30 mars 2009

31 mars 2009 : Tchat avec Isabelle Adjani



SCOOP SCOOP SCOOP SCOOP

Aussi incroyable que cela puisse paraître Isabelle Adjani sera "parmi nous" demain après-midi à 17h (mardi 31 mars), puisqu'elle sera sur le tchat du site Le monde .

Vous pouvez déjà préparer vos questions.

C'est un magnifique cadeau qu'isabelle fait là à ses fans .

Rendez-vous est pris !

...
Quel moment merveilleux, nous avons passé : 1 heure ! J'ai eu l'impression qu'il s'était écoulé 5 minutes.
Des questions vives, intelligentes, et des réponses à la hauteur . Du "grand" Adjani ! Des réponses sincères, complètes,parfois longues avec toujours un brin d'humour .
Un ensemble en tout cas de très bon niveau, qui pourrait rivaliser avec certaines interviews lues durant ces semaines précédentes...
Il faudrait que ce tchat s'instaure chaque semaine !!! Je plaisante...
Laissons le temps à Isabelle de finir la promotion de cet excellent film ...et de tourner...tourner ...tourner...
Merci au Monde, merci à Télérama, et un grand merci à Isabelle Adjani au nom de tous les lecteurs pour ce grand moment de partage !
Fredjani

Retranscription du Tchat :

L'actrice, qui a fait son retour dans "La Journée de la jupe", de Jean-Paul Lilienfeld, était en direct sur Télérama.fr pour dialoguer avec les internautes. Voici la transcription de ce tchat riche et très suivi.

Niels : A l'heure où le discours des intellectuels s'efface derrière le « show politique », quelle doit être selon vous la place de l'acteur citoyen dans le concert médiatique ?

Isabelle Adjani : L'idée, c'est d'être présent et on est devenu un peu par la force des choses des porte-parole, des médiateurs, parfois même des fédérateurs ou, pourquoi pas, des pacificateurs. Quand je dis être présent, évidemment je parle de notre travail en priorité, à travers des oeuvres citoyennes en elles-mêmes. Quand par exemple Vincent Lindon s'engage avec Welcome, il est tenu de prolonger son engagement, de l'accompagner avec la sortie du film, et il ne se réfugie en rien derrière son statut d'acteur. Et j'ai eu beaucoup d'émotion à le voir grandir de façon militante quasiment, lors de ses interviews et de certains talk-shows, particulièrement en présence d'Eric Besson. Si nous sommes des bouffons, autant que nous soyons ceux du roi !

Eloïse : Qu'est-ce qui a motivé votre décision de faire La Journée de la jupe ?

Isabelle Adjani : D'abord en tant qu'actrice la force du personnage dans une situation qu'on peut qualifier de paroxystique et dans le cadre du traitement d'un sujet brûlant, très touchy et parfaitement non consensuel. J'aime bien les challenges un peu casse-gueule s'ils sont nourris par un script bien architecturé, et là c'était le cas.
Je me sentais concernée en tant que citoyenne, parent d'élève et mère, et ça m'intéressait de provoquer un peu –en tout cas j'espérais que ce serait le cas – une polémique en prenant fait et cause pour une laïcité pure et dure, entre autres, dans les thèmes abordés par le film. Mais ils sont nombreux dans le film de Jean-Paul Lilienfeld.

nadalito : Comment situeriez-vous votre film par rapport à Entre les murs de Laurent Cantet?
Isabelle Adjani : Comme une espèce d'antithèse à la bien-pensance pédagogique compassionnelle qui existe avec talent dans le film de Laurent Cantet. Je ne pense pas qu'on s'oppose, mais qu'on se complète et que l'important c'est d'être d'accord sur les désaccords.

Remi : Faites-vous beaucoup de recherches avant d'incarner un rôle ou travaillez-vous à l'instinct ?

Isabelle Adjani : En général les deux, mon capitaine ! Mais là, c'était vraiment à l'instinct. Pas le temps de faire autrement. Et puis il s'agissait de foncer après avoir pris des repères. On a tourné à un rythme assez forcené, mais la tension a été porteuse.

amandine_2 : Si vous n'aviez pas été actrice, qu'est-ce que vous auriez fait ?

Isabelle Adjani : Tout ce qui aurait pu me priver d'attirer l'attention sur moi. J'ai pensé à être juge pour enfants, à travailler dans l'humanitaire. Je voulais m'oublier pour m'occuper des autres. C'était vocatif pour moi et j'aurais très bien pu, d'ailleurs, en continuant mes études, devenir enseignante, pourquoi pas prof de français ou de philo.

