20 mai 2010

Isabelle Adjani, ses confessions- Madame Le figaro

L'interview d'Isabelle Adjani pour le magazine Madame le Figaro n'est pas encore sortie sur papier glacé, mais  a déjà été mise en ligne, c'est la raison pour laquelle vous la trouvez déjà sur le blog ... ;-)

N'oubliez pas de jeter un coup d'oeil au passage sur le making-of de la séance dans la partie diaporama (intitulé lancez le diaporama) ....

Galvanisée par le succès phénoménal de La journée de la jupe et de Mammuth, elle collectionne césars, films, histoires extraordinaires… De Warren Beatty à Daniel Day-Lewis, Isabelle Adjani se raconte, désarmante d’humour et de lucidité. Une légende plus vivante que jamais.




Dans ce salon de thé bondé, Isabelle Adjani se faufile jusqu’à vous. Elle a décidé qu’on ne la verrait pas : malgré les lunettes noires, elle est invisible. Des années de pratique camouflage sans doute. On remarque ses cheveux mouillés : elle arrive de la piscine où elle apprend le dos crawlé. Longtemps pourtant, l’idée de la noyade la paralysait. Mais là, même plus peur. Plus peur de rien. Pas même de se jeter à l’eau. Elle est assise devant son thé au muguet, ses yeux bleu marine miroitent quand elle dit : « Il est temps que ça change. » Et elle rit. S’imagine à Miami en Bikini. Se voit en geek reine du Web. En prédatrice néo-Liz Taylor à la pêche aux Warren Buffett. C’est tordant. Sait-on à quel point Isabelle Adjani est drôle ? La Journée de la jupe (qui en est à son 25e prix) lui a valu un 5e césar, tandis que Mammuth, avec son ami Gérard Depardieu, vole vers le million d’entrées. La force est avec elle.

Une nouvelle vie, une nouvelle adresse, un nouvel élan, des films à la queue leu leu (dans le prochain, De force, elle aura Éric Cantona comme partenaire et jouera un commandant de police) et… un duo avec Carla Bruni-Sarkozy. Ces exploits qui repeignent son blason à l’or fin s’accompagnent de l’envie certaine d’en finir avec la spirale existentielle et le cycle des disparitions : la princesse désenchantée prend des vacances, remplacée au pied levé par son avatar en robe imprimé léopard : la requinquée, la joueuse, la joyeuse, prête au combat à la loyale, carrossée « tout-terrain » dit-elle : « Une voiture blindée qui grimpe à la verticale, résiste aux chocs et s’adapte à tous les climats ambiants. Il y a chez moi un regain d’envie, de force et d’énergie. » La voilà « d’équerre » (l’expression porte le copyright de son fils Gabriel-Kane, dont le père est Daniel Day-Lewis) même si son hyperdélicatesse d’extralucide se fiche parfois encore un peu des règles d’équilibre. La vie des rêveuses n’est pas une science exacte. On ne se refait pas. Quoique. Rencontre.

« VIVE LA BAGATELLE ! »


« J’ai osé cet aveu national dans vos colonnes : les salopes ont la vie plus belle. Mon plus grand regret ? Ne pas avoir eu assez d’amants. Être la femme d’un instant, cela doit être merveilleux, or je me suis toujours vécue comme la femme d’une vie. La romantique impénitente que je ne veux plus être est désormais armée d’un pied-de-biche et décidée à entrer par effraction dans sa nouvelle vie. (Rires.) La séduction ne m’amusait que dans la fiction : séduire à travers un personnage oui, mais pas dans la vie. Être considérée comme un fantasme sexuel m’a toujours profondément embarrassée : j’ai oublié de m’en amuser et j’ai négligé d’en profiter. Toujours une interdiction rampante héritée de l’enfance. Mon père disait : “Un homme te regarde, tu baisses les yeux.” Sinon, c’était provoquer le désir et se montrer coupable. La princesse de Clèves devenait ainsi ma meilleure copine de récré. (Rires…) »



« JE SUIS ARRIVÉE AU BOUT DU BOUT DE MA THÉRAPIE »

« À un moment donné, ça va, on a compris. Comprendre pour accepter. Mais comprendre donne les clés, pas nécessairement l’accès aux manettes. Si bien que je ne considère plus la psychanalyse comme une religion unique ou un engagement monolithique. Je peux être paganiste à l’occasion, c’est-à-dire croire également à d’autres cultes et ne pas dédaigner des stages comportementalistes qui peuvent régler des problèmes à la va-vite. Mais j’affirme cela forte d’une introspection longue et douloureuse, faite d’astreintes et de discipline, que je n’ai jamais traitée par-dessus la jambe. Et puis, j’ai vraiment envie de laisser s’épanouir ce qu’il y a de spirituel en moi et qui est une composante forte de ma personnalité. »


