20 mars 2009

Ouest france.fr, interview JDLJ


Isabelle Adjani de retour, l'arme à la main

Six ans après Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, Isabelle Adjani revient sur le grand écran. Un revolver à la main dans La journée de la jupe. Un traitement politiquement incorrect de la violence à l'école qui a séduit l'actrice.
« On ne fait pas dans le mou ! » Isabelle Adjani savoure un coeur de laitue croquant à une table d'un paisible palace parisien. Mais pense surtout à son film: La journée de la jupe. L'histoire d'une prof de français qui finira avec un flingue dans les mains face à ses potaches insubordonnés : « Un traitement non conventionnel et politiquement incorrect d'un sujet fort. » Le scénario l'avait séduite, Jean-Paul Lilienfeld, le metteur en scène, l'a convaincue : « C'est traité sans idéalisme ni angélisme. Et pas de morale à quatre sous. On n'est pas là pour donner des réponses. »


Pas de réponses certes, mais des questions qui fâchent. Et qu'elle se pose elle aussi, dans le « civil ». Parce que si, à 28 ans, l'aîné de ses deux fils arpente d'autres terrains, le cadet, 13 ans, est toujours collégien dans un établissement privé. Parent d'élève, « avec un instinct maternel qui ne s'arrête pas à mes enfants », elle observe. Elle analyse. Elle s'inquiète de voir une génération d'adolescents « en conflit avec la notion d'être enseignés ». Et ces profs condamnés à faire tous les métiers, sauf le leur : « Ils sont assistante sociale, psychologue, planning familial, médiateur et tout ce qu'on veut. »

C'est le monde à l'envers. Un système qui a fait faillite : « Un enfant qui décide de travailler à l'école devient un enfant courageux et valeureux ! » Elle pense notamment à toute la génération issue de l'immigration, laissée « en pleine déshérence identitaire », alors qu'il faudrait peut-être valoriser ses origines : « ça m'écorche la bouche de le dire, mais si vous avez un nom à consonance maghrébine, ça pose problème. »

Elle le mesure au sein de l'association « Enfants sans danger », dont elle est la marraine, et qui combat la pédophilie cybernétique, mais aussi dans son rôle de mère, celui qui lui tient le plus à coeur : « Je travaille moins que les autres parce que je passe beaucoup de temps chez moi. » Partir au loin pendant trois mois pour un tournage, elle n'ose même pas y penser : « Je ne sais pas comment font les actrices. Elles ont peut-être à la maison un mec formidable qui tient le gouvernail quand maman n'est pas là. C'est génial. »

Pourtant, l'envie chez elle est intacte. Elle picore dans une assiette de fruits des bois, la gourmandise lui revient : « Je vais essayer de m'organiser pour l'année à venir parce que j'ai pas mal de projets. » Des livres sur lesquels elle a pris des options, mais dont elle ne veut pas encore parler.

« Actrice ? Une profession de foi »

De quoi enrichir une filmographie qui pourrait être plus fournie : « Je me suis parfois retrouvée trop ressemblante à certains personnages que j'ai interprétés. C'est-à-dire exténuée par la passion amoureuse. » D'où quelques rendez-vous manqués pour des aventures marquantes : « Je ne me suis pas lancée comme l'aurait fait toute ambitieuse qui se respecte. »

En vain, entre fraise et framboise, elle cherche le goût du regret. La réussite a un coût, humain, que son tempérament refuse de payer : « Il ne faut penser qu'à soi, du matin au soir. On bosse pour sa pomme, on s'imagine devenir la reine du monde, et voilà. »

Elle n'a pas la sensation d'être passée à côté d'une quelconque grande composition, ces dernières saisons. Vraiment pas de regret ? « Mais c'est terrible, ça ! Pourquoi voulez-vous que je travaille autant ? C'est gentil, mais c'est là que je ne suis pas comme les autres ! » Avec « une certaine inconscience du temps qui passe, si ce n'est pas cette fois-ci ce sera la prochaine », elle n'a jamais craint d'être oubliée, en attente de voir la flamme se ranimer : « Actrice, j'ai toujours pensé que c'est une profession de foi plus qu'une profession tout court. Il faut vraiment que j'y croie pour y aller. »

Il y a aussi son histoire, nourrie de rencontres, de hasards et de désirs, sans qu'elle n'ait jamais rien eu à provoquer. « On est venu me chercher à l'école pour mon premier film, » se souvient-elle. Le Conservatoire, la Comédie-Française, « j'ai tout de suite eu le Graal. » Quand même, on l'imagine bien travailler avec un Jean-Pierre Jeunet ou un Alain Resnais. Elle ne dit pas non, mais elle ne fera pas le premier pas : « Parce que j'ai été très gâtée dès le début, justement. Pour être claire, je n'ai jamais dragué qui que ce soit. » Elle se satisfait de se faufiler entre ceux qui s'en tiennent « à leur liste d'acteurs box-office » et ceux qui croient que « je n'ai plus envie de travailler ».

« Mon ambition, c'est l'envie que l'on sorte le moins indifférent possible de ce que je fais. Le sentiment d'avoir été utile », dit-elle dans la saveur d'une ultime bouchée sucrée.


Pierre FORNEROD

1 commentaire:

Anonyme a dit…

actrice,pas une profession,une profession de foi dit IA,c'est ainsi qu'on appréhende,quant elle joue à feux et à sang, une actrice transcendante!a

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