21 avril 2010

Le monde interviewe Kervern et Delépine

Les 2 réalisateurs sont interrogés à propos de mammuth, on parle de Depardieu, de la pellicule, et bien sûr d'Isabelle !

Interview à retrouver sur le monde.fr












Piliers de "Groland Magzine", l'émission à l'humour vitriolé sur Canal+, Benoît Delépine et Gustave Kervern ont réalisé quatre films ensemble : Avida, Aaltra, Louise Michel, et Mammuth. Nous les avons rencontrés à la Halle Saint-Pierre, à Paris, où sont exposées les oeuvres de Lucas Braastad, visibles dans le film.

 Comment s'est fait "Mammuth" ?

Benoît Delépine : C'était un pari inouï, ce film. On fait des choses à l'ins-tinct... On a réussi à attirer Gérard Depardieu, puis Isabelle Adjani, puis Yolande Moreau, puis tout le monde. On a trouvé les sous au dernier moment, puis tourné à l'arrache, à une quinzaine de personnes, dans ma campagne, du côté d'Angoulême et de Royan. Tout ça avec une liberté absolue, et une pellicule qui n'avait jamais été utilisée, au point qu'on ne savait pas si elle ne serait pas toute noire à la fin...

Après le succès de "Louise Michel", et avec de tels acteurs, ce discours est surprenant.

B. D. : Parce que c'est allé très vite. Le hic, c'est qu'on a proposé l'idée à Depardieu en mars 2009. C'était lui ou rien. Lui, la moto Mammuth, la recherche des papiers, et Yolande Moreau, qu'on voyait dès le début. C'est cela qu'on a proposé à Gérard l'année dernière, pour un tournage en août. Avec notre émission de télé, nous ne pouvons tourner qu'en été. C'est le quatrième film qu'on fait comme ça. Il fallait donc une conjonctio
n d'événements extraordinaire. Déjà que Gérard soit libre, que le projet lui plaise...

Gustave Kervern :... et qu'on le sente bien aussi, parce qu'écrire un scénario pour un mec qu'on sent pas...
B. D. : Evidemment avec un an de plus, on aurait trouvé beaucoup plus d'argent. Trop d'argent. Mais on aurait trop gambergé...

G. K. : On aurait surchargé d'idées alors qu'on voulait faire un film simple. On voulait que ce soit Depardieu dans sa nudité, au sens propre comme au figuré. Depardieu, tu peux lui dire de s'asseoir sur un talus, tu le filmes et c'est déjà plus intéressant que n'importe quelle course-poursuite. Franchement, il nous a fait un cadeau extraordinaire... Et il l'a fait gratos !

B. D. : On a écrit un film sur mesure pour lui. Lui, tel qu'on le percevait de l'extérieur, avec le peu qu'on connaissait de sa vie, le peu qu'on a ressenti pendant la demi-heure passée avec lui dans son restaurant. C'est un cadeau de notre part, qu'il nous rend au centuple. Il a fait des essais caméra ce qu'il ne fait jamais, parce qu'on était à la recherche de notre pellicule suprême : on voulait voir ce que ça donnait sur son visage, son corps.

Quelle est cette pellicule ?

B. D. : Du super-16 inversible. Elle servait aux actualités télé dans les années 1960-1970. Elle n'avait jamais été utilisée dans un long-métrage. Au début, on pensait tourner le film en super-8, parce qu'on regrettait le grain noir et blanc d'Aaltra et Avida, mais notre chef opérateur a pris un peu peur, avec raison. Au final, on a des moments en super-8, pour le regard subjectif d'Adjani. Tout le film en super-8 aurait été radical mais on aurait pu carrément ne pas voir les gens...

G. K. : Gérard a convaincu Yolande de faire le film. Elle trouvait que le rôle faisait trop bobonne. Depardieu l'a appelée, lui a dit : "Mais non, ils ont réécrit des scènes pour toi, je te jure, ça va être bien, j'ai envie de tourner avec toi !" Elle était dans son jardin, et elle est tombée des nues en entendant Depardieu l'appeler.

Comment avez-vous conçu l'apparence de Depardieu ?