« C’EST QUOI UN ARTISTE SANS BLESSURES À L’ÂME ? UN PRODUIT ANTISEPTIQUE »

« Je n’ai eu une enfance ni marrante ni facile. L’apprentissage amoureux s’avère extrêmement douloureux pour quelqu’un fabriqué comme un archétype romantique. Quand, à 14 ans, on est cinglée de Racine, Shakespeare et Musset, ça ne prépare pas aux boums ! (Rires.) Ça ne permet pas d’embrasser un garçon à la légère, ni de jouer les allumeuses sans filer immédiatement à l’église pour brûler un cierge et demander pardon ! Dès le départ, c’était foutu : ma vie ne serait pas “carlabruniesque” ! Ensuite, on passe son existence à essayer de guérir de son enfance tout en prétendant qu’on n’en est pas malade. »

« WARREN BEATTY M’A FAIT LA COUR PENDANT DIX ANS »


« Mais je ne lui ai accordé un regard que le jour où je l’ai vu, vêtu de blanc, assis au bord de sa piscine et l’air tellement triste. Un personnage de Fitzgerald. Quand Gatsby m’a confié qu’il ne pouvait plus continuer sa vie dissolue de play-boy, qu’il voulait se marier, j’ai fondu. Pauvre homme trop gâté par la vie et les femmes ! (Rires.) J’étais très touchée par ce désir de rédemption. Tout cela m’a arrêtée alors que jamais je ne m’arrête devant un séducteur. J’ai découvert un être profond : les femmes saisissent immédiatement si les hommes qui changent de vie vont faire des bons maris et des bons pères. C’était son cas. Il voulait des enfants. J’ai répondu non, on va dire. Ensuite, j’ai refusé de tourner dans Dick Tracy, ce qui lui a permis de rencontrer Madonna. Puis, il y a eu Annette Bening, qui a achevé la transformation entreprise. Disons que j’ai été une sorte de demoiselle d’honneur qui l’a conduit vers le mariage avec une autre… »



« J’AURAIS TRÈS BIEN PU VIVRE EN CALIFORNIE, MAIS JE ME SERAIS DÉCOLORÉE »

« Il y a toujours eu un respect vis-à-vis de moi depuis l’Histoire d’Adèle H., de François Truffaut, et ma première nomination aux oscars. Avec Warren Beatty, je menais une vie très privée. C’était juste avant l’explosion des journaux people. J’habitais dans sa grande maison blanche avec des glycines dans les collines de Hollywood, sur Mulholland Drive. Il m’appelait “The Unpretentious” (“la Non-prétentieuse”) parce que je refusais de passer ma vie dans des limousines et que j’évitais toutes les “parties”. Quand Sean Penn et Madonna venaient dîner, je trouvais un prétexte pour rester lire dans ma chambre. J’étais tellement casanière ! C’en était absurde. (Rires.) Peut-être encore ce modèle maternel de réclusion vertueuse ? Mister Beatty est un vrai cerveau. Il aurait pu diriger une major ou même le pays. Il avait une idée très précise à mon sujet : il me voyait dans des comédies romantiques et voulait absolument que j’intègre le “mainstream” hollywoodien. Je ne partageais pas son avis, je n’étais pas prête et j’avais le mal du pays. J’ai fini par m’enfuir pour tourner Camille Claudel en France, que m’a offert Bruno Nuytten, le père de Barnabé, mon premier fils. »

« JE SUIS UNE AVENTURIÈRE QUI N’A PAS SUIVI MARLON BRANDO… »

« J’avais 20 ans, j’étais descendue au Chateau Marmont, à Hollywood. Cela a été une rencontre extravagante : j’ai découvert un enfant, il faisait le pitre, m’emmenait dans des restaurants mexicains et se flanquait des enchiladas sur la tête pour me faire rire. Enfantin, amusant, provocateur et monumental à la fois. Il était toujours en train de tester vos limites et moi, j’étais une jeune fille téméraire mais craintive et introvertie aussi. Il a fini par me poser cet ultimatum : “Je passe vous prendre demain et vous emmène à Tetiaroa”, son île du Pacifique Sud. C’était une mise à l’épreuve, une de ces propositions dont on devine qu’elle peut faire basculer votre vie. Brando était un initiateur, mais quelle mégalomanie dans sa demande qui induisait un autre défi : aurez-vous le cran de me suivre ? J’ai passé une nuit blanche, pétrifiée. Fallait-il que je devienne l’aventurière que je n’étais pas tout à fait ? Au petit matin, il m’attendait à la réception de l’hôtel. Je ne suis pas descendue. Et ne l’ai plus jamais revu. Il devait s’attendre à mon refus puisqu’il a déposé à mon attention un petit sac de soie noir, qui contenait un face-à-main de drugstore orné d’une scène libertine et une balle de revolver. Le message était sans équivoque : “Kill your narcissism” (“Tue ton narcissisme”). J’ai gardé ce curieux attirail pendant des années avant de l’offrir à Sean Penn, ami et adorateur de Brando, qui a fait sa mine de Sean Penn en découvrant le petit trésor… »

