9 mars 2011

Gala 265 : "Nous n'avons pas eu le droit à l'insouciance"

Interview croisée d'Isabelle Adjani et Yamina Benguigui : Deux femmes , un même combat...Plongée dans la mémoire de filles d'immigrés.





Gala : L'amitié qui vous lie aujourd'hui s'est elle construite sur des origines communes, plus précisément algériennes ?

Yamina Benguigui : Il est très rare qu'une rencontre se fasse sans avoir besoin de savoir l'histoire de la personne. Au premier regard, nous la reconnaissons comme étant un membre indéfectible de notre fratrie. C'est ce que j'ai ressenti immédiatement avec Isabelle.

Isabelle Adjani : Je crois que ce sont des affinités liées à des origines et une culture différente même si les deux parents de Yamina sont algériens, alors que seul mon père l'était , ma mère, était allemande. Disons que l'on a en commun certains messages qu'on a dû "engrammer"  depuis l'enfance et qui constitue cette partie de soi un peu secrète.

Gala : A l'instar d'Aïcha, qui cherche à s'extraire de sa banlieue en franchissant le périph, vous avez également franchi cette barrière symbolique grâce au cinéma. Qu'en espériez-vous ?

Yamina :  Ma passion pour le septième art m'a très vite emmenée vers une caméra un peu plus militante et pédagogique, dans le sens où j'avais besoin de dire, de raconter et d'ouvrir la parole pour mieux approcher ma propre histoire. Si j'ai réalisé mémoire d' immigrés en 97, c'est que j'ai pris conscience de la nécessité de reconstituer l'histoire de l'immigration maghrébine. Le cinéma m'a donné une identité : réalisatrice.

Isabelle :  Quand j'ai vu ce documentaire - à l'époque nous n'étions pas si proches avec Yamina -, j'ai été bouleversée. Toute cette douleur de vie, de destin que mon père avait connu était là, dans le témoignage de ses hommes. J'ai revécu des moments d'enfance à Gennevilliers. On habitait une HLM, il n'y avait pas de rideaux aux fenêtres, mais des bâches bleues, froides... Je voulais m'évader de cette condition qui isolait, condamnait. Ce qui m'a sauvé, c'est de pouvoir m'exprimer. Au départ, je n'avais pas choisi d'être comédienne, mais j'ai trouvé dans les textes, la scène, le théâtre, quelque chose qui élève, qui redonne de l'humanité, du rêve...
Gala :  la figure paternelle est au centre d' Aïcha. Est-ce que vos pères respectifs lui ressemblaient ?

Yamina : Pour M. Bouamazza, avoir une bonne éducation est une question d'honneur. Je pense que nos pères partageaient ça. Ils tenaient par exemple à ce que l'on parle un français parfait.

Isabelle : Un père d'une sévérité dominatrice, car sa fille n'avait pas le droit, ne pouvait pas exister avec la liberté d'être elle- même. Que ce soit Yamina ou moi, je crois qu'il y a une chose que l'on ne nous a pas accordée, c'est l'insouciance. Et je trouve ça cruel. Moi, j'étais punie pour tout et de tout. Ce qui m'a conduite très tôt à un certain mysticisme d'ailleurs, pour pouvoir supporter ce que je subissais que ce soient des corrections corporelles ou morales. Je me suis tenu en vie, droite, en me dépassant. À l'inverse, mon frère, lui, on a porté les stigmates jusqu'à sa mort récente (le 26 décembre,ndlr). Il a continué à vivre dans la révolte de cete emprise tellement castratrice. Les filles ont une capacité de résilience inouïe, mais un garçon peut être brisé. Il l'a été. J'ai assisté à sa en tant qu'aînée, impuissante. On a eu des enfances violentes.