Lycane : Quelle est le film dont vous êtes la plus fière?

Isabelle Adjani : La plus fière, je pense à Camille Claudel, car on a été les concepteurs, les géniteurs de ce projet, avec Bruno Nuytten. On y a mis tout notre coeur et toutes nos convictions artistiques dès le départ. On n'a jamais lâché. Et c'était une expérience absolument magnifique de bout en bout. C'est la magie du projet intègre.
La moins fière, ça concerne les films que j'ai faits en me disant : « Il faut que je me mette au travail. Après tout, pas besoin d'être passionnée, c'est un job comme un autre ». Ça n'a jamais marché pour moi de penser en ces termes, ce n'est pas un job comme un autre. C'est même plus qu'une profession, une profession de foi. Faire L'année prochaine si tout va bien ou Toxic affair ne m'a rien apporté. Et c'est toujours très démoralisant.

Lili : Est-ce un hasard inconscient, ou retrouvez-vous toujours ce besoin, en vous, de restituer la place de la femme dans une société qui la maltraite ?
Isabelle Adjani : Je ne réfléchis pas, je dois dire, de façon sociologique quand je choisis de me lancer dans un projet de cinéma ou de théâtre. Je ne me pose pas de questions philosophiques même si j'ai en moi une philosophie spontanée de la nature féminine, et je crois que je suis très sensible au destin des artistes femmes autant qu'à celui des femmes ordinaires, car aucune n'échappe à des situations exceptionnelles. Mais il est vrai que j'aime avec toute ma passion défendre toutes les formes de vie d'une femme : sociale, intime, etc.

raoul2 : Pourquoi vous voit-on si peu souvent à l'écran ?

Isabelle Adjani : Je ne me rends pas compte du temps qui passe, pour commencer. Ensuite, je suis très prise par ma vie personnelle, sentimentale, familiale. Ça dépend des années, ça dépend des circonstances. Et je n'ai jamais choisi de me couper de la réalité pour un film.

Mais j'aimerais parfois me donner les moyens, la liberté, de tourner plus souvent. Je me rends compte à quel point cela me manque quand je suis au travail... mais jamais quand je n'y suis pas.

Niels : Jamais vos admirateurs ne vous ont vu aussi présente sur des plateaux de télévision, à la radio, dans la presse. Votre relation aux médias s'est-elle décomplexée ?
Isabelle Adjani : Je n'aime pas prendre la parole sur un plateau de télévision comme si j'étais dans mon salon. Je donne beaucoup d'importance à la prise de parole. Il faut qu'elle ait du contenu, que ce soit moi qui parle ou que j'écoute quelqu'un d'autre pour qu'elle m'apparaisse comme légitime. C'est une responsabilité qui m'engage et qui engage les autres.

Je n'aime pas trop les talk-shows où tout le monde y va de sa bonne blague, de sa super-repartie et de son esprit de joyeux luron. Ça me fatigue. Je suis, j'espère, libre de venir m'exprimer ou non. Je l'ai fait avec La Journée de la jupe parce qu'il s'agit d'un film social qui a besoin d'ambassadeurs. J'espère rester complexée devant ce qui ne me plaît pas.

Ines_2 : Quelle a été la scène la plus difficile à tourner dans La Journée de la jupe ?
Isabelle Adjani : Ce n'est pas une scène en particulier, c'est la tension que je faisais subir à travers mon personnage aux enfants en les invectivant et en les agressant, même, qui me pesait, qui me coûtait. Je déteste crier sur des enfants ou des ados. J'avais plutôt envie de les materner que de les engueuler. Mais si j'avais fait ça, il n'y avait plus de film, et il fallait qu'on fasse du bon travail ensemble, ce qui a été le cas.

Lycane : Vous sentez-vous proche d'une religion ? Ou au contraire vous définiriez-vous comme une laïque pure et dure?

Isabelle Adjani : Je crois qu'on peut être croyant tout en défendant la laïcité sans aucune ambiguïté. Dans l'espace de l'école, la laïcité est une nécessité, une obligation civique. On ne devrait pas avoir à compter sur la religion pour niveler les différences, les faire disparaître. La solidarité me paraît un meilleur moyen de communiquer.

amandine_2 : Meryl Streep dit quelque chose comme « les acteurs passent plus de temps à se mettre en scène qu'à être mis en scène ». Que pensez-vous de ça ?

