28 mars 2009

Exposition Lorieux

Je vous annonçais il y a 10 jours l'ouverture des portes de l'exposition de J-D Lorieux, voilà c'est fait , ca commence aujourd'hui et pour un mois...


Début des réjouissances pour les moscovites le 28 mars , jusqu'au 28 avril .

Le site ci-dessous donne ces infos :

Russia-ic




Merci à Noémie et J-D Lorieux pour cette news

3 commentaires:

Anonyme a dit…

merci;de l'info,vu le succès de l'expo à Paris,dans le pays de l'auteur du roman, il devrait y avoir un très bel écho!a

Anonyme a dit…

Ce matin dans le Parisen une interview plus politique :






« Je suis épidermiquement de gauche... »
La critique est unanime pour saluer « la Journée de la jupe », le nouveau film — superbe, violent et politique — dont Isabelle Adjani est la vedette. Pour elle, probablement un tournant.


| RéagirPropos recueillis par Philippe Duley et Dominique de Montvalon | 29.03.2009, 07h00
Ce vendredi à Paris, le salon de réception d’un grand hôtel. Dans un coin, un photographe japonais s’acharne sur un empilement de gâteaux, qu’il mitraille. Lunettes sombres et grand chapeau, surgit Isabelle Adjani. Elle s’installe à une table, demande un peu d’eau puis consulte un carnet de notes griffonnées. Elle est fière, dit-elle, de l’interview politique qui lui a été proposée, mais « impressionnée ». Alors, à tout hasard, elle a préparé quelques idées, et même une ou deux formules qui la font sourire en les retrouvant. Le photographe (avec ses clic-clac permanents) la gêne : elle demande si on ne pourrait pas déplacer…les gâteaux. Elle pose ses lu- nettes : elle ne se cache plus. Ses yeux sont superbes. Elle est extrême- ment en forme, Isabelle. Très heureuse, à l’évidence, de l’accueil qu’a reçu son film sur Arte et chez les critiques. Pour un peu, la « conversation », comme elle dit, durerait des heures : « Vous parlez trop vite, je ne suis pas habituée… » A l’en croire, la politique lui fait « horreur », mais elle en parle, elle en parle… A la façon, mine de rien, d’une Jane Fonda. Son nouveau destin d’artiste « engagée » ?

Comment réagissez-vous quand tout le monde parle avec enthousiasme de votre « retour » ?
Isabelle Adjani. A chaque fois que je fais un film, je… reviens. Ce n’est pas plus un retour qu’il n’y a eu de départ. Ce projet (NDLR : « la Journée de la jupe ») ne payait pas de mine. Il a une vraie modestie et, en même temps, une vraie puissance. On est dans une société en train de se désencombrer du bling-bling et de tous les artifices, et qui retrouve des valeurs plus authentiques…

Quelles « valeurs » ?
D’abord, la valeur de la laïcité. La laïcité, les problèmes de mixité à l’école, le sexisme, le sort réservé aux classes pluriethniques. Est-ce cela qui dérange ? Le film est bien accueilli par le public et par la critique, mais se retrouve exclu des grands ré- seaux de distribution. Veut-on l’exclusion des exclus ? En tout cas, quand on cherche à flinguer un tel film, on flingue des profs dont on ne reconnaît pas la profession, des parents d’élèves inquiets et on flingue aussi une partie de la jeunesse qui compte sur nous. Je suis sûre que si Nicolas Sarkozy savait ça, bah, au moins on pourrait compter sur lui pour nous prêter la salle de projection de l’Elysée !… (Rires.)

Ce film, ça a été d’emblée un coup de cœur ?
Cela faisait longtemps que j’avais en- vie de m’engager comme artiste citoyenne. Même si ce n’est pas trop une démarche française. Enfin, récemment, il y a eu « Welcome » avec Vincent Lindon. Sa révolte contre le destin réservé aux sans-papiers l’a fortifié sous nos yeux.

Vous-même, êtes-vous en colère ?
Non. En revanche, j’assume. A propos du film, je pourrais répondre : « Je suis actrice, je fais mon métier. » Comme le font certaines actrices qui préfèrent la neutralité. Moi, pas. Ce dossier de l’école, je le vis comme citoyenne et comme parent d’élève. Pour la première fois de ma vie, rendez-vous compte, j’ai donné une interview au magazine « Pédagogie ». Je suis disponible pour un discours citoyen. Quitte à jouer des rôles contemporains, je préfère qu’ils soient engagés. Vivre la vie d’un prof en situation de crise, c’est passionnant et sérieux.

