15 novembre 2009

Les films préférés d'Isabelle Adjani 6/6




 La dernière marche


Isabelle Adjani évoque un souvenir lié à ce film.












Un jour à New-york, j'ai pris un petit déjeuner tardif  avec Sean Penn. Il y avait ses enfants et un de nos amis, un jeune producteur. Sean était très déchiré à cette époque -là.(J'en parle parceque lui-même en a parlé.) Il était malheureux dans sa vie amoureuse. Ca n'allait plus du tout entre lui et la mère de ses enfants (Robin Wright). Il disait : "Je pars tourner un film demain matin à l'aube. je n'ai même pas été aux essayages, j'ai simplement envoyé mes mesures, je mettrai ce qu'ils me donneront quand j'arriverai..." Il avait l'air complètement déconnecté du projet, pas prêt,pas présent, pas disponible,démotivé,vidé. Et je me disais : " Comment peut-on partir faire un film dans cet état là ?" Ce film, c'était la dernière marche. Et, c'est pour moi, le film le plus fort et le plus vrai, le plus incarné qu'il ait fait ! Il aurait dû avoir l'Oscar pour ce film là ! En fait ce matin-là, Sean était dans l'état du film. Un homme qui se sent condamné. Condamné par cet amour qu'il n'arrivait pas à faire vivre. Et il a joué ça , tout simplement ! Sur le tournage, il était à nu, ses sentiments étaient à vif. Sa douleur, son mal être est passé à travers un autre texte que le sien, à travers une autre situation que la sienne . Mais c'est son intimité, dans le moindre détail, qui s'est retrouvée sur la pellicule . Dans une acceptation totale, sans complaisance. L'authenticité d'une détresse mais au service d'une autre histoire que la siennne... Alors, ça c'est le miracle. La grâce d'un état,qui en plus, n'est pas un état de bonheur. Son talent conjugué à ceux de Tim Robbins, attentif et  protecteur, et de Susan Sarandan, sereine et bienveillante, a permis ce miracle . Son travail allié à la bonté et l'affection des gens qui l'entouraient. Lui, il s'est retrouvé absolument dans le film. Plus besoin de se poser la question : "Comment est-ce que je rentre dans ce personnage ? Quand est-ce que j'en sors ? " C'était : "J'y suis, j'y reste." Pas autre chose. C'est terrible parce qu'il a dû souffrir vraiment. C'est terrible mais, quand c'est réussi comme ici, c'est magnifique. Une telle rencontre entre un rôle et l'état dans lequel un acteur se trouve à un moment très précis dans sa vie, c'est magnifique. Mais ça arrive combien de fois dans une carrière ?

D'autres films préférés d'Isabelle Adjani à lire ici

1 commentaire:

Anonyme a dit…

comme l'évoque IA pour ce film de Sean Penn, c'est un état de grâce quand l'acteur est en phase,en osmose avec son vécu dans un film,une manière artistique de sublimer l'émotion,et de créer sur la douleur , du beau! a

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