Isabelle Adjani : C'est intéressant, parce qu'elle doit parler d'un espace mental, peut-être. Car avec l'expérience, on apprend à faire exister son personnage à travers un langage corporel et une façon d'être, de regarder, d'écouter qui est à la fois indépendante de la direction d'acteurs – qui n'est d'ailleurs pas toujours au rendez-vous selon les metteurs en scène – et peut néanmoins s'accorder avec les indications qui nous sont données. Moi, j'aime cette idée car cette façon de se mettre en scène est souvent silencieuse, si discrète que personne ne le sait ni ne le remarque... sauf peut-être des gens présents sur le plateau très sensibles au travail de l'acteur et très expérimentés.

Seabye : Etes vous plutôt première prise ou dixième prise ? Ou c'est le metteur en scène qui décide ?

Isabelle Adjani : Les deux. Il m'arrive de savoir que la première restera la première, même si on en fait vingt. Mais il m'arrive aussi de réclamer plus de prises selon ce que je recherche. Le metteur en scène est souvent d'accord, sauf s'il ne comprend pas ce que j'essaie de faire, de trouver. Mais je m'adapte à ces deux méthodes de travail qui varient selon le metteur en scène : peu de prises ou beaucoup.

tomtom : Quel grand personnage historique rêveriez-vous d'incarner à l'écran? Et que pensez-vous de la mode actuelle du biopic ?
Isabelle Adjani : Je suis très biopic. Je n'ai pas attendu que ce soit une mode pour m'y mettre en tant qu'actrice. Je trouve toujours passionnant d'entrer en contact biographique et imaginaire avec un « autre » qui, lui, n'est pas imaginaire et de se transformer en laboratoire pour étudier, restituer, déconstruire pour mieux sculpter une incarnation à la fois la plus juste possible et inévitablement loin du code génétique de votre modèle.

nolito : Vous brandissiez des lames dans Possession, et teniez déjà une arme dans Mortelle randonnée. Comment joue-t-on avec une arme ?

Isabelle Adjani : Tout dépend de la façon dont votre personnage est censé savoir la tenir, cette arme. Moi, je n'ai jamais jusqu'à maintenant joué une meurtrière professionnelle ou une commissaire de police. J'ai toujours été « amatrice » et j'ai hâte d'avoir l'occasion de m'entraîner sérieusement pour faire croire à une virtuosité CIA du poignet !

isalvover : Que pensez vous des ados d'aujourd'hui, comme ceux que vous aviez en face de vous pendant le film ? Trouvez vous qu'ils ressemblent à l'ado que vous étiez ? Quelles sont les différences majeures et qu'en pensez vous ?

Isabelle Adjani : C'est une autre époque dans le film. C'est aujourd'hui, et aujourd'hui, c'est beaucoup de violence. Moi, j'étais une adolescente rêveuse et méditative et la violence, je ne la vivais qu'à travers les sentiments des héroïnes de mes romans préférés. Ces ados ont la vie dure, même ceux des quartiers nantis qui ont la vie belle, je les sens perdus, que ce soit dans la cité ou dans le 16e arrondissement. Je dis toujours que notre société est trop narcissique et a tendance à abandonner ses enfants en leur consacrant moins de temps, en se souciant moins d'eux, de leur croissance sur tous les plans, que des gratifications immédiates, justement celles qui font oublier que nous sommes des parents et que nous devons être là pour eux. Je suis très inquiète pour le devenir de cette génération et je trouve que nous blessons leur système de confiance à être ainsi démissionnaires auprès d'eux.

phil34 : Le fait que votre père était d'origine algérienne vous met-il à l'abri des soupçons de racisme sur un type de sujet aussi délicat que La Journée de la jupe ?

Isabelle Adjani : On n'est jamais à l'abri de rien quand on expose sa vérité. Je suis très fière et attachée aux origines de mon père et tout à fait consciente qu'avec les petits monstres racistes, on joue à Ghostbuster. Ca fait partie de ma vie, de mon destin, et j'en souffre si peu en comparaison avec d'autres. Mais la malveillance raciste vous suit toujours comme une ombre qui que vous soyez, d'où que vous veniez, si quelque chose en vous est « autre » et vient d'« ailleurs ».

nabab : Entre La Reine Margot, il y a 15 ansn et La Journée de la jupe, vous n'avez tourné que dans six films. Si une part de votre aura d'actrice tient à votre beauté peu conventionnelle, votre rapport au temps – à l'âge – n'est-il pas aussi une des raisons de votre rareté ?