Pour vous, la laïcité est-elle en danger en France ?
Elle est tout le temps en danger. Elle est sans arrêt provoquée, elle est challengée. En général par des arguments fallacieux. Mais c’est, en même temps, un sujet très compliqué. On m’avait demandé, il y a cinq ans, de pétitionner contre le port du voile à l’école, ce que j’ai tout de suite fait. C’était une évidence, mais l’évidence humaine n’est pas, elle, si évidente que ça. Certaines jeunes filles vivent une ambivalence très compliquée entre l’école et la maison. Quelques-unes ont dû quitter l’école, ou se sont retrouvées en porte-à-faux par rapport à leurs parents, donc culpabilisées.

Etes-vous favorable à l’idée de créer en France, sur le modèle anglo-saxon, des statistiques ethniques ?
Là aussi, c’est très, très compliqué. Je suis pour la discrimination positive et, en même temps, ça peut devenir un autre mode de ghettoïsation. Je marche donc sur la pointe des pieds. Avoir des statistiques pour permettre de mener de bonnes politiques d’intégration, pourquoi pas ? Mais connaître, ça ne doit pas vouloir dire contrôler. Franchement, si c’est pour exclure encore plus et foutre un peu plus de Français intégrés dehors, alors non !

Comment voyez-vous la France évoluer depuis votre enfance ? Le racisme recule-t-il ?
C’est plus compliqué aujourd’hui. On est avec les enfants de la troisième génération. Et les petits de 10 ans, c’est la quatrième génération. On a d’abord eu les gens qui ont été utilisés, sacrifiés, oubliés. Je songe à mon père (ma mère est allemande). Ensuite on a des gens qui ont essayé de faire en sorte que leurs enfants puissent avoir accès à tous les métiers, tous les statuts. Mais des gens sont interpellés sur la consonance maghrébine de leur nom. Ils ne trouvent pas de travail, même avec un bac + 5. Et on se retrouve avec des enfants — ce sont d’ailleurs les enfants du film—qui sont dans une révolte qu’eux-mêmes ont de la peine à identifier mais que j’interprète, moi, comme une quête d’identité sociale. Ils sont français, entièrement français. Mais ils ne sont pas que français non plus : ils ont leurs origines qui ne sont jamais valorisées et, au contraire, conspuées, stigmatisées même. La revendication de leurs grands-parents, c’était : on s’installe ici, on se fait remarquer le moins possible, on va se construire une vie. Pour eux, c’est raté. Donc, il y a le besoin, au nom de l’honneur familial, de restituer à leurs parents et leurs grands-parents la place que ces derniers avaient cru pouvoir obtenir dans notre société.

Lors du match France-Algérie, ils sifflent « la Marseillaise »…
C’était une façon de dire : ce n’est pas nous, c’est les autres parce que vous nous avez mis à l’écart. Pourtant, la plupart ne connaissent pas l’Algérie : ils n’y sont jamais allés. Ils sont français. Il va falloir trouver un moyen de leur redonner confiance.

Que pensez-vous de Rachida Dati ?
Ce n’est pas juste pour une femme qui sait apprécier les belles choses d’être assignée à résidence place Vendôme pour y travailler alors que s’y promener, c’est quand même plus drôle ! (Sourire.)

Vous la trouvez sympathique ?
Ça dépend des moments. En tout cas, c’est important pour notre société que des femmes d’origine maghrébine accèdent à des postes pareils. Même si Rachida Dati a suivi un chemin très individualiste, avec des objectifs parfois confus. Comme si, alors qu’elle est en charge de la Justice, donc de nous, elle partait par moments dans ses rêves.

Etes-vous de gauche ?
Je suis épidermiquement de gauche. (Eclats de rire.) Je sais : la formule est de Carla (NDLR : Bruni-Sarkozy). Suis-je de droite ou de gauche ? Disons que je suis ambidextre ou dyslexique, ça dépend.

Quel jugement portez-vous sur Nicolas Sarkozy ?
On est tous d’accord pour penser qu’il est un petit peu autocrate, qu’il prend avec le droit et le pouvoir certaines libertés. Il agit à sa guise. C’est son côté monarquo-impérial. Sous cet angle, il est même assez gonflé, et il ne faudrait pas qu’on s’y habitue, que ça ne nous fasse que sourire et qu’on passe vite à autre chose. Car il a l’art de nous distraire : il est lancé en permanence dans plusieurs aventures. Il est beaucoup plus rapide que nous. Il est infiniment agile. Les membres du gouvernement sont des généraux qui appliquent le plan de bataille du grand maréchal. Il s’assoit sur certaines libertés individuelles. Avec la susceptibilité de l’autocrate. C’est-à-dire qu’il n’aime pas tellement qu’on vienne l’embêter en lui faisant des réflexions : « Avez-vous interrogé, monsieur le président, le comité de déontologie… ? » Ça, il n’aime pas. Il y a un formidable roman, « l’Homme pressé », de Robert Musil. Eh bien, lui, c’est le tome II. Cela dit, c’est un homme qui a un charisme réel et qui est foncièrement sympathique. Il aime vraiment les gens, même s’il donne des signes contraires.