Yamina : Moi, je suis passée par la rupture. Je n'ai jamais pu revoir mon père. Pendant longtemps, même marié, avec mes deux filles, je savais que si je voyais, s'il me faisait signe de rentrer, j'aurais lâché enfants, mari, famille, maison, métier.Ce n'est que très récemment que je me suis dit que, peut-être, je pourrais lui faire face... C'est très lourd.

Gala  Vous êtes-vous construites en secret de cet homme ?

Isabelle : Je n'ai jamais rien confié d'intime à mon père.

Yamina : Moi non plus.

Isabelle : d'autant que j'étais jugée, et durement, tout le temps. Dans le métier que je fais aussi je suis en permanence confrontée au jugement de l'autre à travers la presse, le public. On se sent toujours coupable de quelque chose. Que d'années de travail sur soi pour se départir de ça, pour se moquer du regard que l'on porte sur vous ! C'est une forme de lapidation virtuelle : on vous lance des pierres imaginaires, mais leur impact fait mal, c'est bien réel.

Gala :  la question du voile est abordée dans un Aïcha. Comment auraient réagi vos familles si vous aviez décidé de le porter ?

Yamina : En ce qui concerne mon père il aurait été contre car ces préoccupations étaient davantage d'ordre nationaliste que religieuses - bien que le MNA mouvement nationaliste algérien, dont il était un des dirigeants dans le nord de la France, fédérerait autour de l'islam -, mais pour lui, il y avait un voile moral bien plus important que n'importe quel bout de tissu ! Ton père non plus n'a pas voilé ta mère Isabelle ?

Isabelle: Non, d'autant que ma mère était allemande, très à l'aise avec son corps. Mon père n'a jamais pensé que le destin de l'Algérie était religieux jusqu'à couvrir ses femmes de la tête aux pieds, au contraire plus les robes  étaient courtes, mieux c'était...Excepté pour sa fille ! Yamina parle de voile moral, c'est exactement ça : la pudeur était essentielle. Embrasser sa carrière était d'ailleurs un acte d'impudeur. Mais paradoxalement, si ma révolte existait, ma dépendance était aussi forte. Et je crois que ce terrain du paradoxe est également quelque chose qui nous a rapproché Yamina et moi. Parce que cette contradiction est quasiment illisible, indéchiffrable pour les gens, c'est comme parler une autre langue. En même temps, c'est le terreau de nos vocations singulières. Savoir que j'étais d'une certaine façon vouée à l'incompréhension des autres m'a conduit à vouloir faire entendre la différence de ma voix.

Gala c'est pourquoi vous avez accepté de jouer les guest dans Aïcha ?

Isabelle : Participer à titre gracieux et bien sûr un acte amical, mais aussi une marque de soutien à la démarche sociale et politique de Yamina. J'aime son regard distancié dans l'humour sur les femmes des cités, sans aucune espèce de victimisation ou de positionnements victimaire.

Gala : Et quel regard portez-vous sur ce qui se passe dans le monde arabe actuellement ?

Isabelle : La grandeur de ces révolutions c'est qu'elles sont foncièrement laïques. Il faut espérer qu'elles ne se feront pas affectées par le religieux.

Yamina :On nous montre une jeunesse qui a soif d'égalité. Elle veut partager, grandir dignement dans sa nation. Après, je crois que la religion peut se replacer naturellement, c'est-à-dire au coeur de chacun et chacune.

propos recueillis par Jeanne Bordes. 
Photos : Benjamin Decoin /visual

9 commentaires:

djilalikouadri a dit…

lettre à yasmine isabelle Adjani dans cette France sarkozyste et avec marine le pen à 24% DANS LES SONDAGES:

"je souhaite à Yasmine de retrouver ses racines et de les apprécier enfin sans croire toujours les campagnes de mensonges contre l'islam et y adhérer par crainte;votre courage yasmine isabelle serait de défendre les opprimés ceux de votre culture arabe-vous n'êtes pas kabyle ni harki-votre père était de la tribu banu hillal et portait le préfixe chérrif- ce qui fait que comme tous ceux auquels sont attachés ce préfixe dans l'empire ottoman à laquelle appartenait Constantine-était non seulement descendant du prophète-sallalhou alyhi wa salam -mais vous etes donc descendante d'une noble tribu d'arabie du sud arrivée en algérie au 11e siècle.
votre culture arabe est immense magnifique de par son histoire sa singularité son message sa porté morale éthique esthétique,vous devriez vous en souvenir....
de meme votre père était musulman,vous avez meme avoué qu'à la fin de savie,ile st revenu vers l'islam;tachez de vous en souvenir,l'islam veut dire paix et est un emagnifique religion loin de l'image que certains lobbys que vous soutenez entretiennent.

tout est dit,vous etes belle intelligente magnifique unique la meilleure actrice d'europe et tout ça vous le devez à vos racines orientales,ne l'oubliez pas!"

djilalikouadri a dit…

merci fred de publier ce commentaire,tu es vraiment un esprit tolérant et compréhensif.

Anonyme a dit…

La tolérance c'est d'accepter la différence de l'autre et de ne pas la nier surtout. L'origine identitaire et culturelle du père de la miss est kabyle, et que cela vous plaise ou non. Ce que vous dîtes est dans votre imaginaire !
Et puis d'abord.. vous n'avez pas de leçon à lui donner, bon sang, aujourd'hui Elle est ce qu'elle veut être ! Elle n'a pas besoin d'entendre des leçons !

Anonyme a dit…

Oui puis en ce moment trop de politique dans les commentaires, trop d'opinion la dessus... C'est lourd.

A.M

djilalikouadri a dit…

ma famille connait la famille adjani d'alger venue de constantine en 1980 et originaire de dkelfa et qui est estomaquée qu'isabelle leur i nvente des origines kabyles en france pour plaire-car les kabyles sont bien aimés ici par rapport aux arabes-

voilà
.
et la tolérance c aussi accepter une opinion différente que la dominante en europe américano-sioniste.

et Isabelle sait très bien ce qu'elle fait quand elle se rallie aux anti voiles laicité etc et POUR QUI;

donc oui c son choix mais je lui dis dommage,un jour vous serez déchirée par vos choix certes courageux mais qui renient votre identité votre famille votre histoire la religion de votre père et fianelment tout ce qui fait que vous êtes ce que vous êtes!

Anonyme a dit…

Euh et les 50% allemands et catholiques de sa mère, tu les oublies ? Et si elle avait choisi tout simplement d'être française et laïque ? On a tous des origines, mais accepter et respecter les valeurs d'un pays différent de nos origines ne veut pas dire forcément qu'on renie ces dernières.

Et c'est vrai qu'il y a vraiment trop de commentaires politiques franchement limite ces derniers temps. Honnêtement, je pense que ça va nuire au blog plusqu'autre chose. Ici, c'est un blog culturel, pas politique, et cette dernière a tendance à créer beaucoup de tensions au sein de communauté car il est naturel que tout le monde ait un avis différent sur la question. Alors n'instrumentalisons pas ce blog inutilement. Ca gâcherait tout. Après chacun fait ce qui veut bien sûr, je ne cherche pas à entraver les libertés de quiconque, je donne juste mon avis.
michel

djilalikouadri a dit…

comment te dire?il faudrait sans doute des heures pour tenter d'expliquer ce qui habite chaque dépositaire de la culture arabe.oui elle a fait ce choix et j'aoute courageux mais c'est plus le fait que notre isabelle ait toujours pris position contre l'islam et dernièrement contre son père qui me dérange,pas parce qu'elle le pense mais parce que ça me semble terriblement dangereux en ces temps troublés où l'islam, le monde arabe est en bute à d'immenses défis,d'incommensurables défaites en iraq,en palestine,partout et en proie à une opinion occidentale à la fois sidérée quelque peu admirative des révolutions du jasmin mais aussi haineuses-pas tous-mais la montée des extremes droites,les débats sur l'islam,le voile....
de plus,loin de moi l'idée d'accuser tel ou tel peuple,je dis simplement que dans le diffcile et permanent conflit israélo-palestinien,de nombreux lobbys tentent d'influencer l'opinion et qu'ici c désormais,plus l'un que l'autre qui domine la bataille des idées et adjani semble avoir tranché,ça me semble un peu incompréhensible et je trouve que ça lui ressemble peu,elle si belle si généreuse dans sa vie et ses roles...

