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7 juillet 2009

Compte rendu de la cérémonie d'ouverture de Panaf 2009



Show au chœur
Une cérémonie étrennée par Abdelaziz Belkhadem, ministre d’Etat, représentant personnel du chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika – absent en raison du décès de sa mère – par un long discours, un ex-cathedra doctoral sur l’africanité qui engendra des applaudissements inopinés à plusieurs reprises du public suffocant de chaleur – on découvre que la Coupole à un problème de climatisation et de ventilation car hermétique – et voulant dire : que la fête commence !


Cependant, précédemment, l’allocution de Jean Ping, président de la commission de l’Union africaine (UA) a été lapidaire et très remarquée : « Je remercie l’hospitalité sur le sol algérien. Le Festival panafricain de 1969 a été un hymne à la libération de l’Afrique. Le rendez-vous du Panaf’ 2009 ne pouvait être organisé ailleurs qu’à Alger. Nous sommes l’origine du monde, mais nous ne savons pas notre futur. Le monde a changé et l’Afrique a changé. Le thème de la renaissance africaine fait référence au passé, présent et futur. Il réhabilite les valeurs des liens nécessaires et vitaux des peuples. C’est la fête ! J’ai été agréablement surpris par la qualité des offres culturelles du Panaf’ 2009. Vive le 2e Panaf’ 2009. Vive la renaissance ! Vive l’union africaine ! » Aussi, le public ne sera pas déçu du voyage à destination de l’Afrique ! Un périple spectaculaire sous « l’œil designer » du créatif et génial Kamel Ouali – ayant chorégraphié des comédies musicales en France comme Les Dix Commandements, Autant en Emporte le vent, Le Roi Soleil, Danse avec les Robots, Cléopâtre ou encore Star Academy – qui a bluffé son monde.

Du coup, les spectateurs furent transportés, envoûtés et charmés par un show à la magie... « noire » à partir d’une structure scénique circulaire, centrale, sonique, illuminée, à la tubulure galvanisée en forme d’arceaux géants. Une scène profitant à tout le monde et exploitant avec intelligence l’espace. Une première du genre en Algérie. Une fresque africaine, panafricaine, magrébine, voire universelle, diaprée, haute en couleur, sentant bon le sable chaud, l’ébène et l’ivoire. Une « cour des miracles » où évoluent dans une bonne intelligence des artistes, des comédiens, des danseurs, des funambules, des souffleurs de feu, des trapézistes, des équilibristes sur des échasses, des acrobates... Une chorégraphie panoramique narrant, racontant et contant l’histoire de l’Afrique, le continent de Lucy, simultanément transmise par signes pour les sourds-muets par des comédiens en habits traditionnels africains. Ainsi, l’on compulse l’histoire de la mère nourricière, l’Afrique. Des troupes de danseurs, des vrais, du Kenya, du Niger, du Burkina Faso, du Togo ; des Touareg qui font de la breakdance ; des cavaliers altiers de la fantasia paradent, dans un mariage de couleurs d’une grande féérie psychédélique sur le rythme effréné des percussions caractéristiques du balafon et autre xylophone. Il s’agit en fait d’une succession de tableaux expressifs, vivants, éloquents et chorégraphiques. Un plaisir visuel et choral ! Parmi les morceaux de bravoure, la séquence du colonialisme : des grenadiers spartiates, martiaux, vêtus de blanc et chaussés de bottes noires, agitant des drapeaux. Ambiance technoïde très Daft Punk. L’esclavagisme : des acteurs tractant des ballots de coton, battus et martyrisés par les « Blancs ». Une image exprimant toute la souffrance d’un peuple opprimé et traité comme un infra-humain. Et puis, la voix chaleureuse de Youssou N’dour monte, plane et se pose au-dessus de la « mêlée ». Il chante avec rage, avec ses tripes. C’est un soulman ! Enfin, un « brother soul ». Dont acte !