Le pape Benoît XVI en déconcerte plus d’un...
Ses prises de position, ce n’est pas possible. Inciter les gens à ne pas utiliser le préservatif, ce devrait être passible — je sais que je suis excessive — d’une mise en examen pour crime contre l’humanité. Grâce à lui, si je puis dire, on a eu le retour des intégristes, dont un évêque négationniste. On a appris que le port du préservatif aggravait les dangers de contamination. Et puis il y a eu cette excommunication de la maman qui, au Brésil, a fait avorter sa petite fille violée par son beau-père. Le règne de Benoît XVI devait être transitoire : ça commence à durer. Heureusement, la première dame de France s’est engagée dans la lutte contre le sida : on compte sur elle pour inter- venir quand il y a des dérives comme celles de l’évêque d’Orléans, qui déclare douter de l’efficacité des préservatifs. A se demander d’où lui vient un doute aussi incongru. Entre lui et le pape, on finit par regretter l’époque des Borgia. Vous savez, quand le pape et les évêques avaient des enfants…

Qu’auriez-vous envie de dire aux Français qui souffrent le plus de la crise ?
Je ne sais pas quoi vous dire. C’est une période tellement angoissante. Il ne faut abandonner personne parce que tous ceux qu’on laissera sur le bord du chemin pourront être tentés par les pires extrêmes pour survivre. Une société digne de ce nom est toujours une société solidaire. J’espère que l’entraide nécessaire entre nous tous pour traverser la récession et la dépasser nous permettra, par la suite, de redonner de la valeur à ce qui en a vraiment. Oui, j’espère que le culte de l’argent virtuel sera définitivement derrière nous.

La crise, ce n’est pas la fin du monde ?
Bien entendu que ça ne l’est pas ! Mais quand vous n’avez plus d’argent pour faire les courses, pour nourrir les enfants et que votre mari attend son licenciement, c’est intenable. Et vous avez le sentiment qu’un monde s’écroule. Je suis donc admirative des gens qui, malgré cela, ne se laissent pas abattre et inventent de nouvelles formes de partage, d’échanges, de sociabilité. Pour moi, les artistes, en temps de crise, ont une responsabilité particulière car, dans les moments comme ça, l’art et la culture sont des gages de valeur. On est là pour les gens car la pire chose qui peut arriver à un être humain, c’est de se sentir abandonné.

Comment parlez-vous à votre fils ado de l’argent ?
Quand mon fils me dit : «Maman, tu es riche. » Je lui réponds : « Non, mais il y a suffisamment d’argent pour te permettre de vivre sans problèmes d’argent ». Je n’ai jamais thésaurisé. Je ne suis ni une femme d’affaires, ni une femme d’argent. Simplement je trouve invivable d’avoir des problèmes d’argent. Ça détruit des familles, ça détruit des couples, ça détruit des enfants. Mais je me sens très mal à l’aise pour parler d’argent : j’ai une position privilégiée. Mon rapport perso à l’argent est, au total, sans aliénation. Mes parents n’en ont jamais eu et depuis que j’en gagne, j’ai toujours pensé que l’argent, c’est un moyen, jamais une fin en soi.

A votre fils, vous dites de ne pas être esclave de l’argent ?
Pour moi, un enfant qui se construit sur la facilité que l’argent procure, c’est un enfant déjà perdu. Je vis dans une sorte de résistance au quotidien. Les marques, non, il le sait. Sauf au moment de Noël et des anniversaires. Sur le plan économique, on transforme les enfants en consommateurs. Et sur le plan social, on s’en sert comme d’accessoires, on ne fait pas attention à eux. Les enfants, je trouve qu’on les a abandonnés, et je ne vous parle pas des quartiers difficiles. Là-bas, eux sont abandonnés d’emblée. Je parle des familles où les enfants sont psychologiquement et affectivement abandonnés. Même si cela paraît un peu excessif, je qualifie notre société de pédophile : on ne protège plus les enfants.

