23 avril 2010

Isabelle journaliste pour STUDIO ciné live-L'interview

ADJANI
INTERVIEWE 
KERVERN
ET DELEPINE




Isabelle Adjani n'a qu'un petit rôle dans mammuth, le nouveau film des réalisateurs de Louise Michel. Raison de plus pour lui confier le micro et lui demander de poser les questions à ces histrions du cinéma qui regardent la société avec cynisme. Une interview que vous n'êtes pas prêts de lire partout !



On est persuadé qu'elle n'accepte que les premiers rôles, qu'elle n' apprécie rien tant que les personnages qui aiment, se battent ou deviennent fous. C'était mal connaître l'actrice aux cinq César qui n'est jamais là où on l'attend.
On les croit désintéresses par les stars, presque méprisants. C'est oublier que les deux Grolandais sont avant tout préoccupés par les humains, et pas par les statuts.
Au-delà des clichés, ils se sont donc rencontrés. Isabelle Adjani, fan de Louise Michel, n'a même pas demandé quel serait son rôle lors de leur entrevue :"ça n'était pas important". Benoît et Gustave admiraient l'actrice mais aussi la femme d'opinion :" elle fait partie des gens qu'on aime bien à titre personnel, dans ses prises de position."
Pour eux, dans mamuth elle est devenue le premier amour perdu d'un homme arrivé à l'âge de la retraite qui, pour retrouver les trimestres qui lui manquent, va partir en quête de ses anciens patrons et de son passé.



Studio Ciné live : Isabelle Adjani, vous avez accepté de devenir journaliste pour notre magazine et d'interviewer les réalisateurs de mammuth, Gustave Kervern  et Benoît Delépine. À vous l'honneur, donc.
 Benoît D : Isabelle a été cameraman pour voir si. C'est elle qui a filmé les images en vidéo dans la grange.
Isabelle Adjani : moi qui ne sais même pas tenir un appareil photo, ils m'ont collé la caméra dans les mains. Il paraît même que mon nom est au générique technique ! J'avais déjà fait assistante scripte sur le camion, de Marguerite duras, en 1976.
Benoît D. : en tout cas, tu as un regard sur Gérard Depardieu qui est magnifique. Qui mieux que toi pouvais figurer ton esprit qui volait dans la pièce ? Et te voilà, journaliste. On est prêts.
Isabelle Adjani : alors Messieurs, quand vous avez commencé à écrire, vous pensiez que vous écriviez quoi ?
Benoît D.  : d'abord, un film sur la nostalgie. Quand on reçoit pour la première fois un courrier de sa caisse de retraite décortiquant tout ce qu'on a fait depuis l'âge de 16 ans, il y a des bouffées de souvenirs qui reviennent à la mémoire. Même les plus petites expériences sont prises en compte... Dans nos films précédents comme Louise Michel, on s'était déjà attaqué au monde du travail, mais cette fois on voulait montrer à quel point c'était de plus en plus dur. J'ai eu cette image Gérard Depardieu avec les cheveux longs sur la mammut, une moto mythique des années 70. Ça ne pouvait être que lui. Il venait d'avoir 60 ans. Comme la mammut, Depardieu est un mythe des années 70 qui fascine toujours autant les gens, il n' y avait pas d'autre acteur potentiel pour le film. On est allé lui pitcher notre idée. Si il nous avait dit non, on aurait abandonné le projet.Et lui nous a dit :" ce qui est encore plus intéressant, ce sont les relations de cet homme avec  ses femmes."
Gustave K. : oui on pensait faire un film sur le  travail  et Gérard Depardieu nous a dit qu'on faisait un film sur les femmes !
 Benoît D. : et quand on était en train d''imaginer son premier amour, la première actrice qu'on a eue en tête était toi,Isabelle. En même temps, aussi incroyable que cela puisse paraître, malgré un casting pareil, ça a été dur de réunir l'argent. Mammuth est un très petit budget. Les comédiens ont tous accepté de travailler quasiment pour rien. On l'a monté en trois mois de peur qu'il ne se fasse pas. On aime bien, quelque part, que les films soient imparfaits. Les films trop parfaits, c'est chiant. Mammuth, c'est du domaine de l'art brut.
Isabelle Adjani : quand j'ai découvert le film, j'ai eu l'impression d'être dans le monde de deux peintres qui se seraient projetés dans l'écran...
Benoît D. : c'est une de nos sources d'inspiration. On a eu l'idée D' Avida quand on a fait la promo d'Aaltra à Rotterdam, en visitant le musée Boijmans Van Beuningen devant des tableaux de Bruegel, de Bosch, de Dali. Ce sont les images qui nous poussent à faire des films. Mammuth c'est l'image d'Ulysse.