« JE DEVAIS ME MARIER LE 12 JUIN PROCHAIN À SÉVILLE »


« Tout était réservé à l’Hacienda Benazuza. Je crois que Marie Drucker et moi, on devrait vendre toutes nos bagues de fiançailles aux enchères ! Et moi qui avais fini par dire oui… (Rires.) Mon psychanalyste me disait toujours : “Comment arrivez-vous à analyser si bien des textes, en être une telle interprète et ne rien voir dans votre vie ? » Pourtant, lorsqu’on rencontre un homme, je crois que l’on sait tout de l’autre en trois secondes. À la quatrième, on commence à se mentir. C’est pareil à chaque fois : on sait tout, tout de suite, mais on ne veut rien savoir. Sinon, on ne commencerait aucune histoire. Mais l’envie de trouver et d’être trouvée est la plus forte. Et puis, dans mon cas, je reste persuadée qu’une vie de couple est nécessaire à une actrice. Ce métier vous envoie des messages si parfaitement déséquilibrants qu’on a besoin de quelqu’un qui vous aide, vous protège, vous rassure. Il faudrait pourtant s’arrêter à cette phrase de Sagan : “Quelqu’un qui vous aime, c’est quelqu’un qui vous veut du bien.” Je suis une femme de passion mais la passion, à force de perdre la tête, ça devient une perte de temps, une perte d’énergie et une perte d’argent. J’ai essayé la raison : ça ne me convient pas non plus. Je pose la question : et maintenant que vais-je faire ? » (Rires.)



« TO DIE FOR LOVE ? » (“MOURIR PAR AMOUR ?”)

« Avec Daniel Day-Lewis, on partageait ce même effroi devant l’image, quand la représentation de cinéma ou de théâtre se substitue à la vérité. Pourtant, lui aussi est peut-être d’abord tombé amoureux de Camille Claudel ? C’était après la première anglaise, j’étais rentrée dans ma chambre au Claridge, à Londres, quand j’ai reçu le premier message de cet homme : “Welcome to this miserable country” (“Bienvenue dans ce pays misérable”). Quoi de plus délicieux que l’irrésistible chez les êtres ? J’ai donné suite. Et voilà. Est-ce que c’est l’homme de ma vie ? Les pères de mes deux fils l’ont été et j’en suis heureuse. C’est extraordinaire de dire à son enfant qu’il est né de deux êtres qui se sont aimés. Avec Daniel Day-Lewis, il y avait quelque chose de l’ordre de l’éblouissement amoureux. Mais un proverbe dit que deux étoiles ne peuvent pas vivre sous les mêmes cieux. Et puis, on ne fait pas sa vie avec l’homme qu’on a le plus aimé : de ça, je suis sûre. Quand nous nous sommes séparés, je suis restée si seule… Une veuve. (Silence.) C’est presque inconfessable. Il y a, chez moi, une petite phrase gravée sur un miroir : “To die for love is beautiful but it’s stupid.” (“Mourir par amour est beau mais c’est stupide.”) L’exaltation amoureuse ne nourrit pas : c’est un sucre rapide… » (Rires.)

« J’AURAIS DÛ ÊTRE JACKIE O. ! »

« Et épouser un homme de pouvoir. Il faudrait que la décision précède le sentiment. On prendrait la décision d’épouser un milliardaire puis le sentiment naîtrait ou pas. Évidemment, j’ai toujours privilégié la démarche inverse. Jackie O., c’est ça : la décision d’abord. C’est pareil avec la légende : on peut s’arranger pour la façonner. Moi, je suis une fabrication de mon destin et non pas de mon dessein. Tout cela ne manque pas de dignité, me direz-vous ? Mais n’empêche : je ne possède pas encore d’hôtel particulier… (Rires.) Je n’ai jamais voulu considérer l’argent comme un problème. Je n’ai pas travaillé pour ça, je n’ai jamais été entretenue ; j’ai toujours fait en sorte non pas de l’ignorer, car ma famille en a beaucoup manqué, mais juste de ne pas le vénérer. »

« JE SAIS NAGER DANS LES SABLES MOUVANTS »

« J’ai toujours eu cette force-là, celle de nager à contre-courant et dépasser une force qui vous immobilise. C’est mon paradoxe le plus fort. Je viens de passer une année horrible, mais je ne veux pas y revenir sauf pour en rire. Vous ne me verrez pas me rouler dans la cendre. Et j’explore de nouvelles pistes : substituer la notion de plaisir et de bien-être à celle du bonheur par exemple. Il paraît que la vie n’a pas son pareil pour vous réenchanter… »


 par Richard Gianorio
Photos Benoit Péverelli

1 commentaire:

Anonyme a dit…

merc pour ce post! a

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