Vous y allez fort !
Tant pis si ce que je dis a un petit côté rétrograde. Mais cela commence avec l’exhibition des revues porno dans les kiosques. Il y a aussi les côtés ultra-trash d’Internet. Il y a à la télévision une signalisation pour protéger les enfants que je trouve carrément mensongère : déconseiller un film aux moins de 12 ans quand il comporte des scènes proprement traumatisantes, comment ose-t-on ? Les enfants, du coup, ont de plus en plus de mal à faire la différence entre le virtuel et le réel. Long- temps, on a dit que les films n’influençaient en rien les enfants : on sait que c’est faux. Je pense à ces gosses qui font irruption dans les écoles et qui cassent tout. Tout cela, cela donne des jeunes à qui on vole leur innocence et qui vont de plus en plus se planter devant nous en disant : « C’est votre faute. »

Vous paraissez soudain très sombre…
Mais non !…La crise, on va finir par en sortir. Ça va durer combien ? Trois ans, s’il ne nous tombe pas une météorite sur la tête d’ici là. En ce moment, comme dans toutes les crises qu’une société traverse, les gens ont envie de rire, de s’amuser, d’oublier. Mais fondamentalement, il y a, je crois, un refus de l’artificiel. Les fêtes, les mariages somptueux, l’argent dépensé à tout-va, cela s’est réduit ou a disparu comme s’il y avait de la gêne, de la pudeur, de la retenue. On fait attention à ce que les autres vivent. Du côté des extrêmement riches, il y a, certes, beaucoup d’hypocrisie, mais il y a tout de même une forme d’égalité qui reprend le dessus. Et c’est bien.

Que vous inspire le « couple » socialiste Royal-Aubry ?
C’est Zénith contre Zénith (éclats de rire), avec un Zénith plein pour Ségolène et un Zénith à moitié vide pour Martine. Visiblement, il y en a une qui est plus douée que l’autre pour le spectacle. Martine, il faudrait qu’elle fasse vibrer davantage la Ch’ti qui est en elle. D’autant que, quand on fait la Ch’ti, on ne fait plus pschitt !…

Le clivage gauche-droite est-il aussi important qu’hier ?
La gauche, il faut vraiment mettre sa main en visière et regarder très loin devant soi pour arriver à l’apercevoir. Et plus on regarde, plus l’horizon recule, recule, recule. Jamais je n’aurais imaginé vivre dans ma vie une absence de gauche à ce point-là.

Obama au pouvoir ne vous déçoit-il pas ?
Comment pouvez-vous dire une chose pareille ? Il y a des millions d’Américains qui ont vécu pendant toutes les années Bush avec la sensation d’être couchés et chaque matin, aujourd’hui, songeant à Obama, ils se lèvent en disant : « Qu’est-ce qu’il va faire aujourd’hui ? Qu’est-ce qu’il va nous dire ? » Vous imaginez ce que cela veut dire avoir foi en un leader : ça dope une nation. Avant de parler d’Obama en termes de déception, il en faudrait des catastrophes. J’ai pour lui une admiration intégrale. C’est extraordinaire cette espèce de désenclavement psychique de l’Amérique. Ce pays était asphyxié. Il a été trompé, manipulé, humilié. Eh bien, avec Obama, les Américains ont retrouvé la fierté d’être eux-mêmes.

Décidément, l’Amérique vous exalte toujours autant…
Elle est redevenue une sorte de modèle de tous les possibles. Nous qui sommes le pays des égalités et de toutes les ouvertures, serions-nous capables d’avoir demain un président noir ? Sûrement non. Je suis une fan d’Obama. Je suis en train de lire son autobiographie : elle me bouleverse comme si moi-même j’étais noire. J’ai d’ailleurs le sentiment d’avoir tourné, avec « la Journée de la jupe », un film obamien où les problèmes d’une société sont abordés frontalement, mais avec cette idée centrale : à la fin, on peut s’en sortir…

« Yes, we can » ?
Exactement. Dans le film, les jeunes filles deviennent capables de vivre autrement que dans la peur. La peur d’être jugées, la peur d’être agressées. Et que dit la professeur aux élèves ? « Acceptez d’être enseignés pour vous construire. Arrêtez de détruire ce qui n’est même pas construit en vous. » C’est du Obama : il ramène les gens à la verticale. Dans film, ces gosses vautrés, écroulés, qui demandent « Alors, combien de temps en- core ça va durer ? » finissent, du moins je l’espère, par croire en leur avenir, en leur futur.

Jean-Marie Le Pen vient de redire que la Shoah était un « détail » de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale…
C’est dément. C’est l’ultime coup de théâtre de la misérable pièce que joue ce leader du pire.

Yasmini Benguigui achève d’écrire pour vous, dit-on, le scénario d’une comédie…
Ce sera une comédie politique : « Le Paradis, c’est complet ». Et j’y jouerai, figurez-vous, le rôle d’une ministre d’origine maghrébine.

Celui de Rachida Dati ?
On peut imaginer qu’il y aura des ressemblances, mais ce n’est pas « le » modèle. Il y en a plusieurs.