Isabelle Adjani : pendant la première heure du film, on n'arrête pas de rire alors que tout pourrait faire pleurer. Ensuite, on entre dans une espèce de crypte où la poésie s'empare du film. Est-ce que c'est voulu ou est-ce que c'est quelque chose qui vous a échappé ?
Gustave K. : un petit peu. Il y a un tournant dans le film au moment de la baignade dans la rivière qui est une scène que nous n'avions pas prévue.
Benoît D.: le personnage de Gérard vient de se faire traiter de con par l'un de ses anciens patrons qui ne l'a pas déclaré. Dans le scénario original, il allait près d'un calvaire et il se met à taper comme une brute dessus. On a senti à ce moment-là que le film, grâce à Gérard, aller vers quelque chose de plus organique. Gérard nous a avoué, pendant le tournage, avoir beaucoup pensé à son père, et il s'est tellement donné que ça a donné une force et une poésie au personnage qui n'était pas forcément là au moment de l'écriture.
Isabelle Adjani : oui, Gérard ressemble au film. Il a une brutalité, une animalité et puis, à côté, il est complètement dans la poésie. À chaque fois qu'on se revoit, on reprend une conversation incompréhensible pour les gens autour, comme si on inventait une langue différente.
Benoît D. : en fait, tout le monde pense que le personnage joué par Gérard est un imbécile, un lourdingue, un manuel, puis il rencontre Miss Ming qui lui ouvre de nouveaux horizons. Elle lui dit : "regarde l'art ça existe. La liberté ça existe."
Gustave K. : lui découpe ses papiers, repart en mobylette et en djellaba , son esprit s'est ouvert.
Isabelle Adjani : c'est vrai que mammuth fait tout ce parcours pour récolter les bonus d'une société consumériste et consumante, et en fait il s'en échappe parce qu'il s'est dépouillé. Je pense que le non-consumérisme nous guette tous.
Benoît D : on imagine que le personnage va devenir un apôtre de la décroissance. Maintenant, il va vivre toute sa vie en faisant des trucs complètement fou. Sa victoire, il ne l'obtient pas par le combat et la lutte comme Louise Michel, mais par l'imaginaire, en s'acceptant lui-même et en inventant son  prope univers.
Isabelle Adjani : il y a un truc étonnant sur vos tournages, c'est qu'on se fait qu'on ne se rend pas compte qu'il y a un directeur de la photo et même une caméra. En même temps, les plans sont d'une grande sophistication. On a un peu l'impression que vous organisez votre tournage à l'insu de tout le monde. C'est d'une légèreté et d'une pudeur incroyable. Comment faites-vous ?
Benoît D. : on est une petite équipe. On ne fait pas de contrechamp. On se débrouille pour que toute l'action d'une scène tient dans un seul plan. Parfois, on ne fait qu'une prise. Là, comme on ne savait pas comment ça allait se passer avec Gérard Depardieu, on avait une arme secrète : une deuxième caméra ! On a demandé à Fred poulet musicien et réalisateur de substitute, de faire une sorte de making of du film et de choper des plans volés.
Isabelle Adjani : c'est très agréable, ce côté brut. Moi, je voyais que Gérard était très soulagée parce que ca devait rappeler ses débuts. Il a tellement besoin de se dépouiller de tout ce qui peut représenter un encombrement. On sentait qu'il se disait : "eux, ils ne vont pas me faire chier en me donnant des places. Ça va être à la fois précis et jamais contraignant."
Benoît D. : en même temps, Gérard sait exactement ce qui se passe sur un plateau. Il faut être très précis. On gagne sa confiance sur la première journée de tournage. On savait qu'il fallait qu'on le surprenne dès le début. On a commencé le tournage dans des abattoirs où le personnage finit sa carrière. Là, il était dans la barback...
