18 novembre 2009

Ancienne interview de J-P Rappeneau

Une ancienne interview de J-Paul Rappeneau qui date de la sortie DVD du film, il évoque Isabelle Adjani, Gérard depardieu,Sophie Marceau, Audrey tautou...et même Keanu Reeves, vous voulez savoir pourquoi? Lisez l'interview...issue du site excessif.com
L'un de nos plus prestigieux réalisateurs français, Jean-Paul Rappeneau, a connu le premier échec de sa carrière avec une très agréable comédie d’aventure, Bon voyage, qui n’a réuni que près de 800 000 spectateurs le printemps dernier. A l’occasion de sa sortie en DVD, il a accepté de nous confier quelques anecdotes savoureuses.

Pourquoi à votre avis Bon voyage n’a pas trouvé le public qu’il aurait du rencontrer ?
Pour moi et beaucoup de gens qui l’ont vu, ce fut une surprise, évidemment une déception, et cela reste toujours un mystère. C’est un film que j’adore, peut-être aussi parce que c’est le plus personnel, et cela rassemble beaucoup de thèmes qui m’ont passionné tout au long de ma vie, mais le problème est qu’il est difficile à résumer en quelques mots. Le film a souffert d’un manque d’identification pour un public qui ne savait pas trop de quoi il retournait. Il entendait parler de la guerre, mais ce n’est pas le thème central.

Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce projet ?
J’ai connu cette période de la guerre alors que j’étais un petit enfant, et le personnage central, interprété par Grégori Dérangère, est en quelque sorte un personnage autobiographique imaginaire, dans le sens que j’aurais pu vivre cette aventure ! Un jeune homme écrit retiré dans sa chambre de bonne, figé dans son amour d’adolescence pour une actrice qui le mène en bateau, et qui finira par rentrer dans la vie réelle, par un concours de circonstances et la rencontre d’une autre femme. Sans rentrer dans le détail, je dirais que c’est une métaphore de ma vie de cinéaste. Après plusieurs films sur un ou deux personnages principaux, je voulais aborder un virage en mettant en scène un entrecroisement de destins, de personnes qui ne se connaîtraient peut-être pas, mais qui finalement, en passant de l’une à l’autre, se retrouvent. Je me suis rendu compte que je pouvais méler des tons et des genres différents. La comédie, la reconstitution historique, l’aventure, l’amour, l’espionnage…Le film ressemble exactement à ce que je voulais faire ! Je n’imaginais pas que ce mouvement qui nous emportait tous n’emporterait pas le public. Mais je ne regrette rien, et Bon voyage est vendu dans tous les pays susceptibles d’acheter un film français : la Corée, l’Indonésie, le Japon, la Russie, l’Amérique du Nord et du Sud…Au Festival de Toronto, il a eu un succès formidable. Et il représente la France aux Oscars, nous saurons en janvier s’il est nominé ou non !

Isabelle Adjani interprète Viviane, mais à l’origine ce devait être Sophie Marceau. Aviez-vous écrit le rôle en pensant à elle ?
Je n’aime pas trop écrire pour un acteur précis, je rêve en pensant au personnage. Pour Viviane, qui est une une comédienne populaire, je me disais naturellement que seule une grande actrice française pouvait l’incarner. Autant avoir une star pour jouer une star ! J’ai tourné avec Deneuve, Adjani, Binoche, Anne Brochet, Marlène Jobert, et il y en a une avec qui je n’ai jamais tourné, et que j’aime beaucoup, c’est Sophie Marceau, donc j’ai pensé à elle en premier, et elle a accepté. Mais trois ou quatre mois avant le début du tournage, elle vient me voir et me dit "Jean-Paul, c’est terrible, est-ce qu’on peut reculer le film ?" et je lui réponds que nous sommes déjà en repèrage, mais pourquoi cette question ? "Je suis enceinte !" "Formidable pour vous, mais je ne peux pas reculer !". Le lendemain, j’ai appelé Isabelle, et elle a été extraordinaire. J’étais bien sûr embarrassé, je lui ai tout raconté, et après avoir lu le scénario, elle m’a rappelé le soir pour me donner son accord, l’égoïsme du personnage ne la gênait pas. Grâce à elle, le film pouvait se faire.

Qui pourrait refuser de tourner sous votre direction ?! Même Isabelle Adjani accepte tout de suite !
Il faut dire qu’elle avait gardé un souvenir extraordinaire, et moi aussi, du tournage de Tout feu, tout flamme, qui est la seule comédie à succès de sa carrière avec La gilfle, à ses débuts.