Pourriez-vous un jour être, pour de vrai, ministre ?
Ah, quelle horreur !… Je déteste la politique. C’est un milieu qui vous stérilise, vous formate, vous automatise.




Le Parisien








« Je suis épidermiquement de gauche... »
La critique est unanime pour saluer « la Journée de la jupe », le nouveau film — superbe, violent et politique — dont Isabelle Adjani est la vedette. Pour elle, probablement un tournant.


| RéagirPropos recueillis par Philippe Duley et Dominique de Montvalon | 29.03.2009, 07h00
Ce vendredi à Paris, le salon de réception d’un grand hôtel. Dans un coin, un photographe japonais s’acharne sur un empilement de gâteaux, qu’il mitraille. Lunettes sombres et grand chapeau, surgit Isabelle Adjani. Elle s’installe à une table, demande un peu d’eau puis consulte un carnet de notes griffonnées. Elle est fière, dit-elle, de l’interview politique qui lui a été proposée, mais « impressionnée ». Alors, à tout hasard, elle a préparé quelques idées, et même une ou deux formules qui la font sourire en les retrouvant. Le photographe (avec ses clic-clac permanents) la gêne : elle demande si on ne pourrait pas déplacer…les gâteaux. Elle pose ses lu- nettes : elle ne se cache plus. Ses yeux sont superbes. Elle est extrême- ment en forme, Isabelle. Très heureuse, à l’évidence, de l’accueil qu’a reçu son film sur Arte et chez les critiques. Pour un peu, la « conversation », comme elle dit, durerait des heures : « Vous parlez trop vite, je ne suis pas habituée… » A l’en croire, la politique lui fait « horreur », mais elle en parle, elle en parle… A la façon, mine de rien, d’une Jane Fonda. Son nouveau destin d’artiste « engagée » ?

Comment réagissez-vous quand tout le monde parle avec enthousiasme de votre « retour » ?
Isabelle Adjani. A chaque fois que je fais un film, je… reviens. Ce n’est pas plus un retour qu’il n’y a eu de départ. Ce projet (NDLR : « la Journée de la jupe ») ne payait pas de mine. Il a une vraie modestie et, en même temps, une vraie puissance. On est dans une société en train de se désencombrer du bling-bling et de tous les artifices, et qui retrouve des valeurs plus authentiques…

Quelles « valeurs » ?
D’abord, la valeur de la laïcité. La laïcité, les problèmes de mixité à l’école, le sexisme, le sort réservé aux classes pluriethniques. Est-ce cela qui dérange ? Le film est bien accueilli par le public et par la critique, mais se retrouve exclu des grands ré- seaux de distribution. Veut-on l’exclusion des exclus ? En tout cas, quand on cherche à flinguer un tel film, on flingue des profs dont on ne reconnaît pas la profession, des parents d’élèves inquiets et on flingue aussi une partie de la jeunesse qui compte sur nous. Je suis sûre que si Nicolas Sarkozy savait ça, bah, au moins on pourrait compter sur lui pour nous prêter la salle de projection de l’Elysée !… (Rires.)

Ce film, ça a été d’emblée un coup de cœur ?
Cela faisait longtemps que j’avais en- vie de m’engager comme artiste citoyenne. Même si ce n’est pas trop une démarche française. Enfin, récemment, il y a eu « Welcome » avec Vincent Lindon. Sa révolte contre le destin réservé aux sans-papiers l’a fortifié sous nos yeux.

Vous-même, êtes-vous en colère ?
Non. En revanche, j’assume. A propos du film, je pourrais répondre : « Je suis actrice, je fais mon métier. » Comme le font certaines actrices qui préfèrent la neutralité. Moi, pas. Ce dossier de l’école, je le vis comme citoyenne et comme parent d’élève. Pour la première fois de ma vie, rendez-vous compte, j’ai donné une interview au magazine « Pédagogie ». Je suis disponible pour un discours citoyen. Quitte à jouer des rôles contemporains, je préfère qu’ils soient engagés. Vivre la vie d’un prof en situation de crise, c’est passionnant et sérieux.

Pour vous, la laïcité est-elle en danger en France ?
Elle est tout le temps en danger. Elle est sans arrêt provoquée, elle est challengée. En général par des arguments fallacieux. Mais c’est, en même temps, un sujet très compliqué. On m’avait demandé, il y a cinq ans, de pétitionner contre le port du voile à l’école, ce que j’ai tout de suite fait. C’était une évidence, mais l’évidence humaine n’est pas, elle, si évidente que ça. Certaines jeunes filles vivent une ambivalence très compliquée entre l’école et la maison. Quelques-unes ont dû quitter l’école, ou se sont retrouvées en porte-à-faux par rapport à leurs parents, donc culpabilisées.