Isabelle Adjani : Beurck ! Ça aurait été impossible pour moi !
Benoît D. :... Au milieu des carcasses avec des bouchers plus costauds que lui. Il avait l'impression d'être maigre à côté d'eux ! Puis, on a terminé la journée autour d'un barbecue avec des saucisses.
Isabelle Adjani : en tout cas, ça lui a fait du bien, car je trouve que Gérard fait preuve d'une liberté et d'un courage dans l'abandon qui sont assez impressionnants. Il m'a fait penser à un acteur d'Aki Kaurismäki. J'avais l'impression qu'il était tout juste sorti du bain de vapeur finlandais !
Benoît D. : c'est vrai, il a donné des choses inouïes dans le film en terme dinterprétation.
Isabelle Adjani : c'est un Gérard inconnu qu'on voit à l'écran. J'aurais adoré qu'il ait le prix à Berlin.
Benoît D : il paraît qu'il a failli l'avoir mais que le jury s'est finalement dit : " il n'en a pas besoin".
Isabelle Adjani : c'est ridicule. On a ni besoin ni pas besoin des prix et des récompenses. Ce sont des choses qui viennent ponctuer une vie, marquer quelque chose de différent.
Studio Ciné live : c'était important pour vous, Isabelle, d'avoir un cinquième César ?
Isabelle Adjani : oui, surtout pour la journée la jupe. Vous avez aussi dire que les gens sont capables de ne plus tenir compte de rien, sauf d'un élan. Ça m'a fait du bien. J'étais tellement bouleversé que j'avais fait une crise spasmophilie après-midi. Quand j'ai entendu mon nom, je n'arrivais ni à me lever ni à avancer. J'étais en état de choc. Mais j'aurais beaucoup aimé que Vincent la dont l'est aussi. Il m'a fait pleurer à chaque film.
Benoît D. : je suis d'accord. En plus, Welcom est un film formidable.
Isabelle Adjani : pour revenir au film, je voulais parler de missMing. C'est une personne absolument mystérieuse. Elle est tout à fait fascinante, tout à fait unique et on sent qu'elle est un moteur d'inspiration qui vous est essentiel.
 Gustave K. : on l'a rencontré sur le tournage d'Avida, notre deuxième film. Sur la plage. Elle nous a dit qu'elle mais bien Groland,elle a récité des poèmes. On lui a proposé un petit rôle dans Louise Michel.
Isabelle Adjani : oui, elle m'a marqué dans ce film ! Mais alors, s'est Miss Ming dans la vie et dans la fiction!
Pour moi, elle est absolument une actrice. Elle est dans le présent, sans gênes. Elle n'est pas dans le questionnement. Elle est comme un matériau magnifique, rare,et qui ne cherche pas à avoir une forme ou une autre.C'est un marbre de Carrare.
Gustave K. : Benoît et moi, on place tout le monde sur un pied d'égalité-non professionnels et professionnels -Mais on veut que les gens passent un bon moment. Et on a l'impression que toi aussi, comme Gérard, tu te sentais bien, non ?
Isabelle Adjani :Absolument. Comment faites-vous pour créer cette ambiance décontractée?
Benoît D :D'abord, c'est davantage d' être deux metteurs en scène parce qu'on n'est pas stressé.Un réalisateur seul porte  tout le poids du film.A deux, on se dit qu'il y en aura toujours un des deux qui va avoir la bonne idée...
Isabelle Adjani :Ah oui, il faut que je vous demande d'où sort votre cantine. Je n'ai jamais vu ça de ma vie, c'était comme si on déjeunait dans un restaurant trois étoiles avec des vins extraordinaires. Je me disais : "comment c'est possible? Qui paie cette cantine ?"
Benoît D: on a fait appel à un ancien boucher devenu traiteur.On nous avait dit que Gérard  ne venait jamais à la cantine.Il n'est pas venu le premier jour, il est venu le deuxième jour et après il n'est jamais reparti!

Sophie Benamon
Photos  Philippe Quaisse/Pasco              ( dans la journée)

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