on n'imagine pas quelqu'un d'autre dans ce rôle...
C'est ce que m'a dit Didier long quand il m'a apporté la pièce, en raison justement de cette correspondance. Je reconnais que j'ai toujours privilégié ce qu'il y avait de vrai, de privé, de familial et de sentimental dans ma vie. Je ne suis pas sûre qu'aujourd'hui je referais les choses de la même manière, mais, en tout cas, c'est moi... c'est un reproche que l'on a beaucoup fait à Marie Stuart, d'avoir privilégié le coeur au trône et, en même temps, c'est aussi la raison pour laquelle elle reste légendaire, parce qu'elle ne respectait pas les conventions établies.

C'est toujours d'actualité. Si on n'est pas assez politique, on survit, mais en souffrant ...
C'est difficile si on n'est pas dans le pouvoir. Si on n'adhère pas au code de la réussite, c'est perçu par notre société comme une grande naïveté, voire une faiblesse, alors que c'est un choix. C'est même le plus dur. Désormais, seul le court terme prime : il faut arriver à ses fins à n'importe quel prix. Peu importe de quelle manière et si cela meurtrit des gens. Ca demande beaucoup de résistance de faire autrement. Personnellement, je pense que si on tient mieux debout comme cela, il ne faut rien changer. On ne peut pas vivre sans penser aux autres.

Jouer chaque soir la mort change votre vision sur la vie ?
Cette réflexion sur la vie et la mort, je crois que je l'ai tout le temps. Comme beaucoup de monde, j'ai perdu des êtres chers, dont je serai séparée pour toujours. En jouant, on ne peut  s'appuyer que sur sa vie intérieure. Ce que j'apporte en incarnant Marie Stuart, c'est un peu de connaissance de ce qu'elle évoque. Les souffrancess de la vie que nous subissons tous... Je continue de voir le théâtre comme une forme d'encouragement . On soigne avec un texte, on apporte du réconfort, une révélation, une réponse.
Un acteur est une sorte de guérisseur ou d'alchimiste involontaire. [rires] J'en suis consciente lorsque je reçois des lettres du public. Ce sont de très beaux moments pour moi et je parle alors de transmission.

Vous préférez le théâtre au cinéma ?
La beauté du théâtre, c'est la présence du public. C'est très rare de réunir des personnes pendant deux heures dans une même communion...

Vous avez toujours suivi votre route, malgré les attaques et les injustices...
Je fais un peu les choses comme je l'entends et cela ne plaît pas toujours. Travailler, jouer de beaux rôles, savoir les interpréter n'est plus suffisant puisque l'on fait partie d'un système qui commercialise l'image d'une façon de plus en plus outrancière . Aujourd'hui , un acteur - et surtout une actrice - de cinéma connu est agressé, dérangé, tourmenté, sali, comme si c'était normal. Avant en France, il y avait une sorte de pudeur et de respect vis-à-vis de nous, qui semble avoir disparu. C'est un métier très difficile à faire quand on a des enfants. J'ai deux fils et aussi une famille dont je m'occupe vraiment. Je suis admirative de ceux qui réussissent à tout concilier. Moi, je ne peux pas. Il y a un temps pour tout et on doit faire un choix.

C'est pour cette raison que vous êtes si discrète...
J'essaie, sauf dans les moments d'indignation, lorsque je suis révoltée par quelque chose. Je sors alors de mon silence pour des raisons politiques, humaines et même parfois personnelles. Cela m'est arrivé. Je tente de devenir philosophe face au phénomène de la presse à sensation. Cette presse est une sorte de machine à torture qui plaît beaucoup, j'appelle ça une petite guillotine hebdomadaire. Le laid, le bête, le méchant et l'odieux sont en vedette. Mais moi, je préfère ce qui est beau, bon, intelligent et gracieux.

Vous parvenez à protéger votre jeune fils ?
Oui, à 10 ans, Gabriel-Kane a déjà compris dans quel monde on vivait. C'est un enfant intelligent et drôle. Je sais, toutes les mamans vous diront cela ! [rires] Il sait que la célébrité est un cadeau empoisonné. Son père est un acteur très connu [ Daniel Day Lewis], qui vit un peu à l'écart. L'autre jour dans la rue, il m'a dit : "Ecoute, maman, il va falloir que tu changes de déguisement, parce que tout le monde te reconnaît." Or j'étais habillée tout à fait normalement. [rires]

Vous avez d'autres projets, je crois , dont un album avec Pascal Obispo...
Le disque est fait et devrait sortir au début de 2007. Nous avons travaillé très librement , sans contrat avec une maison de disques, et ça m'a beaucoup plu. Ce n'est pas son univers habituel et nous l'avons conçu comme une balade, l'histoire d'une femme et ses rencontres amoureuses. Notre but était de faire de la musique et on se retrouvait lorque Seal et Etienne Daho passaient nous voir pour des duos. C'est un disque que j'aimerais m'offrir. Je fonctionne toujours comme cela pour choisir : est-ce que c'est une pièce ou un film que j'irais voir ? Cette démarche artistique dure depuis un an et demi mais, maintenant , nous souhaitons ne plus être les seuls à l'écouter. J'espère qu'il séduira aussi le public.

Pour conclure sur la pièce, vous allez réhabiliter un peu Marie Stuart, ce qui s'est passé d'ailleurs avec marie-Antoinette...
Je n'ai pas cette prétention, mais  ce que j'aime, avec ces femmes, comme je l'ai fait aussi avec Camille Claudel, c'est donner l'envie au public de lire leurs biographies. C'est très agréable, je trouve que ça a un petit côté instit, mais bon ... [rires.] Cette pièce singulière sur Marie Stuart peut faire penser à Diana, aux femmes qui, comme elles, ont été dépassées par le pouvoir et ont disparu de façon violente. Ce sont des vies impossibles à vivre. C'est un destin dans lequel la mort arrive comme une sanction et une conséquence injuste de toute cette adoration.


propos recueillis par Anne  Michelet.

Photos en cours ...
                                                                                                                                                                                                                   

3 commentaires:

Inga a dit…

Un interview formidable, merci!

Dommage qu'est impossible de revenir à 2006 et de nouveau voir ce miracle-Isabelle Adjani sur la scene de Marigny!

Anonyme a dit…

C magnifique on sent qu'elle se laisse aller sans bcp chercher ses mots. C'est aussi très agréable. on comprend mieux pourquoi on en veut tjs plus. plus de films (grande actrice), de photos (femme superbe) et d' interviews ( c'est beau, intelligent, juste, fluide). Il n'y a sans doute qu'elle en France qui arrive à réunir ces 3 curiosités. et même ceux qui critiquent un jeu trop "expressionniste" à leur goût ne peuvent pas s'empêcher d'être un peu amoureux d'elle ou d'être percutés par une interview ou une réflexion sur la vie qui n'ont pas forcément de lien direct avec ses choix artistiques, son jeu ou son image publique.On est obligé de l'aimer, d'une façon ou d'une autre. Mince alors!!Je pense que c'est le plus épouvantable pour ses détracteurs. en cela ils sont vaincus d'avance les pauvres.C'est bien pr cela que ça n'a aucun impact car toutes les critiques qui lui sont faites, directement ou indirectement, finissent par se contredire. Et nous on jubile. On t'aime Isabelle

fredjani a dit…

Perso, je ne me lasse pas de la lire et de vous écrire ses interviews, une façon également de m'imprégner de ses mots de ses pensées que je trouve souvent également très justes.

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