Etes-vous favorable à l’idée de créer en France, sur le modèle anglo-saxon, des statistiques ethniques ?
Là aussi, c’est très, très compliqué. Je suis pour la discrimination positive et, en même temps, ça peut devenir un autre mode de ghettoïsation. Je marche donc sur la pointe des pieds. Avoir des statistiques pour permettre de mener de bonnes politiques d’intégration, pourquoi pas ? Mais connaître, ça ne doit pas vouloir dire contrôler. Franchement, si c’est pour exclure encore plus et foutre un peu plus de Français intégrés dehors, alors non !

Comment voyez-vous la France évoluer depuis votre enfance ? Le racisme recule-t-il ?
C’est plus compliqué aujourd’hui. On est avec les enfants de la troisième génération. Et les petits de 10 ans, c’est la quatrième génération. On a d’abord eu les gens qui ont été utilisés, sacrifiés, oubliés. Je songe à mon père (ma mère est allemande). Ensuite on a des gens qui ont essayé de faire en sorte que leurs enfants puissent avoir accès à tous les métiers, tous les statuts. Mais des gens sont interpellés sur la consonance maghrébine de leur nom. Ils ne trouvent pas de travail, même avec un bac + 5. Et on se retrouve avec des enfants — ce sont d’ailleurs les enfants du film—qui sont dans une révolte qu’eux-mêmes ont de la peine à identifier mais que j’interprète, moi, comme une quête d’identité sociale. Ils sont français, entièrement français. Mais ils ne sont pas que français non plus : ils ont leurs origines qui ne sont jamais valorisées et, au contraire, conspuées, stigmatisées même. La revendication de leurs grands-parents, c’était : on s’installe ici, on se fait remarquer le moins possible, on va se construire une vie. Pour eux, c’est raté. Donc, il y a le besoin, au nom de l’honneur familial, de restituer à leurs parents et leurs grands-parents la place que ces derniers avaient cru pouvoir obtenir dans notre société.

Lors du match France-Algérie, ils sifflent « la Marseillaise »…
C’était une façon de dire : ce n’est pas nous, c’est les autres parce que vous nous avez mis à l’écart. Pourtant, la plupart ne connaissent pas l’Algérie : ils n’y sont jamais allés. Ils sont français. Il va falloir trouver un moyen de leur redonner confiance.

Que pensez-vous de Rachida Dati ?
Ce n’est pas juste pour une femme qui sait apprécier les belles choses d’être assignée à résidence place Vendôme pour y travailler alors que s’y promener, c’est quand même plus drôle ! (Sourire.)

Vous la trouvez sympathique ?
Ça dépend des moments. En tout cas, c’est important pour notre société que des femmes d’origine maghrébine accèdent à des postes pareils. Même si Rachida Dati a suivi un chemin très individualiste, avec des objectifs parfois confus. Comme si, alors qu’elle est en charge de la Justice, donc de nous, elle partait par moments dans ses rêves.

Etes-vous de gauche ?
Je suis épidermiquement de gauche. (Eclats de rire.) Je sais : la formule est de Carla (NDLR : Bruni-Sarkozy). Suis-je de droite ou de gauche ? Disons que je suis ambidextre ou dyslexique, ça dépend.

Quel jugement portez-vous sur Nicolas Sarkozy ?
On est tous d’accord pour penser qu’il est un petit peu autocrate, qu’il prend avec le droit et le pouvoir certaines libertés. Il agit à sa guise. C’est son côté monarquo-impérial. Sous cet angle, il est même assez gonflé, et il ne faudrait pas qu’on s’y habitue, que ça ne nous fasse que sourire et qu’on passe vite à autre chose. Car il a l’art de nous distraire : il est lancé en permanence dans plusieurs aventures. Il est beaucoup plus rapide que nous. Il est infiniment agile. Les membres du gouvernement sont des généraux qui appliquent le plan de bataille du grand maréchal. Il s’assoit sur certaines libertés individuelles. Avec la susceptibilité de l’autocrate. C’est-à-dire qu’il n’aime pas tellement qu’on vienne l’embêter en lui faisant des réflexions : « Avez-vous interrogé, monsieur le président, le comité de déontologie… ? » Ça, il n’aime pas. Il y a un formidable roman, « l’Homme pressé », de Robert Musil. Eh bien, lui, c’est le tome II. Cela dit, c’est un homme qui a un charisme réel et qui est foncièrement sympathique. Il aime vraiment les gens, même s’il donne des signes contraires.

