29 octobre 2010

Retour de La Reine Margot


Isabelle Adjani
hors-cadre
 Goran Bregovic revient à Paris présenter son nouveau
spectacle : Margot, mémoires d'une reine malheureuse, à la salle Pleyel, le 30 octobre . On ne peut évidemment pas oublier qu'il a composé cette musique envoûtante pour le film de Patrice Chéreau et dont il reprend deux  des thèmes principaux.



Cheveux en bataille et allure adolescente, à 60 ans, Bregovic garde le goût de la coquetterie farfelue. Il a le sang vif et aime la musique qui réveille. Cette ex-rock star serbo-croate de Sarajevo a aussi vendu plusieurs millions d'albums à travers l'Europe de l'Est avec son ancien groupe Bijelo Dugme, dans les années 1970-1980.


Margot, mémoires d'une reine malheureuse est une commande du Festival de Saint-Denis, où elle a été donnée la première fois, en juin, à la basilique. Bregovic avait déjà travaillé pour la ville de Seine-Saint-Denis : il y a créé un oratorio oecuménique en 2002, qui a pour titre Mon coeur est devenu tolérant.

Margot s'ouvre sur une pièce musicale minimaliste, tout en retenue introspective. Puis soudain elle se fait extravertie et stimulante, bascule dans de bouillonnantes embardées. Les cuivres déboulent de la salle, voix et cordes s'emballent, une grosse caisse martèle sa joie guerrière, et Goran Bregovic s'agite sur sa guitare. Saisissant. "Je pense que la musique doit produire une petite folie, confie le musicien. C'est cela sa mission. La vie serait terriblement ennuyeuse si l'on n'avait pas droit à ces petits moments."

La sobriété fait le lit de l'ennui, selon le compositeur, qui a contribué à éveiller un large public au son des Balkans, par ses musiques flamboyantes composées pour des films du cinéaste serbe Emir Kusturica (Le Temps des Gitans, Arizona Dream et Underground).

Bregovic aime faire les choses avec un brin de démesure. Depuis plus de dix ans, il parcourt le monde avec une formation qui s'appelle L'Orchestre des mariages et des enterrements. Elle réunit une fanfare tzigane, des percussions et des cordes classiques, des chanteuses traditionnelles bulgares et un choeur orthodoxe serbe. Plus de quarante personnes peuvent se retrouver sur scène. Pour Margot, ils sont une petite vingtaine, plus une actrice-narratrice (différente selon le pays où le spectacle est présenté), qui lit un texte fleuve, écrit par le compositeur.

Faire lever la salle
Bregovic est le compositeur, en 1994, de la bande originale du film de Patrice Chéreau, La Reine Margot. Il a conçu ce nouveau projet sous la forme du recitando accompagnato, monologue accompagné de musique. "Ce genre, en vogue au XVIe siècle, a précédé l'opéra", explique le compositeur.
L'histoire écrite par Bregovic met en parallèle le destin de Marguerite de Valois, la reine Margot d'Alexandre Dumas, première épouse d'Henri IV, et celle d'une femme prise dans la tourmente de la guerre en Bosnie. "J'ai imaginé la femme d'un général qui invente le journal d'une femme d'autres temps malheureux", raconte Bregovic. Pour accompagner la narratrice dans son long monologue, le compositeur a repris deux passages musicaux créés pour le film de Chéreau, mais il a surtout réécrit une partition à l'architecture élaborée, alternant les climats, croisant pièces populaires, écritures contemporaine et classique.

L'ancienne rock star, fan de l'Estonien Arvo Pärt ("sa musique ressemble à une longue intro. C'est très courageux"), a mûri. Il nourrit d'autres ambitions et s'émancipe des identités musicales figées. "Je suis arrivé à un âge où la musique, ce n'est plus juste des couplets et un refrain. J'ai envie de structures plus complexes." Mais sans oublier les vertus de la simplicité, les rythmes, les mélodies qui font se lever toute une salle pour danser. "J'écris la musique comme je mange. Un jour du pain et du beurre, un autre jour des mets plus élaborés", s'amuse Goran Bregovic.

Margot, mémoires d'une reine malheureuse, de Goran Bregovic. Avec l'Orchestre des mariages et des enterrements, Alysée Soudet (récitante). Le 30 octobre, à 20 heures, Salle Pleyel, 252, rue du Faubourg-Saint-Honoré, Paris 8e. De 10 € à 85 €. Tél. : 01-42-56-13-13. Puis le 4 novembre, à 20 h 30, Espace des trois provinces, Brive-la-Gaillarde (Corrèze). Le 5 novembre, à 20 h 30, à la scène nationale du Trident - Cité de la mer, Cherbourg (Manche).

Patrick Labesse pour Lemonde.fr

1 commentaire:

Inga a dit…

Je ne peux pas imaginer "La Reine Margot" sans musique de Goran Bregovic. Et maintenant ce retour!
Magique!

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