22 septembre 2006

Le figaro critique Marie Stuart


Le destin de la reine Marie Stuart a nourri un abondant théâtre, dominé par la superbe tragédie de Schiller, chef-d'oeuvre du romantisme allemand, construite en majeure partie autour de l'affrontement entre Marie et sa rivale Elisabeth. C'est de tout autre chose que nous parle l'écrivain allemand Wolfgang Hildesheimer, mort en 1990, dans sa pièce La Dernière Nuit pour Marie Stuart.
Comme le titre l'indique, le propos de l'auteur se limite en effet au récit théâtral des ultimes instants vécus par la reine dans sa prison et des préparatifs de son exécution. Nous assistons à la mise à mort de Marie, dans le plus pur respect de l'unité de temps, d'action et d'espace, sous la forme d'une chronique en continu qui prend évidemment toutes les libertés possibles avec la vérité historique.


 Le souci de Hildesheimer était d'installer en majesté sur la scène la figure complexe, douloureuse et tragique de l'héroïne, et de nous inviter à suivre le calvaire qui la mena au supplice, le corps peu à peu réduit aux formes d'un pantin livré aux mains de ses bourreaux et de ses serviteurs, et l'âme s'élevant, à mesure qu'approche la mort, vers le royaume de Dieu.
C'est cette dissociation, c'est ce contraste qui fait l'intérêt de la pièce et qui donne au rôle sa beauté. La reine s'évade peu à peu de la réalité qui l'entoure, après que se sont apaisées sa révolte, sa rage et sa peur. Elle s'absente lentement de la vie, elle meurt au monde avant même que le bourreau ne fasse son oeuvre, elle devient sourde à la monstruosité de son entourage et celui-ci finit lui-même par l'ignorer, et cela est très émouvant. Pour le reste, l'oeuvre pèche par une certaine lourdeur, une raideur, induites par sa construction statique et linéaire. Didier Long ne peut rien contre, sa mise en scène est d'une scrupuleuse fidélité, il n'a pas le droit au lyrisme. Ajoutons que le sombre décor d'Edouard Laug est superbe et les costumes de Dominique Borg, somptueux.
Mais c'est vers Marie Stuart que se tournent les regards puisque tout dans cette tragédie est à son service, et puisque Isabelle Adjani est sur la scène. C'est peu dire qu'elle gomme immédiatement, par l'éclat de sa présence et l'intensité de son jeu, le mauvais souvenir de La Dame aux camélias, où elle n'avait rien à dire ni à faire, sauf dans une belle scène finale. Ici, deux heures d'affilée, elle est souveraine, s'unissant au personnage avec la sincérité de l'innocence, dans tous les registres qu'offre le rôle, de l'hystérie à l'extase, de l'épouvante à la colère, de la fragilité à l'héroïsme. Corps, âme et voix, elle est dans la vérité du rôle et dans sa propre vérité qui étrangement se rejoignent, insoucieuse de ses apparences mais les transcendant par son authenticité et sa ferveur. Et, par là même, lumineuse.
La Dernière Nuit pour Marie Stuart De Wolfgang Hildesheimer. Adaptation et mise en scène : Didier Long. Avec Isabelle Adjani, Jacques Zabor, Jean-Yves Chatelais, Anne Suarez. Théâtre Marigny-Robert Hossein (01.53.96.70.00).

8 commentaires:

tazyzas a dit…

Un article signé Philippe Tesson... celui-là même qui disait "Adjani c'est fini" il y a une semaine chez Ruquier!
Comme quoi, elle doit être vraiment impressionnante!

fredjani a dit…

Ah !!! Il a dit ça !!?
Mais chez ruquier il l'avait pas encore vue ?

tazyzas a dit…

Non, il y allait le soir même!

Anonyme a dit…

Elle est incroyable.
surtout la 1ère heure, j'aime moins la fin justement quand elle s'absente à elle même et que les autres tournent autour d'elle.
Je l'adore au début vieillie enlaidie et en même temps vengeresse, intransigeante.
Le contraste est pétrifiant.

Anonyme a dit…

Je savais pourtant que c'était Adjani mais j'arrivais à oublier tous ses rôles au cinéma. C'était fort. La preuve d'une grande actrice.

fredjani a dit…

merci pour ses jolis commentaires...

jimmy a dit…

Il y a un petit commentaire sur "La Dame aux camélias" J'y étais,au deuxième rang.La mise en scène était d'une platitude signée"Alfredo Arias".Même si la pièce était loin d'être excellente,Isabelle Adjani était sublime.Le problème est qu'elle avait une présence tellement forte que les autres acteurs passaient totalement inaperçus,même Aurore Clément.J'ai eu l'impression que les personnes présentes dans la salle étaient venus voir I. Adjani ,pas la pièce.Pour en avoir discuté avec quelques personnes à la fin de la représentation,pour eux il n'y avait qu'Isabelle Adjani sur la scène!Bien évidemment,je vais la voir dans "Marie stuart"! Ah Isabelle!On pourra toujours critiquer mais Isabelle Adjani est avec une autre Isabelle "Huppert" la meilleure actrice française.Au fait,merci "fredjani" !

fredjani a dit…

de rien jimmy , c un plaisir de faire ce blog et de lire que je ne suis pas le seul "mordu" d'isa

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