8 mars 2009

Télé moustique du 4 mars 2009




La star proclame ouverte La journée de la jupe dans laquelle elle prend en otage une classe d'ados. Pour elle, au-dessus de tout, c'est encore le minimum. Conversation.


L'ambition et la réussite n'étaient pas ma raison de vivre; pourtant, en même temps...

Isabelle Adjani est de retour. Est-ce une bonne nouvelle?



 Pour ses admirateurs, sans doute, même s'ils s'accordent à dire que ses récents choix artistiques (qui sont aussi la preuve de sa liberté) ont été plutôt déroutants. Si son incarnation de Marie Stuart reste l'une des plus commentées de la saison théâtrale 2006-2007, ses derniers rôles au cinéma (La repentie de Laetitia Masson, Bon voyage de Jean-Paul Rappeneau) sont loin d'avoir la puissance de ceux qui ont forgé le mythe Adjani. Celle qui fut d'une fulgurance dévastatrice dans L'histoire d'Adèle H, Possession, L'été meurtrier, Mortelle randonnée, Camille Claudel, La reine Margot - une énumération qui ressemble à une masterclass - revient par le petit écran. Une première fois, l'an dernier dans Figaro de Jacques Weber, une nouvelle fois, cette année, dans La journée de la jupe, téléfilm de Jean-Paul Lilienfeld, diffusé (avant sa sortie en salles) dans le cadre d'une soirée spéciale autour de la Journée de la femme.

Isabelle Adjani, de retour à la télé. Est-ce réussi? Oui. Ancré dans la réalité d'aujourd'hui, le scénario est percutant et servi par une actrice qui a clairement laissé le glamour de son statut au vestiaire. L'histoire d'un prof de lettres dans un collège explosif de la banlieue parisienne. "Les ados m'ont tout de suite appelée Madame, confie Adjani. Parce que je me suis plantée devant eux comme une prof de français, pas comme une actrice. La plupart d'entre eux ne savaient pas qui j'étais." Vivant de plus en plus mal la discrimination dont sont victimes les filles et le racisme de certains élèves, son personnage décide - arme au poing - de prendre en otage sa classe... Parmi ses revendications: la création d'une journée de la jupe, vêtement de plus en plus difficile à porter pour les filles des quartiers. "Au-delà du personnage de prof qui pète les plombs, j'ai surtout été frappée par la justesse du constat social", poursuit l'actrice. Présenté au dernier festival de Berlin, le film montre le désarroi des profs et aborde, de front, des questions sensibles comme l'intolérance religieuse et la violence sexuelle.

Ado élevée dans une banlieue difficile à Gennevilliers, Isabelle Adjani a le souvenir d'une plus grande liberté. "On a le sentiment d'assister à une sacrée régression, poursuit-elle. Malheureusement, c'est peut-être là qu'on mesure toutes les conséquences des situations post-coloniales. Aujourd'hui, les adolescents des banlieues ne savent pas toujours qui ils sont ni d'où ils viennent." De retour au sommet de son art, Adjani est bouleversante dans ce film où personne ne l'attendait.
"J'espère ne jamais perdre le caractère passionnel de l'amour dans le jeu, explique-t-elle. Pouvoir jouer des personnages qui puissent encore - même si c'est un attribut de la jeunesse - avoir de l'amour fou à exprimer. Mais à vivre, c'est terminé totalement. Cette juvénilité amoureuse, c'est du romantisme à l'état pire... à l'état pur, pardon." Et de rire de son lapsus - révélateur, forcément, et génial, tout simplement.