Que s’est-il passé avec Audrey Tautou ?
Avant de choisir Virginie Ledoyen, nous avons pensé à d’autres actrices, dont Audrey Tautou. Elle était contente de tourner avec moi, je l’ai trouvée sympathique, nous étions partis pour faire un bout de chemin commun. Puis sort Amélie Poulain qui a tout chamboulé, car elle s’est retrouvée au milieu d’un immense phénomène. Alors elle m’a envoyé une lettre, me disant qu’on aura l’occasion de retravailler ensemble, etc… Ce sont des choses qui arrivent. Pour Cyrano, Juliette Binoche m’avait écrit une lettre formidable m’expliquant pourquoi elle refusait le rôle de Roxane, à cause des Amants du Pont-Neuf. Cela m’avait tellement plu que du coup, j’avais été la voir dès que j’ai mis Le hussard sur le toit en chantier ! Tous les personnages de Bon voyage ont eu à un moment ou un autre un comédien différent, notamment celui d’Yvan Attal, qui Dieu merci l’a gardé, car il est extraordinaire. Depardieu voulait ce personnage ! Lui était d’accord dès le début pour faire tout ! Le voyou, le jeune homme, le ministre…

Dans le commentaire audio, vous dites de Depardieu, lors d’une scène à l’hotel Raphaël, qu’il allait mal. Cela se traduit comment concrètement ?
Il arrive à Gérard d’être sombre, et dans ces moments-là, l’alcool joue un rôle. Il était de plus en plus ivre au fil de la journée… Pendant des semaines et des mois, il peut être d’une sobriété incroyable, mais quand l’horizon s’obscurcit, il ne peut pas s’empêcher de boire. Ce jour-là, il ne connaissait pas du tout son texte, et n’était pas dans l’état de s’en souvenir, nous avons donc été obligé d’avoir des anti-sèches derrière Adjani, qui était face à lui, et qui se rendait bien compte qu’il ne la regardait pas ! Comme le texte était long, il fallait tourner les pages, et éviter de faire du bruit ! C’est extraordinaire, car malgré ces conditions infernales, où tout est lu, comme il a déjà le montage dans sa tête, il sait quand il n’a pas droit à l’erreur, et on ne s’aperçoit de rien en voyant la scène ! Le montage est imposé par son jeu ! Quand il se lève et ouvre un placard pour prendre une chemise, son texte était inscrit au fond. La monteuse me demande pourquoi il se précipite vers le placard, la raison est simple : pour retrouver son texte ! Je vénère cet acteur, je n’oublierai jamais les moments partagés sur Cyrano. Il avait une journée de tournage sur Le hussard sur le toit, et n’était disponible que quelques heures avant de repartir en avion. Il a pressé tout le monde, nous avons tourné dans une hâte terrible, et la scène est formidable ! (rires)

Vous parlez de Matrix dans le commentaire audio, lorsqu’Yvan Attal conduit une voiture en marche arrière. Je me suis demandé si vous faisiez référence à Matrix parce que vous l’avez aimé, ou parce que vous suivez avec beaucoup d’intérêt Keanu Reeves qui voulait jouer dans Le Hussard sur le toit ?

Non, ce n’est pas à cause de Keanu Reeves ! (rires) Matrix n’est pas tellement ma tasse de thé, mais je suis admiratif devant ses effets spéciaux.

Racontez-nous votre rencontre avec Keanu Reeves !
Je prépare Le hussard sur le toit, et Frédérique Moidon, ma directrice de casting depuis Cyrano, vient me rendre visite, me disant qu’il va bien falloir trouver le personnage masculin principal, et qu’en lisant le livre, elle a pensé à un acteur américain, Keanu Reeves, que je ne connaissais pas. Elle m’envoie voir My own private Idaho qui venait de sortir, et en effet, il me plaît. Je la rappelle et lui dis qu’il faudrait un comédien dans son genre, brun, au charme latin, avec une prestance, etc…Elle se propose de se renseigner sur ce qu’il fait, pour voir s’il est libre. "Attendez, attendez !! C’est trop tôt, et puis il est américain !" "Je vais demander, par curiosité !". Bon. Le lendemain, elle m’apprend qu’elle a parlé à son agent, et qu’il sera à Paris trois jours plus tard pour me rencontrer ! "Mais vous êtes folle !" (rires). Le lundi, il arrive rue François 1er, dans un restaurant, avec son air juvénile de l’époque, et repart avec le livre, qu’il n’avait pas lu. En réalité, il devait faire un voyage en Europe, et n’avait fait qu’un détour pour me voir. Mon producteur René Cleitman n’était pas contre, il a même proposé de tourner en anglais, mais pour moi il en était hors de question, je voulais faire ce film en Provence, en français. Donc la langue a été le principal obstacle, même si Keanu était prêt à l'apprendre.

Vous êtes cinéphile, vous voyez beaucoup de films ?
Oui, et j’en rattrape grâce aux DVD, je suis très bien équipé.

Propos recueillis par Didier Verdurand

1 commentaire:

Anonyme a dit…

toujours intéressant de lire les dessous d'un tournage,la partie sur Depardieu est très touchante, bon voyage, un film qui m"avait déconcertée au début, et que j'ai aoorécié par la suite!

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