Warda El Djazaïria, rose afro
Aussitôt, l’actrice majuscule française d’origine algérienne, Isabelle Adjani – (La Gifle, L’été meurtrier...) qui revient très fort et fait fureur avec le film L’Année de la jupe – surgit, arborant un blanc d’innocence. Elle déclame un texte poignant contre le colonialisme, la bêtise humaine et la souffrance des colonisés illustrée par d’un morphing filmique passant en boucle sur les parois de la Coupole, des images sublimes et subliminales de Patrice Lumumba, Ben Bella, Bouteflika, Mandela, des moudjahidine de Novembre 1954, Eldridge Cleaver, leader des Black Panthers, réfugié en Algérie... Le tableau portant sur la réussite des Afro-Américains dans la musique universelle fut émouvant et lacrymal. Un hommage rendu au king of pop, Michael Jackson – disparu prématurément le 25 juin dernier – et ce, par le titre Blame it on the boogie issu de l’album Destiny des Jacksons en 1978, qui sera ovationné copieusement. Un ange passe dans la salle ! Un « tribute » d’un frère spirituel de Michael Jackson, Kamel Ouali ayant grandi avec la musique de l’auteur de Off the Wall et Thriller. Un autre hommage appuyé à l’endroit de Mama Africa, Miriam Makeba, avec une reprise chatoyante de Pata Pata.

Le Brésil, avec sa luxuriante et joviale samba, exerce un effet bœuf sur le public. Les danseurs et autres voltigeurs de capoera sont des poissons-volants fluo en lévitation. Hallucinant ! Cesaria Evora, la diva aux pieds nus, sage et généreuse de la chanson capverdienne, gratifie son bon public par un titre très music-hall, d’une voix chagrine et câline, Sodade (chagrin). Un autre grand moment fort sera celui où Youssou N’dour interprétant It’s Africa calling (c’est l’appel de l’Afrique). Et cet appel sera très écouté de l’enfant terrible et de la balle de Dakar, Sénégal. Ainsi que Warda El Djazaïria, qui fera fort avec une chanson très « tarab arabi » du pays de Oum Kalsoum et Oum Eddounia parlant d’un chagrin d’amour existentiel. Elle subjuguera ses fans avec le hit Haramt Ahibek, qui lança la mode de la jeel music (pop égyptienne). Mais le bouquet final est signé par Larbi Dida – ex-Raïna Raï et ONB – qui embrase la Coupole avec le fameux instrumental très « dance » intitulé Aloui, tout juste sorti des Ouled N’har ou M’sirda, près de Maghnia. Du coup, c’est la fête à casser la baraque ! Celle de l’Afrique ! Tout le monde danse et s’éclate. Un finish d’espoir et d’espérance des Etats unis d’Afrique. Une belle photo de famille : Cesaria Evora, Isabelle Adjani, Youssou N’dour, Warda El Djazaïria, Kamel Ouali et Larbi Dida se tenant la main, entourés de jeunes artistes africains. Une sacrée union ! Et comme dirait Youssou N’dour : It’s Africa calling (c’est l’appel de l’Afrique !)...




Par K. Smaïl
Article intégralement repris sur le site elwatan.com

2 commentaires:

fredjani a dit…

Wow, c'est effectivement surprenant que les médias français n'aient pas du tout parlé de cette cérémonie d'ouverture, tant de talents réunis, ca ne passe pas inaperçu...
J'avoue que j'aurais adoré voir ce spectacle et pas que pour Isabelle, tant la description faite par le journaliste d' el watan donne l'eau a la bouche...
Pour une seconde édition, c'est très fort ...
Par ailleurs ayant vu le spectacle de Khamel Ouali en juin dernier (cleopatre), je ne suis pas surpris qu'il ait encore réussi qqchose de grandiose, il a un talent énorme pour transcender chaque artiste, le (ou la) magnifier dans des scènes spectaculaires ...
Arte devait s'en faire l'echo, mais je n'ai rien vu de tel...

Anonyme a dit…

oui, dommage de ne pas avoir bénéficié d 'une diffusion sur les chaines françaises! hélas!a

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