"Quelqu'un qui vous veut du bien"
Souvent violente dans son interprétation, souvent dans les jupes (!) de femmes incendiées, la star a, elle-même, vécu dans les flammes de l'amour. "Aujourd'hui, dit-elle, je pense que ce dont je ne me suis pas rendu compte - je n'ai pas voulu l'admettre plus exactement -, c'est que lorsqu'on est violemment distrait par sa vie amoureuse, c'est-à-dire plongé dans des tourments, on ne peut absolument pas penser à soi et à son travail. Je me situe exactement dans l'antithèse: je veux me concentrer sur mon travail. Ce qui m'importe, c'est la paix. Paix du ménage, paix chez soi, paix en soi, qu'on me fiche la paix, qu'on protège ma paix. Sans cette paix, je ne peux envisager une relation. Les amours dérangées dérangeantes, c'est fini, et j'en suis heureuse. Je cite Sagan: "Quelqu'un qui vous aime est quelqu'un qui vous veut du bien." Il faut s'arrêter à cette phrase. J'envie les femmes qui comprennent ça très jeunes."

Une immense capacité à aimer, un immense talent à ouvrir les bras et à se laisser aimer jusqu'à la fatigue ou à la résignation. Cela doit faire beaucoup de souvenirs, beaucoup d'images, beaucoup d'étreintes. "C'est périlleux de faire l'inventaire de sa vie amoureuse, poursuit-elle. Lui, lui et lui (elle rit). Je ne fais pas partie des femmes qui ne se souviennent plus qu'elles ont eu certains hommes pour amants et qui se rappellent brusquement au milieu d'un dîner qu'elles ont bien connu le monsieur assis de l'autre côté de la table (elle rit). Cela dit, je suis toujours du côté des femmes s'il y a une embrouille. S'il faut quitter un homme pour soulager la douleur d'une autre, je m'en vais... Je n'en connais aucune qui peut me reprocher ça. Je suis loyale. Et puis, j'estime qu'un homme qui vous met dans une situation où une autre souffre est un homme qui ne vous a pas dit toute la vérité. Même si l'on peut être habile à certains moments pour défendre sa cause amoureuse, se saisir de tous les prétextes et les inventions, l'amour doit s'accompagner d'une vérité suffisante. On souffre déjà bien trop comme ça."

On souffre et on ne maîtrise pas tout, même lorsqu'on a pour soi les armes de la beauté, et le pouvoir de décider ce que l'on va faire de sa vie. Isabelle Adjani sait qu'avant d'aller là où elle voulait aller, il lui a fallu se retourner sur là d'où elle venait. "Quand j'ai débuté, adolescente, poursuit-elle, comment croire ces étrangers qui répétaient que j'étais magnifique alors que je ne l'avais jamais entendu avant? Enfant, j'ai partagé le mal-être de mes parents, ce mal-être de se retrouver dans une vie dont ils n'avaient pas eu la maîtrise, de se laisser faire, de se laisser imposer un destin. Je me demande souvent à quel moment ils ont décidé que c'était leur sort de s'effacer."

Image d'enfance
"Pour moi, se souvient l'actrice, l'image la plus forte dans le peu de choses que l'un et l'autre m'ont racontées, c'est celle de ma mère enceinte de moi quand ils ont été engagés par des gens aisés pour partir aux Etats-Unis, ma mère comme femme de chambre, mon père comme chauffeur jardinier. C'est mon "Sabrina" à moi (elle rit). Tout était réglé, ils devaient prendre le bateau pour New York, mais ma mère a eu peur à la dernière minute et a convaincu mon père de renoncer. Cette passerelle, ils ne l'ont jamais fait exister, et je sais - rien ne me prouve que ce que j'avance est vrai, mais je le sais au fond de mon être - je sais que c'est là que tout s'est joué: ils ont abandonné, le rêve était perdu. L'idée qu'ils aient pris cette décision quand j'étais dans le ventre de ma mère... Je me dis que, malheureusement, je n'ai pas dû perdre une miette de la conversation! (Elle sourit.) Cette image de mes parents me bouleverse..."