voici mon opinion,je respecte toutes les autres et la sienne,je lui demande juste de penser que souffler sur les braises du racisme anti-arabe me semble illogique,contre-nature et dangereux.

en rien je ne lui enlève son grand courage sa grande dignité,mais ce qui était grandiose pour rushdie est dépassé tant l'opinion est acquise à ces idées et certains de ses nouveux discours me semblent inutiles et dépourvus d'héroisme adjanien,d'autres causes seraient bien plus héroiques à mon sens...

Djilali.

Anonyme a dit…

Bonjour à tous les fans,

Je veux commencer par parler des origines d'Isabelle Adjani pour ensuite parler de l'essentiel.
Isabelle Adjani est de père algérien arabophone.
En effet,son défunt père était un Arabe de Constantine.
De temps en temps,Isabelle Adjani évoque sa culture et son influence dans sa vie...
(Pour répondre à certains commentaires,un raciste hélas sera toujours un raciste!
Il y a eu aussi des commentaires anti-kabyles après le fameux coup de boule d'un grand champion du monde...Mais là n'est pas le vrai sujet!).

J'ai le sentiment que vous n'avez pas tous saisis le sens de cette interview: ces deux artistes évoquent leur amitié et leur travail.Elles se sont rapprochées grâce à leur origine algérienne et leur condition de filles d'immigrés algériens.
C'est un fait,relisez leurs réponses.
Personne n'oublie non plus que sa mère était Allemande.Contrairement à ce que vous dites Michel!
D'ailleurs,cette grande actrice s'appelle Isabelle,prénom européen donné par sa mère et Adjani nom de famille arabe hérité de son père.
La force d'Isabelle Adjani c'est que son métissage lui a permis de s'ouvrir à d'autres cultures et d'avoir une vision plus large du monde.

Par rapport à ce que vous dites Djilali, Isabelle Adjani a très tôt apporté son soutien aux Algériens.
N'oubliez pas qu'elle était partie à Alger dans les années 80. Le malentendu sur son identité vient du fait que les gens et certains journalistes parlent à sa place vu que la star n'accordait presque pas d'interviews à l'époque.

Vous verrez parfois que son père est présenté comme un Turc,ce qui est faux évidemment.
En revanche,Yamina Benguigui est 100% d'origine kabyle et se considère comme une Française ou une immigrée d'origine algérienne.

C'est une belle amitié qui unit ces deux artistes car elle est profonde.

Kiki.

Anonyme a dit…

Isabelle Adjani et Yamina Benguigui sont deux superbe femmes Kabyle, ALGERIENNE !!!!!!!!
Et partage une culture et une origine commune.
Elles ont le droit d'en être fiere et d'aimer ce qu'elles sont tout en acceptant leur culture Française aussi.
Je ne vois rien de mal au fait de ne pas se renié et d'aimer l'éducation Française ( école, environnement, ami...) qu''elles ont reçu.
Ensuite, le voile n'est pas une obligation dans l'Islam, vous partez en Kabylie il n'y a pas de femme Voilé, ma Grand mère ne met pas le voile par exemple et pourtant elle vit là bas. Il ne faut pas tout mélanger et ne pas dire n'importe quoi... En Algérie les Femmes ne sont pas forcé de mettre le voile dans les rues et pourtant la plupart sont croyants. Culture et religion sont deux choses différentes !

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