B. D. : On voulait qu'il ait les cheveux longs. Il a une telle "coupe Depardieu", chaque Français, quasiment, est capable de la dessiner !

Vous avez une sorte de généalogie des films de Depardieu qui conduirait au personnage ?

G. K. : Il a dit sur le tournage que ça lui rappelait Les Valseuses.

B. D. : Il était dans les champs, heureux, il hurlait dans la nature : "Ah ! ça me rappelle Les Valseuses, on est bien là..."

G. K. : Quelqu'un a dit qu'il s'est ré-enchanté pendant ce film. Exactement comme le personnage en fait. Il était libre, il venait sur le tournage en moto. La moto pour lui c'est symbole de liberté. Quand il n'est pas bien il fait une balade en moto et il revient.

Vous le saviez ?

B. D. : Moi, je le savais. Il a eu des accidents de moto, il a même un magasin de motos à Roissy, Le Deux Roues, un truc énorme. Tout ce qu'il aime dans la vie est dans le film, que ce soit les motos, l'art, les femmes, la charcuterie, la vigne... Tout !

Adjani, vous l'avez prise pour Depardieu ou pour elle ?

G. K. : Reformer le couple mythique de Barocco, le film de Téchiné, on s'en foutait de ça. Adjani, c'était pour ses rôles mais c'est toujours l'être humain qui nous intéresse. Ses déclarations aux Césars, ses prises de position, son absence volontaire des écrans, son mystère, sa dinguerie...

B. D. : Le cinéma c'est du mystère avant tout et elle, c'est hallucinant ! Nous avons appelé son personnage La Dame Blanche. Un personnage mythique qu'on croise au bord de la route. Une apparition qui va vous donner beaucoup de chance ou vous faire mourir à l'instant. Comme tous les personnages de nos films, elle est hors norme.

Elle non plus n'était pas payée ?

B. D. : Plus que ça, elle a eu comme les autres un salaire syndical, qu'elle a reversé tout de suite à une association caritative.

Vous les trouvez comment vos comédiens ?

B. D. : On s'attire. Depardieu m'a plus donné envie par ses déclarations à la BBC, il y a trois ans, que par les films qu'il a faits dernièrement. Il disait au journaliste qu'il buvait 6 litres de vin par jour, qu'il tuait lui-même des cochons de lait, tout en écrasant sa clope dans le studio. Ça a fait un scandale en Angleterre ! On s'est dit : "Tiens, il est encore vivant ce mec ! " Il n'est pas du tout dans "l'église du cinéma français", c'est un fou. S'il n'avait pas été disponible pour le film, tant pis, on aurait vécu un moment en le rencontrant.

Pourquoi tous vos films sont des road-movies ?

B. D. : Ça commence à se voir, hein ?

G. K. : C'est l'occasion de découvrir des endroits, de ne pas rester enfermés entre quatre murs, de rencontrer plein de gens.

Vos films sont peuplés de déclassés. C'est un peu de l'"art brut"...

B. D. : On est des artistes bruts : on récupère des acteurs déclassés et on fait des films avec ! Plus sérieusement, et sans généraliser, il y a beaucoup plus de vie chez les artistes bruts, qui créent leur imaginaire à l'écart des autres. Le simple fait de repeindre sa baraque en rose et de monter des pyramides de coquillage, ça change un peu le lotissement dans sa totalité.

G. K. : Ça dévalue l'immobilier.

B. D. : Ça dévalue l'immobilier, et ça ouvre grands les yeux des enfants.

Propos recueillis par Isabelle Regnier

2 commentaires:

Anonyme a dit…

je vais le voir dimanche avec la comtesse avec et de Julien Delpy;

Mamuth a l'air d'être un film immense de poésie,de vérité et d'émotion;pour rien au monde,je ne raterais le trio adjani-depardieu-moreau!

Djilali

Cécile a dit…

Ces mecs là sont de vrais résistants ! Dans une société où tout est consommation : l'art, l'éducation, les services publics : tout doit rapporter, c'est la seule finalité et c'est désespérant.
Il me tarde vraiment de voir le film ; j'avais adoré Louise-Michel.

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