Quant à elle... partir? L'Amérique? On se souvient de cette malheureuse aventure hollywoodienne qui portait le titre d'Ishtar et fut, aux côtés de Warren Beatty et Dustin Hoffman, l'un des bides de l'année 1987.
"Peut-être que j'aurais été plus à l'aise en Amérique, se souvient-elle. Cela frise l'anomalie, l'inconscience avec laquelle j'ai pu refuser certaines opportunités glorieuses. Cela prouve aussi à quel point l'ambition et la réussite n'étaient pas ma raison de vivre. En même temps, j'aime faire des choses qui rayonnent et je connais parfaitement mon affaire. A un moment donné, j'ai dû avoir peur. J'ai un peu habité entre New York et Los Angeles et j'ai eu le mal du pays. Toujours la décision de ma mère (elle rit). Pourtant, ce n'est pas un métier qu'il est si facile de faire en France. J'ai réussi seule, sans l'aide de personne, ni celle de ma famille ni celle d'un homme, et sans argent. Ce qui m'intéresse aujourd'hui, c'est de prendre le pouvoir artistique: des options sur des romans, initier des projets, tourner, faire du théâtre. Etre une battante. La peur d'entreprendre m'a quittée..."

Héritage positif
Si ses parents ne sont jamais montés sur cette fameuse passerelle, a-t-elle pour autant le sens du passage?
"Cette passerelle que mes parents n'ont pas empruntée, j'ai l'impression de l'avoir mise en place à la naissance de Gabriel Kane, mon second fils, explique-t-elle. Son père est Anglais, il est né à New York. Ce n'est sans doute pas innocent. Je lui ai transmis l'héritage positif du rêve perdu de ses grands-parents. C'est une façon de rompre avec la dépression familiale, avec ce côté "Je n'y arriverai pas" qui a tant pesé sur mes épaules, cette fatalité dont il faut s'extraire pour vivre. Mon fils, lui, a l'énergie de tous les possibles. J'ai moins favorisé ça chez l'aîné, à qui j'ai transmis mes hésitations. C'est un artiste, un musicien. J'ai confiance en lui. Je sais qu'il fait exister son désir et je ne crois pas qu'il se pose de mauvaises questions."

Si son moteur n'a jamais été la revanche sociale, peut-être fut-il cette inconscience qui fait avancer ceux qui ne voient pas qu'ils marchent vers le succès.
"J'ai conservé intacte une joie de vivre, comme ces gens qui disent qu'ils vont très bien, alors qu'ils sont à l'agonie, conclut Isabelle Adjani. Cela demande beaucoup de courage et de force de ne pas s'affaler dans la confidence. Mais j'ai autre chose à faire aujourd'hui: m'organiser est le maître mot. Quand vous êtes organisée, vous trouvez le temps pour tout. Le temps n'est pas mon ennemi, mais il y a toujours eu une grande incompréhension entre lui et moi. Lorsque l'on a vécu comme moi sans l'esprit de propriété, sans tout ce qu'il faut d'enracinement, cela donne l'impression d'un éphémère permanent. L'éphémère n'est plus une menace d'arrêt ou d'interruption, c'est une permanence infinie. Tant que vous ne vous êtes pas posée, c'est que vous n'avez pas trouvé. Vous êtes donc en quête. Vous marchez, agile, légère, la vie reste devant vous. Je suis partagée en moi entre celle parfaitement ancrée dans la vie réelle, celle qui n'a jamais failli à son rôle de chef de famille étendue, et l'autre, celle qui n'aime que les moments dématérialisés que la société d'aujourd'hui juge parfaitement inutiles: le temps du recueillement, le temps du chagrin ou le temps du rêve."

Texte: Sébastien Ministru, Laurent Van Roey
Interview: Richard Gianorio/Le Figaro

Crédit texte: Richard Gianorio/MF/Van Parys
Crédit Photo: André Rau/MF/Van Parys

La journée de la jupe
Mardi 10 mars La Une 20h20
Vendredi 20 mars Arte 20h45


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