Le pape Benoît XVI en déconcerte plus d’un...
Ses prises de position, ce n’est pas possible. Inciter les gens à ne pas utiliser le préservatif, ce devrait être passible — je sais que je suis excessive — d’une mise en examen pour crime contre l’humanité. Grâce à lui, si je puis dire, on a eu le retour des intégristes, dont un évêque négationniste. On a appris que le port du préservatif aggravait les dangers de contamination. Et puis il y a eu cette excommunication de la maman qui, au Brésil, a fait avorter sa petite fille violée par son beau-père. Le règne de Benoît XVI devait être transitoire : ça commence à durer. Heureusement, la première dame de France s’est engagée dans la lutte contre le sida : on compte sur elle pour inter- venir quand il y a des dérives comme celles de l’évêque d’Orléans, qui déclare douter de l’efficacité des préservatifs. A se demander d’où lui vient un doute aussi incongru. Entre lui et le pape, on finit par regretter l’époque des Borgia. Vous savez, quand le pape et les évêques avaient des enfants…

Qu’auriez-vous envie de dire aux Français qui souffrent le plus de la crise ?
Je ne sais pas quoi vous dire. C’est une période tellement angoissante. Il ne faut abandonner personne parce que tous ceux qu’on laissera sur le bord du chemin pourront être tentés par les pires extrêmes pour survivre. Une société digne de ce nom est toujours une société solidaire. J’espère que l’entraide nécessaire entre nous tous pour traverser la récession et la dépasser nous permettra, par la suite, de redonner de la valeur à ce qui en a vraiment. Oui, j’espère que le culte de l’argent virtuel sera définitivement derrière nous.

La crise, ce n’est pas la fin du monde ?
Bien entendu que ça ne l’est pas ! Mais quand vous n’avez plus d’argent pour faire les courses, pour nourrir les enfants et que votre mari attend son licenciement, c’est intenable. Et vous avez le sentiment qu’un monde s’écroule. Je suis donc admirative des gens qui, malgré cela, ne se laissent pas abattre et inventent de nouvelles formes de partage, d’échanges, de sociabilité. Pour moi, les artistes, en temps de crise, ont une responsabilité particulière car, dans les moments comme ça, l’art et la culture sont des gages de valeur. On est là pour les gens car la pire chose qui peut arriver à un être humain, c’est de se sentir abandonné.

Comment parlez-vous à votre fils ado de l’argent ?
Quand mon fils me dit : «Maman, tu es riche. » Je lui réponds : « Non, mais il y a suffisamment d’argent pour te permettre de vivre sans problèmes d’argent ». Je n’ai jamais thésaurisé. Je ne suis ni une femme d’affaires, ni une femme d’argent. Simplement je trouve invivable d’avoir des problèmes d’argent. Ça détruit des familles, ça détruit des couples, ça détruit des enfants. Mais je me sens très mal à l’aise pour parler d’argent : j’ai une position privilégiée. Mon rapport perso à l’argent est, au total, sans aliénation. Mes parents n’en ont jamais eu et depuis que j’en gagne, j’ai toujours pensé que l’argent, c’est un moyen, jamais une fin en soi.

A votre fils, vous dites de ne pas être esclave de l’argent ?
Pour moi, un enfant qui se construit sur la facilité que l’argent procure, c’est un enfant déjà perdu. Je vis dans une sorte de résistance au quotidien. Les marques, non, il le sait. Sauf au moment de Noël et des anniversaires. Sur le plan économique, on transforme les enfants en consommateurs. Et sur le plan social, on s’en sert comme d’accessoires, on ne fait pas attention à eux. Les enfants, je trouve qu’on les a abandonnés, et je ne vous parle pas des quartiers difficiles. Là-bas, eux sont abandonnés d’emblée. Je parle des familles où les enfants sont psychologiquement et affectivement abandonnés. Même si cela paraît un peu excessif, je qualifie notre société de pédophile : on ne protège plus les enfants.

Vous y allez fort !
Tant pis si ce que je dis a un petit côté rétrograde. Mais cela commence avec l’exhibition des revues porno dans les kiosques. Il y a aussi les côtés ultra-trash d’Internet. Il y a à la télévision une signalisation pour protéger les enfants que je trouve carrément mensongère : déconseiller un film aux moins de 12 ans quand il comporte des scènes proprement traumatisantes, comment ose-t-on ? Les enfants, du coup, ont de plus en plus de mal à faire la différence entre le virtuel et le réel. Long- temps, on a dit que les films n’influençaient en rien les enfants : on sait que c’est faux. Je pense à ces gosses qui font irruption dans les écoles et qui cassent tout. Tout cela, cela donne des jeunes à qui on vole leur innocence et qui vont de plus en plus se planter devant nous en disant : « C’est votre faute. »