Isabelle Adjani : Mon rapport au temps, il est « zarbi », donc il n'y a plus rien à dire, c'est comme ça. Je ne vis pas dans le spatio-temporel politiquement correct de ma profession, de mon milieu. Et franchement, si c'était mon rapport au temps chronologique, c'est-à-dire à celui qui passe en vous faisant vieillir, qui était une des raisons de ma rareté, je serais vraiment en super-contradiction avec moi-même, car si je veux rester jeune, il vaudrait mieux que je me grouille, non ?

Remi_1 : Y a-t-il, lorsque l'on incarne un personnage à bout de nerfs comme le professeur Bergerac, un risque de surinvestissement émotionnel ou, au contraire, est-ce que jouer de telles situations tragiques est cathartique?

Isabelle Adjani : Cathartique, non, ça ne fait ni du bien ni du mal d'y aller sans retenue quand c'est indiqué... et là, dans La Journée de la jupe, c'était indiqué à toutes les pages dans le scénario. Ce métier pour moi, c'est une prise de risques, sinon je le trouve plutôt ennuyeux et répétitif. Alors il me faut toujours un capital « surprise » pour moi et pour les autres, et c'est vrai que dans ce film-là, l'émotionnel à cru est un lynx dans le moteur !

richard : Patrice Chéreau a monté Phèdre sans vous, mais cela signifie-t-il que vous ne jouerez jamais Phèdre, ou Bérénice, ou Andromaque, ou plus tard Agrippine ? Le rendez-vous manqué avec Chéreau au théâtre est-il définitif ?
Isabelle Adjani : Vous me posez la même question que mon psychanalyste. Lui aussi s'inquiète. « Et Racine, dans tout ça ? Vous n'allez tout de même pas nous en priver, vous en passer ? » Donc c'est le sujet régulier de mes séances. Voulez- vous y participer ? J'en touche un mot à mon psy ? En tout cas, c'est un rendez-vous, même s'il n'est pas encore pris avec un théâtre, qui l'est avec moi-même, ne vous en inquiétez pas si c'était le cas. Et merci.

Poeme_1: « Elle meurt à la fin »... Que peut faire une femme, aujourd'hui, pour ne pas mourir de machisme, sexisme, mysogynie ?

Isabelle Adjani : Prendre des antidépresseurs associés à des anxiolytiques. Sinon, ça ne marche pas. Et puis il y a une littérature abondante à ce sujet qui peut aider. En tout cas, moi, elle m'a aidée... Et puis la résistance à tous les étages !

nolito : Quel est votre plus grand espoir ?
Isabelle Adjani : A part que Barack Obama quitte Michelle pour m'épouser, je ne vois pas ! Je suis une grande « espérante » mais j'ai toujours à l'esprit qu'avoir de l'espoir peut être une promesse de déception.

Télérama.fr : Le tchat touche à sa fin... Un dernier mot avant de nous quitter ?

Isabelle Adjani : C'était un baptême pour moi, je n'ai jamais tchatté avec personne, car je suis une internautiste. Mais vous m'avez soignée d'un coup d'un seul avec cette rampe de lancement qui m'a été offerte. C'était un bon moment, stimulant et frustrant à la fois, parce que j'adore la conversation et là, il faut aller vite, et aussi parce que j'adore prendre le temps avec les mots et là, ils doivent fuser et taper dans le mille. Alors à la prochaine fois !

5 commentaires:

Anonyme a dit…

il y aura beaucoup de fans ,au rendez-vous,j'aurais aimé t'y voir ,si ton emploi du temps, te le permet,peut-être....a

Anonyme a dit…

Ach... J'arrive après la bataille !


Je vais voir si les retranscriptions du tchat sont disponibles ! Ca c'est du scoop en tout cas !
Bravo ! Ca doit faire beaucoup de bien d'avoir eu ce petit tchat de 5 minutes !!

Zorig

:-)

Anonyme a dit…

Beaucoup aimé ce moment d'échanges et la qualité des questions.Le rapport singulier au langage qu'Isabelle Adjani entretient sans doute depuis son enfance (c'est ce que j'entends d'elle dans ses premieres inteviews)m'enchante toujours.Un mélange de précision, de jeu habile et personnel avec les mots, d'humour.Son univers, sa pensée sont dans son phrasé.C'est toujours joli à écouter même à la lecture.Elle est née dans les livres aussi.Je serais ravie qu'elle réitère l'exercice.
karine

Anonyme a dit…

http://www.telerama.fr/cinema/isabelle-adjani-je-ne-me-rends-pas-compte-du-temps-qui-passe,41240.php


Le voilà !

Anonyme a dit…

Superbe échange. Merci Fred
jluc31

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