Vous paraissez soudain très sombre…
Mais non !…La crise, on va finir par en sortir. Ça va durer combien ? Trois ans, s’il ne nous tombe pas une météorite sur la tête d’ici là. En ce moment, comme dans toutes les crises qu’une société traverse, les gens ont envie de rire, de s’amuser, d’oublier. Mais fondamentalement, il y a, je crois, un refus de l’artificiel. Les fêtes, les mariages somptueux, l’argent dépensé à tout-va, cela s’est réduit ou a disparu comme s’il y avait de la gêne, de la pudeur, de la retenue. On fait attention à ce que les autres vivent. Du côté des extrêmement riches, il y a, certes, beaucoup d’hypocrisie, mais il y a tout de même une forme d’égalité qui reprend le dessus. Et c’est bien.

Que vous inspire le « couple » socialiste Royal-Aubry ?
C’est Zénith contre Zénith (éclats de rire), avec un Zénith plein pour Ségolène et un Zénith à moitié vide pour Martine. Visiblement, il y en a une qui est plus douée que l’autre pour le spectacle. Martine, il faudrait qu’elle fasse vibrer davantage la Ch’ti qui est en elle. D’autant que, quand on fait la Ch’ti, on ne fait plus pschitt !…

Le clivage gauche-droite est-il aussi important qu’hier ?
La gauche, il faut vraiment mettre sa main en visière et regarder très loin devant soi pour arriver à l’apercevoir. Et plus on regarde, plus l’horizon recule, recule, recule. Jamais je n’aurais imaginé vivre dans ma vie une absence de gauche à ce point-là.

Obama au pouvoir ne vous déçoit-il pas ?
Comment pouvez-vous dire une chose pareille ? Il y a des millions d’Américains qui ont vécu pendant toutes les années Bush avec la sensation d’être couchés et chaque matin, aujourd’hui, songeant à Obama, ils se lèvent en disant : « Qu’est-ce qu’il va faire aujourd’hui ? Qu’est-ce qu’il va nous dire ? » Vous imaginez ce que cela veut dire avoir foi en un leader : ça dope une nation. Avant de parler d’Obama en termes de déception, il en faudrait des catastrophes. J’ai pour lui une admiration intégrale. C’est extraordinaire cette espèce de désenclavement psychique de l’Amérique. Ce pays était asphyxié. Il a été trompé, manipulé, humilié. Eh bien, avec Obama, les Américains ont retrouvé la fierté d’être eux-mêmes.

Décidément, l’Amérique vous exalte toujours autant…
Elle est redevenue une sorte de modèle de tous les possibles. Nous qui sommes le pays des égalités et de toutes les ouvertures, serions-nous capables d’avoir demain un président noir ? Sûrement non. Je suis une fan d’Obama. Je suis en train de lire son autobiographie : elle me bouleverse comme si moi-même j’étais noire. J’ai d’ailleurs le sentiment d’avoir tourné, avec « la Journée de la jupe », un film obamien où les problèmes d’une société sont abordés frontalement, mais avec cette idée centrale : à la fin, on peut s’en sortir…

« Yes, we can » ?
Exactement. Dans le film, les jeunes filles deviennent capables de vivre autrement que dans la peur. La peur d’être jugées, la peur d’être agressées. Et que dit la professeur aux élèves ? « Acceptez d’être enseignés pour vous construire. Arrêtez de détruire ce qui n’est même pas construit en vous. » C’est du Obama : il ramène les gens à la verticale. Dans film, ces gosses vautrés, écroulés, qui demandent « Alors, combien de temps en- core ça va durer ? » finissent, du moins je l’espère, par croire en leur avenir, en leur futur.

Jean-Marie Le Pen vient de redire que la Shoah était un « détail » de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale…
C’est dément. C’est l’ultime coup de théâtre de la misérable pièce que joue ce leader du pire.

Yasmini Benguigui achève d’écrire pour vous, dit-on, le scénario d’une comédie…
Ce sera une comédie politique : « Le Paradis, c’est complet ». Et j’y jouerai, figurez-vous, le rôle d’une ministre d’origine maghrébine.

Celui de Rachida Dati ?
On peut imaginer qu’il y aura des ressemblances, mais ce n’est pas « le » modèle. Il y en a plusieurs.

Pourriez-vous un jour être, pour de vrai, ministre ?
Ah, quelle horreur !… Je déteste la politique. C’est un milieu qui vous stérilise, vous formate, vous automatise.




Le Parisien

fredjani a dit…

C'est très gentil à vous (anonyme) de m'envoyer une interview, mais il vaudrait mieux l'envoyer par mail ou laisser un lien , par exemple sur le tchat.

merci

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